Société

Ebola business, commerce macabre autour d’une épidémie

Des boucles d’oreille aux peluches en forme de virus, les produits dérivés à l’effigie d’Ebola se multiplient sur la Toile. Alors que l’épidémie fait rage, avec un bilan de 10 000 cas en Afrique de l’Ouest, le virus devient « bankable ». Tour d’horizon d’un business macabre.

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Mis à jour le 23 octobre 2014 à 10:04

Pour Halloween, un déguisement à l’humour douteux commercialisé sur un site américain. © Capture d’écran BrandsOnSale

Il suffit de taper "Ebola" sur le moteur de recherche du site de vente en ligne Ebay pour comprendre, en un clic, l’humour douteux qui entoure l’épidémie meurtrière et relancer une question lancinante : peut-on rire de tout ?

>> "Des bonbons ou Ebola !"

© Capture d’écran Ebay

Citrouilles, toiles d’araignées, faux sang… et combinaison Ebola ? À l’approche de la fête d’Halloween, des sites de vente en ligne de farces et attrapes ont commercialisé une combinaison blanche, un masque et des gants en caoutchouc, pour rappeler l’accoutrement destiné au personnel de santé dans leur lutte contre Ebola. "Vous êtes sûrs d’être prêts si l’épidémie survient à votre soirée d’Halloween. Ce costume va définitivement être le plus "viral" de l’année", peut-on lire sur la fiche descriptive du produit vendu sur le site américain BrandsOnSale. "C’est Halloween, cela ne dure qu’une journée, si les gens le prennent au sérieux, ils ne savent pas ce qu’est Halloween", a déclaré au magazine américain The Atlantic Jonathan Weeks, le PDG de BrandsOnSale, avant d’assurer qu’il "ne [reculait] jamais devant la controverse".

>> Kit de survie pour hypocondriaques

"Nous ne devons pas céder à l’hystérie ou à la peur", avertissait le président américain Barack Obama samedi 18 octobre. Malgré cette recommandation, certains citoyens américains sont affolés par le virus Ebola. Selon un sondage du Washington Post et d’ABC News, deux tiers d’entre eux sont inquiets de cette épidémie. Quand certains cèdent à la panique, d’autres en profitent, en témoigne la mise en vente de kits de survie sur les sites Ebay ou Amazon. Sur les 90 derniers jours, 84 personnes ont mis en vente des guides de protection contre Ebola sur Amazon, caracolant en tête des meilleures ventes de la rubrique "Santé et Médecine", relève le Washington Post. Pour se prémunir des risques de contagion, un kit spécial famille d’une valeur de 189.99 dollars est disponible sur Amazon. De quoi ravir les hypocondriaques.

>> Le business de la peur bientôt sur petit écran ?

Les studios de la Fox ont annoncé qu’ils allaient s’inspirer de The Hot Zone, le best-seller de Richard Preston publié en 1994 qui revient sur les origines du virus, pour produire une série télévisée sur Ebola, selon le Hollywood Reporter. Le réalisateur Ridley Scott et la productrice Lynda Obst, qui avaient ce projet en tête depuis plusieurs années, ont finalement décidé de transformer leur projet de long-métrage en un format plus adapté.

Le petit écran d’un smartphone peut également contenir des informations précieuses pour qui s’inquiète de la propagation du virus. Le développeur Bryan Ratledge a inventé l’application "Ebola Tracker" qui permet de calculer la distance qui sépare l’utilisateur du mobile du foyer d’épidémie le plus proche.

>> Go go gadget Ebola


© Capture d’écran Giant Microbes.

"Un cadeau humoristique exceptionnellement contagieux." C’est ainsi que le site Giant Microbes décrit sa peluche en forme de virus Ebola, en rupture de stock. "Mais qui peut bien acheter cela?", s’interroge une internaute sur Twitter.

Les produits dérivés ne manquent pas sur la Toile. Un internaute peut facilement acheter en ligne une planche à découper, des boucles d’oreille, des tee-shirts floqués ou des stickers représentant le virus. "Je suis rentré du Nigeria et les deux seules choses que j’ai rapportées sont ce tee-shirt sale et Ebola", peut-on lire sur un maillot vendu sur le site Zazzle.

 

>> À vendre : "Ebola.com", 150 000 dollars

En 2008, les Américains Jon Schultz et Chris Hood ont flairé la bonne affaire en achetant le nom de domaine "ebola.com" pour une somme modique. L’épidémie galopante de 2014 leur a donné envie de faire fructifier leur investissement. D’après la chaîne américaine CNBC, les propriétaires ont déjà démarché l’industrie médicale et estiment leur bien à 150 000 dollars. "Ebola.com pourrait être un bon domaine pour une compagnie pharmaceutique travaillant sur un vaccin ou un remède, une société vendant des équipements d’urgence ou une entreprise médicale souhaitant offrir informations et conseils", ont-ils suggéré sans scrupule. Spécialisée dans ce commerce douteux, leur société Blue String Value possède également les noms de domaine liés à la grippe aviaire ("BirdFlu.com") et à la catastrophe nucléaire Fukushima, qui a eu lieu en 2011 au Japon.

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