Politique

Pourquoi le Niger a acheté un avion de renseignement à 10 millions d’euros

Le gouvernement du Niger a annoncé mercredi avoir fait l’acquisition d’un avion de renseignement pour lutter contre les groupes armés islamistes le long de ses frontières avec le Mali et la Libye. Quelles en sont les principales motivations ? Réponse en cinq points.

Par - Laurent Touchard
Mis à jour le 23 octobre 2014 à 14:23

Un drone français à Niamey. © AFP

  • Pourquoi le Niger en a besoin, alors que les Occidentaux surveillent déjà le territoire avec des drones ?

Les drones opérés par les Occidentaux (États-Unis et France) contribuent à la collecte de renseignement contre les organisations terroristes au Sahel. Les renseignements obtenus sont susceptibles d’être partagés avec le Niger mais selon le bon vouloir de ceux qui les font voler. Avec ses propres moyens ISR (Intelligence, surveillance and reconnaissance), le Niger affirme sa souveraineté (c’est Niamey qui décide alors quels renseignements partager). Autre élément : en facilitant l’acquisition de ces moyens, les États-Unis démontrent qu’ils ne sont pas dans une logique d’ingérence mais bien de réelle collaboration.

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  • Combien représente l’achat dans le budget de la défense du pays ?

Pour 2014, le budget de défense du Niger est estimé entre 150 et 200 millions de dollars. Le ministre évoque un achat de 10,5 millions de dollars (10,7 millions d’euros) ce qui représente donc une fraction non négligeable du budget. Il est important de noter que l’aide des États-Unis a permis de faire diminuer le coût total des appareils qui peut souvent dépasser les 15 millions de dollars.

  • Quels sont les autres pays de la région à disposer d’avions de renseignement ?

Sachant qu’un simple avion de transport léger (voire d’entraînement ou de liaison) peut relativement facilement être converti en discret avion de reconnaissance, ils sont nombreux. La Mauritanie convertit son Basler BT67 en plateforme ISR. Concernant les Cessna 208 (avion de transport de fabrication américaine) en configuration ISR, outre le Niger, la Mauritanie et le Kenya en disposent, ou sont sur le point d’en disposer.

>> Pour aller plus loin : Le Pentagone va ouvrir une deuxième base pour ses drones à Agadez

  • Qu’en attend le Niger ?

D’une part affirmer son indépendance stratégique notamment concernant le contrôle du renseignement. Par ce biais, Niamey affiche sa souveraineté vis-à-vis des pays occidentaux présents sur son sol. D’un point de vue opérationnel, ces appareils ont prouvé qu’ils convenaient parfaiment à ce type de missions.

>> Lire aussi : Les défis de la politique de défense du Niger

  • Cela s’inscrit-il dans une stratégie d’équipement militaire affirmée ?

Oui, d’autant plus après l’acquisition de deux Su-25 Frogfoot (avions à réaction d’attaque au sol, d’un bon rapport qualité/prix, redoutables dans leur rôle). Stratégie qui elle-même est plutôt réfléchie bien qu’elle soit perçue comme très coûteuse. Mais, les menaces sont nombreuses : en plus des groupes jihadistes du nord et de l’ouest du pays, il ne faut pas négliger la menace de Boko Haram au Sud et à l’Est (avec risques d’infiltrations d’éléments du groupe par la frontière tchadienne).