Droits de l’homme

RDC : 80 morts ou disparus dans l’opération « Likofi » à Kinshasa, selon HRW

| Par Jeune Afrique
Des policiers congolais dans une rue de Kinshasa, le 13 septembre 2014, en RDC.

Des policiers congolais dans une rue de Kinshasa, le 13 septembre 2014, en RDC. © AFP

Dans un rapport publié mardi, Human Rights Watch dénonce la mort ou la disparition de plus de 80 personnes victimes, selon l’ONG, de violences policières lors de l’opération « Likofi », grande opération antibanditisme menée à Kinshasa entre novembre 2013 et février 2014.

"En l’espace de trois mois, des policiers qui ont participé à ‘l’opération Likofi’ [‘coup de poing’, en lingala] ont exécuté de manière extrajudiciaire au moins 51 jeunes hommes et adolescents, et ont soumis 33 autres à des disparitions forcées". Le rapport de Human Rights Watch (HRW) publié mardi 18 novembre est sans appel : les forces de l’ordre congolaises auraient tué ou fait disparaitre plus de 80 personnes lors cette grande opération antibanditisme menée à Kinshasa entre novembre 2013 et février 2014.

Durant ces quatre mois, le gouvernement congolais a lancé une vaste opération visant à mettre fin aux crimes perpétrés par les membres de bandes organisées appelés "kuluna". Nombre de critiques, au sein de la société congolaise, s’étaient alors élevées contre la brutalité de cette opération. En octobre, Kinshasa avait expulsé le chef du bureau pour les droits de l’Homme de l’ONU en RDC, Scott Campbell, après la publication d’un rapport établi par son service et qui établissait à 41 au minimum le nombre des victimes de cette opération (neuf "exécutions sommaires" et 32 "disparitions forcées").

Des corps "laissés dans la rue"

Les policiers qui ont participé à l’opération Likofi ont souvent agi de façon "illégale et brutale", écrit HRW dans son rapport d’une soixantaine de pages. Comme l’ONU, HRW note que des policiers en uniforme, "le visage dissimulé par des cagoules noires", ont traîné sous la menace des armes leurs victimes hors de chez eux, la nuit, sans mandats d’arrêt, avant de les abattre, souvent devant des membres de la famille et des voisins. D’autres ont été arrêtés et exécutés dans les marchés ouverts où ils dormaient ou travaillaient, ou bien sur des terrains à proximité ou dans des espaces isolés, ajoute le rapport. "Au début, écrit l’ONG, la police semblait utiliser ses tactiques brutales comme avertissement pour les autres. De nombreuses victimes ont été battues et humiliées en public par la police avant d’être assassinées."

"Dans plusieurs cas, les policiers laissaient le corps dans la rue, peut-être pour effrayer les autres, et ne le récupéraient que plus tard pour le transférer aux morgues de la ville", ajoute HRW, pour qui le nombre des victimes de l’opération Likofi "est probablement supérieur" aux cas qu’elle dit avoir documentés à partir d’entretiens avec une centaine de personnes (témoins, proches des victimes, policiers). Notant que l’opération Likofi avait pour but de mettre fin à la criminalité en bande à Kinshasa et que les "kuluna" s’étaient rendus responsables de nombreux crimes graves depuis plusieurs années, HRW déplore que celle-ci n’ait "pas fait progresser l’État de droit" en RDC, mais qu’elle "en a plutôt été la négation".

Demande d’ouverture d’une enquête judiciaire

L’ONG demande aux autorités de "suspendre immédiatement" le chef de la police de Kinshasa, le général Célestin Kanyama, et "d’ouvrir une enquête judiciaire sur son rôle présumé dans les exactions commises lors de cette opération".

En réponse aux accusations du rapport de l’ONU, le ministre de l’Intérieur congolais Richard Muyej avait déclaré que "le personnel de l’opération Likofi n’agissait pas en cagoule". Le ministre avait également communiqué la liste d’une trentaine de membres de la police condamnés pour leur comportement dans l’opération Likofi, dont cinq pour meurtre ou homicide involontaire, et 2 pour enlèvement ou détention arbitraire.

(Avec AFP)

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