Politique

Tunisie : le retour médiatique (et polémique) de Moncef Marzouki

L'ancien président tunisien Moncef Marzouki après la signature de la Constitution tunisienne le 27 janvier 2014. © Aimen Zine/AP/SIPA

Après un long silence médiatique, l’ancien président Moncef Marzouki fait ces derniers mois un retour remarqué sur le devant la scène médiatico-politique. Jetant au passage quelques pavés dans la mare tunisienne.

Multipliant les colloques et les interviews à l’étranger, Moncef Marzouki estime que la période d’essai accordée au gouvernement tunisien est écoulée.

Depuis six mois, il sort de l’ombre où il était plongé depuis sa défaite au second tour de la présidentielle de 2014, et fait à nouveau parler de lui, non sans semer la polémique. Son crédo : l’ « échec » du pouvoir en place et la gravité de la situation socio-économique en Tunisie.

« Dénigrement du peuple »

Dans un communiqué publié le 12 février 2017, le parti Al Irada − fondé et présidé par Moncef Marzouki −annonce la tenue de son premier congrès en avril 2017. Il fustige par ailleurs la « campagne de dénigrement et de diffamation » menée, selon les membres du parti, contre son président.

Il faut dire que deux jours plus tôt, le 10 février, les déclarations de Moncef Marzouk sur la chaîne Al Jazeera avaient provoqué un tollé. Il y évoquait le changement des comportements et des mentalités au sein d’une « société tunisienne [fonctionnant] sur la base de la corruption, du favoritisme, de l’hypocrisie et du mensonge ». À titre de comparaison, il avait cité la France, où il a vécu 15 ans.

 

 

La bourde de trop pour les médias nationaux, qui se sont insurgé contre les « provocations » répétées de l’ex-président de la République. « Marzouki rate une nouvelle occasion de se taire : quand un ancien président de la République insulte son peuple », titrait par exemple mardi 14 février le quotidien Le Temps.

Des personnalités et internautes tunisiens ont également fait savoir leur ras-le-bol, à l’instar du photographe Hamideddine Bouali, de la comédienne Leila Toubel ou encore de l’avocat Amir Ghedira, qui ont annoncé vouloir porter plainte contre Moncef Marzouki pour « dénigrement du peuple tunisien ».

L’attentat du 11 septembre

Moncef Marzouki n’en est pas à son premier couac médiatique, depuis qu’il s’est donné pour mission de briser ce qu’il considère comme une omerta politique.

« J’en ai assez de la Tunisie mendiante ! Je ne veux plus que nous soyons des mendiants », s’était-il exclamé sur RTCI en septembre à propos des promesses de dons internationales entourant la Conférence Tunisia 2020. « L’ancien système a été rétabli avec beaucoup de finesse », indiquait-il ensuite au journal Le Point, avant de dénoncer « des pressions » pour tenter d’empêcher la diffusion de son interview sur la chaîne Attessia TV en septembre.

Plus récemment, en janvier, dans une tribune publiée par Le Monde, il écrivait : « Quel est le point commun entre l’attentat du 11 septembre 2001 aux États-Unis, celui de Berlin le 19 décembre 2016 et celui de Nice le 14 Juillet 2016 ? La haine des Occidentaux ! Pas seulement. Ils ont été commis par mes compatriotes, par des Tunisiens qui ont frappé aussi en Tunisie même et ce à plusieurs reprises. »

Suite aux réactions causées par cette tribune, Moncef Marzouki s’est expliqué sur les réseaux sociaux en accusant le journal de ne pas avoir pris en compte sa « demande insistante de rectification » concernant l’implication de Tunisiens dans l’attentat du 11 septembre.

La tribune a été modifiée le lendemain de sa parution sur le site du journal Le Monde.

Un « réservoir électoral intact »

Ses interventions en forme de coups de gueule semblent néanmoins trouver un public, comme le souligne un des chargés de communication du chef du gouvernement Youssef Chahed sur Facebook :

Les derniers résultats de sondages menés par les cabinets Emrhod Consulting et Sigma Conseil le confirment : d’après eux, Moncef Marzouki est l’une des personnalités politiques que les Tunisiens considéreraient les plus à même de gouverner le pays, juste derrière l’actuel président de la République Béji Caïd Essebsi.

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