Politique

Evo Morales, passe de trois

Figure de la gauche anti-impérialisme, Evo Morales a été réélu pour un troisième mandat présidentiel. Pas mal, dans un pays qui a connu 160 coups d’État depuis son indépendance, en 1825 !

Mis à jour le 26 octobre 2014 à 07:18

Evo Morales à La Paz le 12 octobre 2014. © Cris Bouroncle/AFP

Les sondages avaient prédit sa victoire, et celle-ci a été triomphale. Le 12 octobre, Evo Morales a été élu pour cinq ans à la tête de la Bolivie avec 59,88 % des suffrages exprimés. Son parti, le Mouvement vers le socialisme (MAS), remporte parallèlement l’écrasante majorité des sièges à la chambre basse du Parlement et au Sénat.

Le chef de l’État va donc disposer jusqu’en 2020 d’une marge de manoeuvre plus que confortable. Au changement, les Boliviens ont donc préféré la stabilité et la continuité, ce qui peut surprendre dans un pays où, depuis l’indépendance, en 1825, on recense pas moins de 160 coups d’État.

Morales a certes profité des divisions de l’opposition, mais il l’aurait emporté dans tous les cas. Candidat de centre droit, l’homme d’affaires Samuel Doria Medina est arrivé en deuxième position, avec 24 % des voix, devant le conservateur Jorge Quiroga (9 %), l’écologiste Fernando Vargas (3 %) et le social-démocrate Juan del Granado (3 %). Vargas fut pourtant le leader du vaste mouvement de protestation des communautés indigènes contre la construction d’une route dans le parc national Isiboro-Secure, l’un des épisodes les plus sombres du deuxième mandat de Morales.

Comment expliquer la réélection nette et sans bavure de ce dernier, alors que l’omniprésence de la corruption dans les institutions de l’État et la prolifération du narcotrafic font l’objet de virulentes critiques ?

la Bolivie possède les secondes réserves de gaz naturel d’Amérique du Sud

Élu une première fois en 2006 avec 54 % des voix au premier tour, ce fils de paysans et ancien dirigeant syndical ne cache pas ses origines amérindiennes. Mieux, il s’en glorifie. Son premier mandat donne lieu à de graves convulsions. Certaines provinces, notamment celle de Santa Cruz, manifestent de sérieuses volontés sécessionnistes. Pourtant, en 2009, Morales est réélu avec 64 % des suffrages.

Il passe pour l’un des opposants les plus résolus à la politique ultralibérale des États-Unis dans la région, aux côtés du Vénézuélien Hugo Chávez, de l’Équatorien Rafael Correa ou du Cubain Fidel Castro. Dès 2006, il nationalise l’industrie des hydro­carbures – la Bolivie possède les secondes réserves de gaz naturel d’Amérique du Sud après le Venezuela. Du coup, les revenus du secteur explosent : 530 millions d’euros en 2005, plus de 4,5 milliards en 2013. Et les caisses de l’État sont largement renflouées.

Evo Morales ne sera pas candidat en 2020

En matière économique, son bilan est satisfaisant, ce qui n’est certes pas le cas des autres dirigeants de gauche du continent. L’inflation est maîtrisée, la croissance soutenue (5 % en moyenne depuis huit ans), et le PIB par habitant en plein envol : 800 euros en 2005, plus de 2 000 euros l’an dernier. Signe qui ne trompe pas, la province de Santa Cruz, moteur économique du pays et bastion de l’opposition, a pour la première fois voté en sa faveur. Mais l’opposition dénonce une économie fondée exclusivement sur l’exportation des matières premières…

Morales jure qu’il ne sera pas de nouveau candidat en 2020, date à laquelle il affirme vouloir… ouvrir un restaurant. Faut-il le croire ? Les exemples de ses collègues Hugo Chávez et Rafael Correa incitent sans doute à la circonspection.

>>> Lire aussi: Amérique latine: villes champignons