Politique

Burkina : qui pourrait bien prendre la tête de la transition ?

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Réunion entre les médiateurs de la Cedeao et les opposants, le 5 novembre 2014 à Ouagadougou.

Réunion entre les médiateurs de la Cedeao et les opposants, le 5 novembre 2014 à Ouagadougou. © AFP

Alors que militaires et civils se sont mis d’accord sur le fonctionnement des institutions transitoires, l’identité du président civil de la transition reste toujours un mystère. Des noms circulent…

Au Burkina, la question est sur toutes les lèvres depuis plusieurs jours : qui sera la personnalité civile désignée pour présider la transition ? L’armée, les partis politiques, les représentants de la société civile et les chefs religieux et traditionnels se sont mis d’accord le 13 novembre sur le fonctionnement des institutions de transition. Reste maintenant à trouver "l’oiseau rare", comme le surnomme les Burkinabè, qui dirigera le pays pendant les douze prochains mois, jusqu’à l’organisation d’élections présidentielle et législatives en novembre 2015.

Il (ou elle) devra remplir plusieurs critères : être civil, non issu de l’armée, ne pas être membre d’un parti politique, ni lié à l’ancien régime de Blaise Compaoré, et enfin s’engager à ne pas participer aux élections organisée par le régime de transition.

Plusieurs personnalités correspondent à cette description. Petite liste non exhaustive des noms qui circulent dans la capitale burkinabè.

Les religieux

Les noms de deux personnalités religieuses reviennent avec insistance : Philippe Ouédraogo, le cardinal de Ouagadougou, et surtout Paul Ouédraogo, archevêque de Bobo-Dioulasso. Selon une source ministérielle bien informée de la région, l’armée, les leaders des partis politiques et les représentants de la société civile seraient tous favorables à une nomination de ce dernier. L’intéressé, plutôt réticent il y a quelques jours, serait désormais partant pour remplir la fonction.

Respecté par la société civile et les leaders politiques, Paul Ouédraogo a, comme les autres évêques burkinabè, rapidement pris position contre l’idée d’une modification de la Constitution permettant à Blaise Compaoré de se représenter en 2015. Homme d’Église ne prétendant à aucune fonction politique au-delà de la transition, il aurait donc, a priori, le profil idéal. Seul point de blocage : le Vatican, qui refuse que les membres du clergé exercent des fonctions éxécutives. L’Église catholique a toutefois fait une exception à cette doctrine. C’était déjà sur le continent, au début des années 1990, en République démocratique du Congo (RDC), alors Zaïre. En 1992, l’archevêque Laurent Monsengwo avait pris la tête d’un Haut conseil de la République, par la suité érigé en parlement de transition.

Des tractactions seraient en cours entre Ouagadougou et Rome pour autoriser Paul Ouédraogo à présider la transition. Selon une source diplomatique, le chef de l’État sénégalais Macky Sall, président du groupe de contact de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) sur le Burkina, serait notamment intervenu auprès du Vatican en faveur d’une nomination de l’archevêque de Bobo-Dioulasso.

Les politiques

Plusieurs noms circulent aussi du côté des responsables politiques. Parmi eux figure Jean-Baptiste Natama, directeur de cabinet de la présidente de la commission de l’Union africaine (UA), la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma. Installé à Addis Abeba, il ne serait pas contre la perspective d’un retour au pays pour présider la transition. De nombreux observateurs saluent ses compétences techniques, mais son passage par le ministère de la Défense à la fin des années 1980 fait tâche sur son CV.

Autre personnalité politique : Jean-Baptiste Ouédraogo, éphémère président de la République de novembre 1982 à août 1983. Connu de tous, sans ambition pour les années à venir, il pourrait "remplir le job". Mais son passé de militaire, sa proximité supposée avec le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP, parti de Blaise Compaoré) et son éloignement des affaires publIques depuis de nombreuses années ne plaident pas en faveur.

Selon une source militaire interrogée par l’AFP, le poste de Premier ministre de transition aurait été proposé par les civils à l’armée contre la suppression de la clause interdisant au président de la transition d’être issu d’un parti politique. Si cet arrangement était confirmé, deux leaders de partis pourraient sortir du chapeau : Ablassé Ouédraogo et Stanislas Benewende Sankara. Tous deux députés et présidents de partis d’opposition à "Blaise", ils savent qu’ils ont peu de chance de l’emporter en 2015 contre les favoris annoncés que sont Zéphirin Diabré ou Roch Marc Christian Kaboré. Un poste de président de transition pourrait donc être une belle carte à jouer.

Depuis la chute de Blaise Compaoré, Ablassé Ouédraogo est très actif dans les négociations avec l’armée sur l’organisation de la transition. Stanislas Benewende Sankara, fort de son image sankariste, bénéficie lui d’une certaine aura auprès des jeunes burkinabè.

Les intellectuels

Enfin, deux universitaires sont régulièrement cités dans la liste des présidents putatifs. Le premier est le docteur Luc Marius Ibriga. Professeur de droit constitutionnel à l’université de Ouagadougou, figure centrale de la société civile, il a été en pointe durant la contestation contre le projet de modification constitutionnelle. C’est aussi lui qui a piloté le projet de "charte de la transition" présenté par les civils aux militaires.

Le second est le politologue Augustin Loada, directeur du Centre de gouvernance démocratique (CDG), également très engagé dans le combat contre la modification de la Constitution. Certains le jugent toutefois trop "marqué" politiquement pour exercer la fonction.

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Benjamin Roger

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