Politique

Ghislaine Dupont et Claude Verlon : une enquête qui piétine

Hommage à Ghislaine Dupont et Claude Verlon tués le 2 novembre 2013 © Pierre Andrieu/AFP

Où sont passés les assassins de Ghislaine Dupont et de Claude Verlon, tués à Kidal il y a un an ? Plusieurs suspects ont été identifiés, mais les policiers français chargés du dossier progressent lentement.

C’était il y a un an : le 2 novembre 2013, Ghislaine Dupont et Claude Verlon, tous deux journalistes à RFI, étaient enlevés et tués à Kidal. Le jour même, le parquet de Paris ouvrait une enquête qu’il confiait à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) et à la Sous-Direction antiterroriste (SDAT), et sept policiers français étaient presque immédiatement envoyés sur place.

C’était il y a un an et, depuis, pas grand-chose. Certes, le fait que l’administration et l’armée maliennes ne soient plus présentes à Kidal depuis la bataille du 21 mai n’aide pas. Mais les familles des victimes et leurs avocats comprennent mal l’absence de progrès.

D’autant que, dès le 6 novembre 2013, Abdelkrim Targui, le seul émir touareg d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), revendiquait l’assassinat, et que plusieurs ravisseurs ont été identifiés par la justice française. Celle-ci ne souhaite pas communiquer sur leur identité, mais deux d’entre eux au moins seraient des Touaregs de Kidal, et ils sont toujours introuvables.

L’alerte a pourtant très vite été donnée – dès 13 h 10. Mais le véhicule qui a servi au rapt n’est retrouvé qu’à 14 h 25, à 12 km au nord-est de la ville, alors même que plusieurs témoins ont pu dire dans quelle direction il était parti. Et lorsque les militaires français arrivent sur place, découvrant les corps sans vie des deux victimes, ils repèrent à 800 m de là un individu à pied. Craignant une embuscade, ils ne se lancent pas à sa poursuite. L’hélicoptère français, envoyé de Tessalit, n’arrive sur zone qu’à 15 h 30. Les suspects ont depuis longtemps disparu.

Une nouvelle piste à exploiter: les photographies de Claude Verlon

Aujourd’hui, les enquêteurs espèrent exploiter les six téléphones retrouvés près du pick-up. Le juge d’instruction Marc Trévidic, chargé du dossier depuis avril, a demandé les fadettes au gouvernement malien, mais seul l’historique (vide) des communications pour l’année 2014 lui a été transmis. Il a donc dû faire une nouvelle demande à Bamako.

Une autre piste est exploitée : celle des photographies de Claude Verlon. Il avait, plusieurs jours avant sa mort, pris en photo le véhicule qui allait servir pour le rapt. Son propriétaire n’est pas un inconnu. Proche du Haut Conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA), l’un des principaux groupes armés du Nord-Mali, il est aussi lié à l’aménokal de Kidal et à Abdelkrim Targui.

Quelques mois avant l’assassinat, il avait été "débriefé" par la force Serval, puisqu’il faisait à l’époque partie d’un autre mouvement armé, le Mouvement islamique de l’Azawad. Cet homme avait déjà été arrêté en 2011 pour avoir dérobé des véhicules à l’armée malienne (véhicules qu’il revendait ensuite à des jihadistes). Il est aujourd’hui l’un des principaux suspects.

> > Lire aussi: Mort de Ghislaine Dupont et Claude Verlon: silence radio sur l’enquête

Une demande d’entraide judiciaire aux Nations unies

À noter que la double demande d’entraide judiciaire et de levée d’immunité a été adressée à Bamako et aux Nations unies. Pourquoi ? Parce que le chef des opérations de la mission onusienne (Minusma), le général Kazura, était présent à Kidal ce 2 novembre. Il accompagnait le lieutenant-général Maqsood Ahmed, conseiller militaire de l’ONU. Tous deux ont été rapidement informés de l’enlèvement, mais cela ne les a pas empêchés de reprendre l’avion pour Bamako dès 13 h 30.

L’aéroport dans lequel ils se trouvaient est situé tout près de l’endroit où les corps de Ghislaine et Claude ont été retrouvés. Certains de leurs proches se demandent si le passage de l’appareil n’aurait pas fait paniquer les ravisseurs et précipiter l’exécution.

Dans une note diplomatique, datée de juillet, l’ambassadeur de France au Mali affirme que, "sans spéculer sur la façon dont les magistrats vont mener leurs investigations, il est peu probable qu’ils se satisfassent en l’état des réponses écrites de la Minusma aux questions posées par l’enquête". Quant à Marc Trévidic, il projette de se rendre au Mali en janvier.

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