Justice

Tunisie : quatre ans après, le mystère entoure toujours l’assassinat de Chokri Belaïd

Une manifestation dans le centre-ville de Tunis à la suite de l'assassinat de l'opposant Chokri Belaïd, en février 2013. © Amine Landoulsi/AP/SIPA

Le 6 février 2013, le leader de gauche Chokri Belaïd était abattu de cinq balles à bout portant, devenant dès lors un symbole de l’opposition. Mais quatre ans plus tard, son assassinat reste un mystère.

Recevant Basma, la veuve de Chokri Belaïd, au Palais de Carthage le 2 février, le président tunisien Béji Caïd Essebsi lui a affirmé suivre de près la progression de l’enquête, toujours en cours. Et d’annoncer, à l’occasion des commémorations du 6 février 2017, l’inauguration d’une place « Chokri Belaïd » dans le centre-ville de Tunis, en lieu et place de celle des « Droits de l’Homme ». Mais où en est justement cette enquête ?

  • Ce que l’on sait de l’assassinat

Le meurtre de Chokri Belaïd a été décidé le 20 janvier 2013 lors d’une réunion d’Ansar al-Charia, groupe salafiste reconnu comme organisation terroriste dirigé par Abou Iyadh, qui a fui la Tunisie après l’attaque de l’ambassade américaine en septembre 2012. Cette exécution avait été programmée comme une riposte à l’arrestation du chef de leur branche armée, Mohamed Ridha Ben Nejem et de la découverte d’une cache d’armes quelques jours auparavant.

L’enquête a établi que Kamel Gadhgadhi est celui qui a tiré sur le fondateur du parti El Watad et qu’il a été exfiltré du lieu du crime avec la logistique assurée par Ahmed Rouissi et Mohamed Akkari.

D’après le ministre de l’Intérieur Hédi Majdoub, l’examen balistique a dévoilé que « l’arme du crime de type Beretta 92-93 n’est pas utilisée par les agents des forces de l’ordre ».

L’instruction aboutira à l’inculpation de 24 personnes dont Mohamed Aouadi, Mohamed Lamari, Adel Saïdi, Lotfi Zine, Kamel Gadhgadhi, Ahmed Rouissi, Boubaker el-Hakim ; tous se connaissaient depuis qu’ils avaient été entraînés dans un camp contrôlé par Abdelhakim Belhaj, à Derna en Libye.

  • Le procès

Accusés d’avoir « fourni des informations, un local et des dons directs afin de financer des personnes ayant des activités terroristes » et « fourni des armes et des explosifs à un organisme en relation avec des crimes terroristes », le 30 juin 2015, 19 des 24 accusés refuseront de comparaître. Mais l’opinion déplorera surtout l’absence de Kamel Gadhgadhi, abattu lors de son arrestation en février 2014, et de Ahmed Rouissi, tué dans des combats en Libye.

Depuis cette première audience le procès ne cesse d’être reporté, d’autant que des lacunes sont apparues dans le dossier d’instruction. Deux des accusés ont été libérés en juin 2016 après l’établissement de leur non-implication dans l’affaire.

  • Les points de litige

De report en report, le comité de défense de Chokri Belaïd dénonce la disparition de pièces du dossier d’instruction, et notamment d’un document relatif au rapport balistique, ainsi qu’un autre sur les voitures utilisées lors de l’opération.

Il pointe les manquements de Béchir Akremi, juge de la chambre d’instruction n°13, et porte plainte contre lui pour entrave à la justice faute d’avoir donné suite à l’injonction de la Cour de cassation d’entreprendre les investigations supplémentaires comme le réclamaient les plaignants. Il saisit également le ministère de la justice pour diligenter une inspection sur la conduite du dossier et réclamer le transfert du dossier à un autre juge d’instruction.

En juin 2016, le ministre de la Justice Omar Mansour est revenu devant l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) sur ces accusations, insistant sur le fait que le juge « a réalisé convenablement son travail, et contrairement à ce qui a été diffusé, le rapport de l’inspection a prouvé qu’il a effectué toutes les investigations nécessaires ».

  • Laxisme, impuissance ou volonté d’État ?

À ce jour, les commanditaires de l’assassinat de Chokri Belaïd n’on pas été identifiés et le juge d’instruction, Béchir Akremi, a été entre temps promu procureur de la République. Malgré toutes les promesses formulées durant la campagne électorale de 2013 de faire la vérité sur cette affaire, la question «  qui a tué Chokri ? », adressée de manière récurrente aux différents gouvernements depuis quatre ans, reste toujours sans réponse.

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