Droits de l’homme

Syrie : l’enfer de la prison gouvernementale de Saidnaya raconté par Amnesty International

Vue aérienne de la prison de Saidnaya, à 30 km de Damas. © Google Maps

13 000 pendaisons en l’espace de quatre ans : une enquête inédite d’Amnesty International lève le voile sur la réalité glaçante de la prison syrienne de Saidnaya.

Vue du ciel, la prison gouvernementale de Saidnaya ressemble à un trèfle entouré d’un vaste périmètre d’environ 100 hectares, à une trentaine de kilomètres de Damas. Dans cet univers en vase clos, où les journalistes et les organisations humanitaires sont personae non gratae depuis des années, près de 13 000 personnes – essentiellement des civils considérés comme hostiles au pouvoir de Bachar al-Assad – auraient été pendus entre 2011 et 2015, selon Amnesty International.

Dans son rapport de 48 pages publié aujourd’hui, l’ONG décrit « une véritable politique d’extermination » à travers les témoignages de 84 anciens détenus, magistrats ou gardiens. Chaque semaine, un groupe de prisonniers est conduit devant un tribunal militaire de Damas, pour des procès expédiés en « une à trois minutes », grâce à des « faux aveux » extorqués sous la torture.

L’un d’entre eux précise la procédure : « Vous avez les yeux bandés et les mains liées, de manière à ce que vous ne sachiez pas qui est le juge, ou ce que vous signez ». « Ils ne vous communiquent pas les charges. Vous n’avez pas le droit à un avocat ou de parler au téléphone. Vous n’avez aucuns droit », abonde un autre.

« Ce n’était pas un son normal… »

Liste de noms en mains, les geôliers regroupent en début d’après-midi les condamnés à mort – qui n’ont pas été informés de leur sentence – dans une salle au sous-sol, où ils seront battus pendant des heures. « Ils n’ont pas le droit de s’asseoir. C’est là qu’on commence à leur crier dessus… On commence à les rouer de coups… On sait déjà qu’ils vont mourir de toute façon, donc on peut leur faire ce que l’on veut », détaille un gardien.

Leurs cris épouvantent les autres prisonniers : « Ils criaient comme s’ils étaient devenus fous… Ce n’était pas un son normal – ce n’était pas ordinaire. Ils criaient comme si on les écorchait vifs ».

Au milieu de la nuit, les suppliciés sont transférés dans la salle d’exécution, agrandie en 2012 pour accélérer la cadence des mises à mort. Ils sont entre 20 et 50. Les yeux bandés, ils sont conduits jusqu’à la trappe, d’où ils seront projetés dans le vide par le bourreau. « Ils les laissent là pendant 10 à 15 minutes. Certains ne meurent pas parce qu’ils sont légers. Surtout les jeunes, car leur poids ne suffit pas pour les tuer. Des assistants les détachent alors et leur brisent la nuque », décrit un ancien juge qui assistait aux pendaisons.

Dans des fosses communes

D’après Amnesty International, le procédé se répéterait ainsi une à deux fois par semaine. Les corps sont ensuite enterrés dans des fosses communes sur des terrains militaires, notamment dans le village de Qatana dans la banlieue de Damas. Mais l’ONG, qui n’a pas droit de cité en Syrie, n’a pas pu vérifier ces affirmations.

Outre ces exécutions de masse, la torture serait pratiquée de manière systématique dans les murs de la prison. Privés d’eau, de nourriture et de soins médicaux, les détenus sont à la merci du sadisme de leurs geôliers. Ainsi, ils ont interdiction de communiquer entre eux, sont violés ou forcés de se violer les uns les autres. Des conditions effroyables qui entraînent la mort quotidienne de détenus.

« Chaque jour, il y avait deux ou trois morts dans notre aile (…) Je me souviens que le gardien nous demandait combien nous en avions. Il disait ‘Pièce numéro un, combien ? Pièce numéro deux, combien ?’ Et ainsi de suite », témoigne un ancien prisonnier.  

Cette politique d’extermination est soigneusement tenue secrète. Mais l’ONG, qui dénonce des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, précise que les plus hautes autorités du régime ont forcément partie liée avec ces pratiques : « Les peines de mort doivent être approuvées soit par le Grand Mufti de Syrie, soit par le ministre de la Défense ou le Chef d’état-major de l’armée. Tous agissent au nom du président Bachar al-Assad. »

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