Économie

Égypte : les randonneurs (et leurs devises) sont de retour

Résultat du tour de vis sécuritaire décrété par le président Abdel Fattah al-Sissi, la réapparition massive des visiteurs étrangers atteste une nette embellie de l’industrie touristique.

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Mis à jour le 29 décembre 2014 à 14:52

Les randonneurs sont de retour. Ils flânent dans le vieux marché de Khan al-Khalili, au Caire, ou se fraient un chemin dans les embouteillages jusqu’aux pyramides de Gizeh. Corroborée par les statistiques, la réapparition des visiteurs étrangers dans les sites historiques de la capitale atteste une nette embellie de l’industrie touristique égyptienne, dernier signe en date d’une amélioration progressive de la situation économique.

Au troisième trimestre de 2014, le nombre de touristes avait augmenté de 70 % par rapport à la même période en 2013. En septembre, on a recensé 884 000 arrivées, contre 301 000 en septembre de l’année dernière, soit une progression de 193 %. « Le secteur a enregistré un net redressement à partir de la seconde moitié de 2014, notamment dans les hôtels en bord de mer durant la saison estivale, s’est félicité Christian Muhr, vice-président des hôtels Hilton pour l’Égypte et le Levant. Et les projections pour 2015 sont prometteuses. »

Les touristes sont de retour malgré les tensions politiques récurrentes et l’émergence dans le nord du Sinaï d’un groupe jihadiste affilié à l’État islamique (EI). Plusieurs pays européens, dont l’Italie, la Belgique et l’Allemagne – deuxième pourvoyeur de touristes derrière la Russie – ont levé ou atténué les avertissements déconseillant à leurs ressortissants de se rendre en Égypte, et autorisé les voyagistes à reprendre leurs opérations de promotion du pays des Pharaons.

« Nous sommes venus ici pour fuir le mauvais temps. Nous avons pensé que ce serait assez calme, puisqu’il y a moins de visiteurs à cette période de l’année, explique un touriste britannique. Jusqu’ici, le séjour s’est très bien passé, poursuit-il. Les forces de sécurité sont partout. »

L’Égypte engagé sur une nouvelle voie

Selon le ministre du Tourisme, Hicham Zazou, le taux d’occupation des hôtels dans la capitale a bondi à presque 50 %, contre 10 % à 20 % l’année dernière. « Les gens ont senti que l’Égypte s’était engagée sur une nouvelle voie, argue-t-il. Et que le retour à la stabilité était proche. » Bright Sky Travel, un tour-opérateur cairote, organise désormais 300 à 400 circuits par mois dans la capitale, contre 150 à la même période l’année dernière. « Nous sommes en passe de retrouver les chiffres d’avant la révolution », se réjouit un guide égyptien. Cette tendance est confirmée par les analystes.

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« Les résultats sont toujours en deçà de ceux de 2010, mais ce sont les meilleurs que nous ayons enregistrés depuis 2011, relève Mohamed Abou-Bacha, économiste à EFG-Hermes, première banque d’investissement du pays. L’évolution concerne surtout Le Caire. Les stations de Charm el-Cheikh et de Hurghada s’en sont relativement bien sorties durant les quatre dernières années, alors que la capitale était à la peine. Cette fois, les progrès enregistrés concernent surtout Le Caire. »

Si cette amélioration se confirme, elle pourrait générer, selon Capital Economics, un cabinet de consultants basé au Royaume-Uni, 3,3 milliards d’euros de recettes supplémentaires en 2015, soit 1,2 point de croissance. « La hausse du nombre de touristes induit des rentrées de devises, cruciales pour l’économie », rappelle le cabinet dans un rapport publié en novembre.

Les chiffres du tourisme ont connu de brèves améliorations après les législatives de 2012 et au début de 2013 au lendemain de l’élection à la présidence de l’islamiste Mohamed Morsi. Quelques mois plus tard, ce dernier était renversé par un putsch, lequel provoquera des violences au Caire et dans le reste du pays. Mais la consolidation du pouvoir du président Abdel Fattah al-Sissi, élu en mai dernier, a, selon nombre d’observateurs, ouvert une ère de relative stabilité à la faveur d’un renforcement de la sécurité et d’une lassitude générale face à l’instabilité politique.

Certains pays continueront de déconseiller à leurs ressortissants de se rendre en Égypte en raison de la recrudescence des attentats, principalement contre les forces de sécurité. Mais les autorités font de leur mieux pour protéger les touristes de tout risque d’attaque. « Vous devez envoyer le bon message, insiste le ministre du Tourisme. Il y a des violences politiques ici ou là, mais les lieux touristiques sont constamment protégés. »