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Formation : pourquoi le groupe Galileo prend-il le contrôle de l’Institut supérieur de management au Sénégal ?

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Fin 2016, Galileo, spécialiste de l’enseignement supérieur, présent en Europe, en Asie et en Amérique, a pris le contrôle de l’Institut supérieur de management (ISM) de Dakar. Une marque sous laquelle le groupe, basé à Paris, entend se déployer sur le continent. Le patron du groupe Galileo Global Education, Marc-François Mignot-Mahon, dévoile à Jeune Afrique les ressorts de sa stratégie.

Propriété de la société d’investissement américaine Providence Equity, Galileo Global Education se présente comme l’un des leaders mondiaux de l’enseignement supérieur. Fin 2016, il a acquis pour une somme tenue confidentielle la majorité du capital de l’Institut supérieur de management (ISM) créé en 1992 à Dakar par Amadou Diaw.

En 25 ans, le groupe sénégalais est devenu le leader régional en matière d’enseignement supérieur. Son chiffre d’affaires atteint environ 5 milliards de F CFA (7,6 millions d’euros). Outre son école de management, il possède un institut en droit, un autre en informatique et un troisième dévolu au développement du leadership, ainsi que des écoles primaires et des lycées parmi les meilleurs du pays.

L’ISM vient s’ajouter à la quarantaine d’écoles déjà contrôlées par Galileo en France, en Inde, en Chine et au Mexique dans les domaines du management, de l’art et de la création. En achetant le groupe Studialis en 2015 pour 250 millions d’euros, il avait notamment acquis le célèbre Cours Florent (théâtre), l’École d’arts graphiques Penninghen ou la Paris School of Business (PSB).

Galileo entend désormais s’appuyer sur la marque ISM pour se développer sur le continent, même si son président, Marc-François Mignot-Mahon, avoue toujours rechercher d’autres opportunités en Afrique australe et au Maghreb. À l’occasion de l’officialisation du mariage des deux groupes fin janvier à Dakar, il a dévoilé ses projets sur le continent.

Jeune Afrique : Comment Galileo est-il entré en contact avec l’ISM ?

Marc-François Mignot-Mahon : L’ISM avait déjà engagé un dialogue avec Studialis il y a quelques années.Nous avons considéré que l’ISM était la plus belle école de management d’Afrique francophone subsaharienne. Les négociations ont commencé en septembre et ont abouti en décembre.

C’est la fin de la condescendance. Venir en Afrique n’est pas un geste politique, c’est du business entre pairs.

Qu’est qui différencie encore l’ISM d’une école comme PSB à Paris ?

Je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de différences. J’ai été bluffé par la qualité pédagogique de ce que j’ai vu. J’ai vu des apprenants qui évaluent leurs professeurs tous les mois. L’articulation de la pensée des étudiants, l’interpénétration des approches disciplinaires… Je ne vois pas forcément cela en Europe. C’est la fin de la condescendance. Venir en Afrique n’est pas un geste politique, c’est du business entre pairs.

Pourquoi Galileo investit-il en Afrique ?

Je crois que tout le monde a compris que l’Afrique est à la fois le berceau de l’humanité et une des clés de son futur. Partant de ce principe, c’est la possibilité de faire venir des étudiants d’autres régions du monde sur le continent. En Inde ou en Chine, on regarde vers l’Afrique avec un œil neuf. Il y a déjà beaucoup d’échanges entre ces pays et le continent, et il va y en avoir de plus en plus.

Vous investissez au moment où le continent connaît une crise économique. On est loin de l’afroptimisme valable il y a encore trois ans ?

Notre présence ne dépend pas de ce qui va se passer dans les deux ou cinq ans à venir. Nous ne sommes pas des financiers, mais des industriels, nous investissons sur le long terme.

Vous n’êtes pas un fonds mais votre actionnaire de référence, Providence Equity, est une société d’investissement américaine.

Il y a une grande différence entre avoir comme actionnaire un professionnel de l’investissement et être un fonds soi-même. Moi j’aime travailler avec des actionnaires professionnels car le contrat est clair : on fait ce qu’on dit et on dit ce qu’on fait.

Comment vendez-vous l’Afrique à Providence Equity ?

La promesse est faite à tous les actionnaires, dont le groupe français Caisse des Dépôts, pas seulement à Providence. Galileo veut construire la référence mondiale de l’enseignement supérieur privé. Il n’est pas envisageable que sur un continent aussi bouillonnant, créatif et porteur de futur, nous soyons absent. Le monde a changé, il faut faire tomber les barrières entre les disciplines et entre les territoires.

J’ai coutume de dire que si un designer, un ingénieur et un marketeux [professionnel du marketing, ndlr] sont ensemble, c’est parce qu’ils jouent au poker. Nous avons un autre agenda. On a envie qu’ils croisent leurs disciplines. Galileo a créé un MBA [Master in Business Administration] entre le Cours Florent et PSB. Parce qu’on n’est pas le même manager quand on sait que son corps est un outil, que l’on peut parler à cinquante personnes sans crier et que l’on peut convaincre en faisant appel à l’émotion.

Allez-vous lancer des formations d’ingénieurs, dont l’Afrique manque, pour compléter sa votre palette ?

Nous y pensons, mais ce n’est pas notre savoir-faire et nouer des partenariats durables est compliqué.

Revenons à votre projet avec l’ISM : quelle est son architecture ?

Nous allons constituer un comité d’investissement qui va s’appeler Galileo Afrique pour étudier les opportunités d’acquisition à travers l’ensemble du continent. Il va être constitué de personnalités proposées par Amadou Diaw, le fondateur de l’ISM.

L’idée est-elle de créer une franchise africaine de l’ISM ?

Nous avons une stratégie différente des acteurs internationaux de l’enseignement supérieur privé. Nous ne croyons pas à l’idée d’amener des écoles françaises ou européennes en Inde, en Chine ou en Afrique. Nous croyons aux partenariats. Au Sénégal, il y a une pépite, l’ISM. Nous sommes là pour lui donner les moyens de se développer.

Nous allons ouvrir un cursus dédié à l’univers digital. Pour ce projet, Galileo va agir comme un accélérateur en proposant des moyens, des savoirs-faire et des contenus permettant à l’ISM de décider dans quelle direction il veut se développer. Par ailleurs, nous allons également étendre l’offre éducative au domaine du design sur trois terrains. La création graphique, la mode, peut-être d’ailleurs sous le nom d’écoles qui exercent en France car il n’y a pas de référence en Afrique, et le design industriel. En parallèle, nous voulons nous implanter sur de nouveaux territoires comme la Côte d’Ivoire et créer un campus de référence au centre de Dakar.

Quel montant avez vous mis sur la table pour acquérir la majorité du capital de l’ISM et combien allez-vous investir pour son développement ?

Nous sommes tenus à la confidentialité. Nous avons pris le contrôle, mais Amadou Diaw reste un actionnaire de référence et nous nous sommes engagés à rester ensemble au capital pendant plus d’une décennie. Quant aux développements à venir, un campus représente une mise initiale de quatre à cinq milliards de F CFA, et sans doute dix milliards à terme.

L’ISM et Galileo ont créé et doté une fondation pour délivrer des bourses.

Votre politique tarifaire sera-t-elle la même que celle de l’ISM (1 000 à 1 500 euros l’année de Master) ?

Nous ne venons pas en disant qu’il faut augmenter les tarifs, donc rien n’a changé pour l’instant. Néanmoins, nous allons construire un campus et la qualité a un coût.

Mais la politique de bourses adoptée par l’ISM nous a beaucoup impressionné. L’ISM et Galileo ont créé et doté une fondation qu’un ensemble de contributeurs, à la fois les institutions et des grands comptes, vont abonder pour permettre à nombre d’élèves de bénéficier de bourses. Il n’y a pas de qualité pédagogique, s’il y a de l’exclusion sociale.

Financer les grandes écoles n’est pas une habitude répandue parmi les entreprises d’Afrique de l’Ouest. Vous pensez à des partenaires européens ?

Européens et anglo-saxons, oui. Cela fait partie des éléments que peut apporter un groupe comme le nôtre. Mais nous pouvons aussi faire bouger les lignes, organiser des roadshows, aller voir les dirigeants africains pour les inciter à participer et à prendre en main le futur du continent.

 

Comment allez-vous aider l’ISM à améliorer la qualité de ses enseignements en conservant des coûts abordables ?

En mutualisant. Un collège, un lycée, un établissement d’enseignement supérieur… Seuls ils n’ont pas la taille pour pouvoir se doter des ressources nécessaires. Grâce à notre empreinte internationale, nous pouvons apporter un support et des moyens financiers qui peuvent être amortis par des économies d’échelle.

L’ISM possède aussi des écoles primaires et secondaires. Est ce que ces établissements vont être cédés ?

Encore une fois, nous ne sommes pas un fonds. Nous savions qu’il y avait de l’enseignement primaire et secondaire. L’ISM va poursuivre dans cette voie s’il y a des besoins et que nous pouvons être utiles.

Quel accueil avez-vous reçu de la part des autorités sénégalaises ? 

Elles n’ont pas exprimé une vision négative du rôle du privé. Nous proposons une éducation de qualité, toutes nos écoles sont des marques internationales. Les lycées de l’ISM, si nous les poussons plus loin en Afrique, resteront tournés vers l’excellence.

L’ISM doit pousser à la création d’une certification africaine des écoles supérieures.

Est-ce que les écoles comme l’ISM doivent obtenir des accréditations type AACSB ou EQUIS ?

L’ISM est aux portes des accréditations. Parce qu’elles ont permis de faire le tri dans les autres régions du monde, elles ont été considérablement utiles. Cela permet de labelliser une certaine forme de qualité. C’est une tendance internationale qu’il faut suivre pour participer à la compétition mondiale.

Mais il faut aussi savoir que cela écrase les singularités. Attention donc à ne pas perdre la créativité, l’art de la relation et du vivre ensemble, l’interdisciplinarité que j’ai observé à l’ISM. Nous pensons en outre que l’ISM doit pousser à la création d’une certification africaine qui prenne en compte les réalités du continent.

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