Justice

Maroc vs Laurent-Graciet : un imbroglio judiciaire loin d’être terminé

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Mis à jour le 17 février 2017 à 09h48
Mohammed VI, le roi du Maroc, à Paris, le 9 février 2015.

Mohammed VI, le roi du Maroc, à Paris, le 9 février 2015. © Christophe Ena/AP/SIPA

La Cour d’appel de Reims a validé, ce jeudi, les enregistrements effectués par l’avocat du Palais, alors qu’un premier jugement de la Cour de Cassation les avait considéré comme illégaux. Catherine Graciet et Éric Laurent, inculpés pour chantage et extorsion de fonds, vont se pourvoir en cassation. On est encore loin du verdict final !

Qui aurait pensé que l’affaire des deux journalistes français soupçonnés d’avoir fait chanter le roi du Maroc allait nous tenir en haleine tout ce temps ? Un an et demi après son dévoilement, cette histoire prend des allures de casse-têtes judiciaire. Elle a livré un nouvel épisode ce jeudi 15 février.

La Cour d’appel de Reims a jugé recevables les enregistrements contestés par les deux journalistes français poursuivis dans ce chantage. Son arrêt contredit celui rendu par la Cour de Cassation, en septembre dernier : celle-ci avait jugé illégaux lesdits enregistrements, effectués par l’avocat du Palais, Me Hicham Naciri et mettant en cause les deux accusés.

« L’arrêt de la Cour d’appel de Reims estime que le plaignant [le Palais marocain, ndlr] avait la liberté d’effectuer ces captations audio et qu’il n’était pas de la responsabilité de la police française de l’en empêcher », a déclaré à Jeune Afrique Me Ralph Boussier, avocat du Palais et qui statue en duo dans cette affaire avec Me Éric Dupond-Moretti. Dans le jargon judiciaire, on appelle cela « la liberté de la preuve ».

Contacté par Jeune Afrique, l’avocat de la journaliste Catherine Graciet, Me Éric Moutet, dit regretter la décision rendue par la Cour d’appel de Reims, et affirme son intention de se pourvoir une nouvelle fois en cassation.

« Ce qui nous dérange, c’est que les avocats du Palais ont fourni une expertise faite par un éminent professeur de droit et qui va dans leur sens. Ce qui a dû, je pense, impressionner les juges. Or, mes clients n’ont pas les moyens de se payer ce genre de consultation », relève-t-il.

Quelle valeur ont les enregistrements ?

Catherine Graciet et Éric Laurent ont été interpellés le 27 août 2015 en possession d’une somme de 80 000 euros en liquide. Ils ont été inculpés pour chantage et extorsion de fonds à l’égard de Mohammed VI. Selon les premiers éléments de l’enquête, ils sont soupçonnés d’avoir voulu lui extorquer 3 millions d’euros, en contrepartie de la non publication d’un livre à charge sur la monarchie marocaine.

L’émissaire du Palais, Hicham Naciri, qui a rencontré les journalistes à trois reprises, a réalisé des enregistrements audio de ses discussions avec eux et les a transmis aux autorités françaises à titre de preuves. Mais au lieu de livrer rapidement son verdict, l’affaire est entrée dans un tourbillon judiciaire, dans lequel on s’est beaucoup interrogé sur la légalité de ces enregistrements, particulièrement ceux réalisés durant les deux derniers rendez-vous entre l’avocat du Palais et les journalistes.

Ces derniers ont évoqué « un vice de procédure », considérant que l’émissaire de Mohammed VI n’avait pas le droit d’effectuer ces enregistrements alors qu’une enquête judiciaire était déjà ouverte contre eux dès leur premier rendez-vous.

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