Diplomatie

Maroc – Sahara occidental : les quatre « non » de Mohammed VI

Le roi du Maroc, Mohammed VI.

Le roi du Maroc, Mohammed VI. © AFP

Dans son discours de la Marche verte, traditionnellement consacré à la question du Sahara occidental, le roi du Maroc, Mohammed VI, adopte un ton de fermeté destiné tant aux Marocains qu'au monde extérieur.

"Le Maroc restera dans son Sahara, et le Sahara demeurera dans son Maroc jusqu’à la fin des temps." Dans un discours d’une vingtaine de minutes, prononcé le jeudi 6 novembre, commémorant l’anniversaire de la Marche verte, Mohammed VI n’a pas mâché ses mots. Certes, l’attachement du roi à la défense de ce qui est considéré, à Rabat, comme "la cause nationale", n’est pas nouveau. Mais le ton adopté, et les messages distillés, tout au long de l’allocution sonnent comme une leçon à visée tant interne qu’externe.

Patriote

Sur le plan intérieur, Mohammed VI formule l’idée que la Sahara est d’abord affaire de "sacrifices" :

"Chacun sait dans quel état se trouvait le Sahara avant 1975. À ceux qui ignorent ou feignent d’ignorer la vérité, je livre ces quelques données : depuis la récupération de notre Sahara, pour chaque dirham des recettes de la région, le Maroc investit 7 dirhams dans son Sahara, dans le cadre de la solidarité entre ses régions et entre les enfants de la patrie unie."

À ce titre, il appelle à un dialogue "national franc" et à un débat "responsable et sérieux" sur le modèle de développement des régions sahariennes, pour lequel le chantier a déjà été ouvert par le Conseil économique, social et environnemental.

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" Nous savons également que certains mettent un pied dans la patrie tant qu’ils profitent de ses richesses, et l’autre pied chez ses ennemis, s’ils n’en ont pas tiré parti. Ici je dis : assez de la politique de rente et de privilèges ! Assez de la mercantilisation de la patrie !"

Et le roi de réitérer son admonestation de 2009 :

"Soit on est patriote, soit on est traitre. (…) Il est vrai que la Patrie est clémente et miséricordieuse, et elle le restera, mais une seule fois et pour celui qui se repent et revient à la raison. (…)"

Diplomatie

Sur le plan extérieur, Mohammed VI rappelle sa "qualité de garant de l’indépendance et de l’intégrité territoriale du pays" et revendique le pouvoir de "définir les concepts et les responsabilités dans le traitement des questions avec les Nations unies". La ligne diplomatique est rappelée avec fermeté, sous forme de quatre négations :

Non, "le Maroc dans son Sahara, n’a jamais été une puissance d’occupation ou une puissance administrante";

Non à "la révision des principes et paramètres de négociation, ainsi qu’à toute autre tentative visant à reconsidérer ou élargir le mandat de la Minurso, y compris la question d’observation des droits de l’Homme";

Non à "la complaisance vis-à-vis de la véritable partie [NDLR: l’Algérie] à ce conflit et à son exonération de ses responsabilités;

Non à "la tentative de mettre sur un même pied un État-membre au sein des Nations unies et un mouvement séparatiste".

S’adressant plus spécifiquement à l’ONU, et à l’envoyé spécial du secrétaire général pour le Sahara occidental, Christopher Ross, désavoué par le royaume, Mohammed VI dénonce les "conceptions idéologiques" et les "orientations stéréotypées" de "certains fonctionnaires internationaux".

Le chef d’État réitère sa menace, déjà formulée au printemps dernier, de mettre fin à la mission onusienne à Laâyoune. À l’époque, le Maroc s’estimait confronté à un rapport jugé défavorable, à la veille du renouvellement du mandat annuel de la Minurso. Aujourd’hui, Mohammed VI souligne que "tout dérapage ou toute mystification hypothèquera l’action menée par les Nations unies dans cette affaire."

Autre pique diplomatique adressée, cette fois-ci, à la France, avec qui le Maroc entretient des relations houleuses, le discours ne cite pas la position de Paris, traditionnellement favorable au Maroc sur le Sahara. A contrario, Mohammed VI réserve son estime, "au Secrétaire général des Nations unies et aux grandes puissances internationales, notamment les États-Unis d’Amérique, avec, au premier chef, la Maison Blanche, pour leur contribution positive". Tout au plus, peut-on penser à l’ancienne puissance coloniale quand le souverain note la légèreté de certains pays qu’il ne cite pas nommément :

"Alors qu’ils réaffirment que le Maroc est un modèle en matière de progrès démocratique, un pays actif dans l’action menée pour garantir la sécurité et la stabilité dans la région et un partenaire dans la lutte anti-terroriste, ils abordent avec une certaine ambiguïté la cause de l’intégrité territoriale de notre pays."

Autre constance, réaffirmée cette fois avec force, le royaume désigne l’Algérie comme belligérant, et même comme "principale partie dans ce conflit" :

"Si le Maroc n’a ni pétrole, ni gaz, (…) nous avons, en revanche, nos principes et la justesse de notre cause. Mieux encore,  nous avons l’affection des Marocains et leur attachement à leur Patrie."

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