Justice

Ce qu’il faut retenir de l’affaire François Fillon

François Fillon, le 6 février 2017, lors d'une conférence de presse à Paris.

François Fillon, le 6 février 2017, lors d'une conférence de presse à Paris. © Christophe Ena/AP/SIPA

François Fillon l’assure : il sera le candidat de la droite et du centre à la présidentielle française de mai 2017. L’ancien Premier ministre est pourtant empêtré depuis deux semaines dans une affaire qui mêle soupçons d’emplois fictifs, de détournements de fonds publics ou d’abus de biens sociaux.

L’état de la presse française étant ce qu’il est, il n’est pas forcément habituel de faire la queue à un kiosque pour acheter la dernière édition du Canard enchaîné. Mais, en ce début du mois de février, les vendeurs de journaux ont le sourire. François Fillon, sa femme Penelope Fillon et ses enfants Charles et Marie n’y sont pas pour rien.

Ils sont au cœur d’une enquête judiciaire, ouverte mercredi 25 janvier suite à des révélations du journal, pour des chefs de détournement de fonds publics, abus de biens sociaux et recel de ces délits. François Fillon, qui a tenté d’éteindre l’incendie lors d’une conférence de presse le 6 février, a été entendu, tout comme sa compagne, par les enquêteurs.

Aujourd’hui, le vainqueur de la primaire de la droite et du centre, considéré comme favori de la prochaine présidentielle française, se retrouve au bord du gouffre. Son propre camp a songé à le remplacer et, s’il a réussi à calmer ses troupes, cela ne pourrait durer qu’un temps. Voici ce qu’il faut retenir de la tempête qui continue de faire pleuvoir des tombereaux d’encre et de soupçons.

Des salaires mirobolants

Le député François Fillon est soupçonné d’avoir employé sa compagne Penelope en tant que collaboratrice parlementaire de 1988 à 1990, puis de 1998 à 2002 et enfin de mai 2012 à novembre 2013. Il l’aurait également faite embaucher de mai 2002 au 31 août 2007 par son suppléant, Marc Joulaud, tandis qu’il devenait notamment ministre des Affaires sociales et du Travail.

Ces périodes, cumulées, auraient rapporté à Penelope Fillon 831 440 euros bruts. Or, selon le Canard enchaîné, il n’existe aucune trace d’une activité réelle de l’épouse de François Fillon en tant qu’assistante parlementaire. Elle-même affirmait en 2007, dans une interview exhumée par Envoyé spécial, qu’elle n’avait jamais été l’assistance de son mari, lequel martèle le contraire. Il soutient qu’elle tenait son agenda et le représentait notamment dans des événements de sa circonscription.

100 000 euros brut pour deux fiches de lectures.

Dernier développement en date : Le Canard enchaîné affirme dans son édition du mercredi 8 février que l’épouse Fillon aurait également touché des indemnités de départ de la part de l’Assemblée nationale, en août 2002 et en novembre 2013, pour un montant total de 45 000 euros  (dont 29 000 lors de la fin du contrat courant de mai 2012 à novembre 2013).

Et le jackpot ne s’arrêterait pas là, explique le Canard. Penelope Fillon aurait également été employée par La Revue des deux mondes, dirigée par un ami de François Fillon, Marc Ladreit de Lacharrière. Ce dernier affirme que l’emploi en question n’avait « rien de fictif ». Mais elle n’aurait cependant signé que deux notes de lecture. Montants des salaires perçus : 100 000 euros brut. Les policiers de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF) cherchent désormais à savoir si Penelope Fillon a réellement occupé les postes pour lesquels elle était rémunérée.

Une affaire de famille

Selon le Canard enchaîné, Marie Fillon aurait été embauchée comme collaboratrice parlementaire par son père, alors sénateur, fin 2005. Elle serait restée à son poste pendant 15 mois. Âgée de 23 ans à l’époque, elle vient de terminer ses études de droit et ne prête serment que deux ans plus tard. Elle est alors en stage dans un cabinet, pour lequel elle aurait été payée 11 035 euros par an. Après la parution des révélations dans le Canard, François Fillon affirme d’abord l’avoir employée alors qu’elle était avocate, avant d’avouer qu’elle travaillait en réalité pour lui à la rédaction d’un livre politique. Salaire perçu : 57 084 euros bruts.

Après le départ de la jeune femme, le poste ne reste pas vacant bien longtemps puisqu’elle aurait été remplacée par son frère. Charles Fillon aurait été embauché début 2007 et aurait occupé le poste de janvier à juin. Âgé de 23 ans, il aurait alors cumulé cet emploi avec ses études de droit, bien que son père affirme là aussi l’avoir embauché en tant qu’avocat. François Fillon avouera ensuite avoir fait travailler son fils à la constitution de bases documentaires pour lui permettre de préparer son projet politique de futur Premier ministre. Jackpot touché : 26 651 euros bruts.

Dans les deux cas, les policiers de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF) cherchent, là aussi, à savoir si, oui ou non, les deux enfants de François Fillon ont occupé un emploi fictif et si la rémunération perçue correspond au travail effectué.

 

François Fillon le conseiller

Reste François Fillon lui-même. Selon le journal en ligne Mediapart, François Fillon aurait bénéficié de fonds publics détournés au Sénat. Des parlementaires sont soupçonnés d’avoir reversé à leur groupe (l’Union républicaine du Sénat, URS) la part de leurs indemnités non utilisée pour rémunérer leurs collaborateurs. L’URS aurait ensuite reversé un tiers de la somme aux sénateurs en question. La somme pourrait avoir atteint un peu plus de 30 000 euros et l’URS fait aujourd’hui l’objet d’une information judiciaire.

L’ancien Premier ministre est également  au centre des interrogations concernant son activité de conseil, via son entreprise 2F Conseil. En effet, d’après le journal Le Monde, François Fillon aurait cumulé 750 000 euros de revenus de cette activité entre 2012 et 2015, comptant notamment parmi ses clients le cabinet de René Ricol. Ce dernier était commissaire général à l’investissement, sous l’autorité du Premier ministre, un certain François Fillon, lorsque celui-ci était à Matignon.

750 000 euros d’activités de conseil de 2012 à 2015.

Le cabinet, qui conseille notamment l’assureur Axa, a été créé au printemps 2012, dans le laps de temps qui a séparé le départ de François Fillon de Matignon et son élection à l’Assemblée nationale. Une astuce qui aurait permis à l’intéressé de l’exploiter tout en exerçant un mandat de député, puisque selon l’article 146-1 du code électoral, « il est interdit à tout député de commencer à exercer une fonction de conseil qui n’était pas la sienne avant le début de son mandat ».

Cette légalité n’a toutefois pas empêché les critiques de pleuvoir, de la part des adversaires politiques de François Fillon, qui s’interrogent sur de possibles conflits d’intérêts entre le législateur Fillon François et le conseil François Fillon…

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