Justice

Maroc : une gestion pas vraiment béton pour la Caisse de dépôt et de gestion

Anass Alami, directeur général de la CDG, à Rabat, en 2010.

Anass Alami, directeur général de la CDG, à Rabat, en 2010. © Abdelhak Senna/AFP

Plusieurs projets immobiliers de la Caisse de dépôt et de gestion font l’objet d’une enquête pour irrégularités techniques et financières. Sur la sellette, son patron et ses collaborateurs.

Stupeur et tremblements dans les milieux d’affaires au Maroc. Anass Alami, directeur général de la Caisse de dépôt et de gestion (CDG), a été déféré le 15 octobre devant la cour d’appel de Fès.

Le patron de la tentaculaire CDG a été entendu avec vingt-deux cadres et employés du groupe. À leur tête, Ali Ghannam, directeur général de la Compagnie générale immobilière (CGI), filiale de CDG Développement, pendant financier de la vieille dame de Rabat dans l’aménagement territorial.

>> Lire aussi: Maroc, CGI, le dos au mur

Les chefs d’accusation sont particulièrement lourds : escroquerie, dilapidation de deniers publics et constitution de bande organisée. Ces conclusions émanent notamment des résultats de l’enquête menée depuis août par la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ) sur les irrégularités de certains projets de la compagnie dans le nord du pays.

À l’origine de cette histoire, qui prend les allures d’un grand nettoyage au sein de la plus importante institution financière du royaume, des plaintes de Marocains résidant à l’étranger adressées directement au cabinet royal, il y a quelques mois. "Ce sont des clients mécontents de la finition de leur appartement dans le projet Madinat Bades de la CGI à Al Hoceima [dans le nord du Maroc]. Ils n’ont saisi le roi qu’après avoir épuisé tous les recours", raconte un élu local de la ville.

Mohammed VI ordonne une enquête pour élucider l’affaire

Équipement défaillant, carrelage mal posé, menuiserie de mauvaise qualité, importants retards de livraison sont les principaux griefs des acheteurs concernant ce complexe résidentiel de 2 100 logements. Des défauts courants dans les milieux de la construction au Maroc… Mais pas quand il s’agit de la CGI, bras armé de l’État dans l’aménagement de projets urbains structurants.

Fin août, Mohammed VI ordonne donc une enquête pour élucider l’affaire. Les ministères de l’Intérieur et des Finances sont alors saisis pour constituer une commission mixte ; l’Inspection générale des finances et l’Inspection générale de l’administration territoriale sont aussi impliquées.

La BNPJ entre également en scène. L’enquête, qui devait ne concerner que Madinat Bades, est étendue à tous les projets de la compagnie dans le Nord, notamment à Tanger et à Nador. À la BNPJ comme à l’Inspection générale des finances, personne ne veut communiquer sur les résultats de cette enquête. "Nous avons auditionné plusieurs responsables de la CGI et de la CDG durant deux mois.

Le dossier est aujourd’hui entre les mains de la justice. On ne peut pas violer le secret d’instruction", argue-t-on à la BNPJ. Mais les premières informations qui filtrent font état d’importantes irrégularités techniques et financières. À Madinat Bades, par exemple, en plus de défaillances techniques, d’énormes écarts budgétaires ont été constatés.

"Initialement, le projet devait porter sur 54 hectares. Seuls une dizaine d’hectares sont aujourd’hui viabilisés, onze ans après son lancement. Et des trous de plusieurs dizaines de millions de dirhams ont été constatés dans le budget alloué", confie une source proche du dossier. De quoi donner des sueurs froides aux dirigeants de l’institution publique et de ses filiales.

L’interpellation d’Anass Alami ébranle le secteur de la construction

Depuis le début de l’enquête, Anass Alami sentait en effet le vent tourner. "Il avait perdu le sommeil. Il restait enfermé dans son bureau, recroquevillé, surtout quand on lui a interdit de quitter le territoire", raconte un cadre de la CDG. Une affaire qui plonge la société dans la tourmente et ébranle au passage le milieu de la construction.

"C’est assez inquiétant, car les anomalies et retards sont monnaie courante dans la promotion immobilière, et ce dans tous les pays. Elles font partie intégrante du métier, la loi prévoyant justement des garanties pour les acquéreurs en cas de problème. Mais il semble que cela ne pourra plus être toléré. Le message royal est très clair", signale un membre de la Fédération marocaine des promoteurs immobiliers.

Juste après l’annonce de l’interpellation d’Alami et de ses collaborateurs, l’action CGI a été suspendue de la Bourse de Casablanca en attendant les résultats de l’action judiciaire.

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