Politique

Burkina : Isaac Zida s’impose comme Premier ministre

Isaac Zida, le 19 novembre 2014 à Ouagadougou. © Sia Kambou/AFP

Le lieutenant-colonel Isaac Zida a été nommé mercredi au poste de Premier ministre par le président de la transition, Michel Kafando. Contrairement à ce qui était prévu, l'armée garde donc une place centrale dans le régime de transition, censé être civil.

Le lieutenant-colonel Zida et l’armée restent donc au coeur du pouvoir au Burkina Faso. Le militaire, qui avait pris la tête du "pays des hommes intègres" depuis la chute de Blaise Compaoré, le 31 octobre, a été nommé chef du gouvernement mercredi 19 novembre par le président Michel Kafando. 

"J’en appelle à l’ensemble de la communauté nationale (et) internationale (…) à nous accompagner sans a priori pour gagner le challenge d’une transition apaisée", a-t-il déclaré lors de sa première allocution en tant que Premier ministre. Le gouvernement oeuvrera "en toute humilité" et "dans un engagement sacerdotal et patriotique" afin de "redonner confiance" au peuple par son "ardeur au travail", son "don de soi" et son absence de "calcul égoïste", a-t-il aussi affirmé.

À peine nommé par un décret du nouveau président intérimaire Michel Kafando, investi mardi, le lieutenant-colonel Zida tente donc de rassurer. Sa désignation semble en effet contraire aux voeux affichés de la communauté internationale, qui souhaitait une transition strictement civile. Zida ne pourra, comme Kafando, être candidat aux élections présidentielle et législatives de novembre 2015 qui marqueront la fin de la transition. Mais il disposera du pouvoir important de nommer les 25 membres du gouvernement, dont il communiquera la liste "au plus tard dans les 72 heures".

Mea culpa du CDP

De nombreux acteurs civils souhaitent voir les partis pro-Compaoré exclus de ce gouvernement. Mercredi, après la nomination du lieutenant-colonel Zida, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), anciennement au pouvoir, s’est fendu d’un mea culpa. Il a reconnu avoir commis "une erreur d’appréciation" en poursuivant le projet de révision de la Constitution, qui devait permettre le maintien de "Blaise" au pouvoir. Plusieurs partis de la mouvance présidentielle ont également fait ces derniers jours des déclarations publiques de contrition, implorant le "pardon du peuple".

>> Lire aussi : Burkina : le récit de la chute de Blaise Compaoré, heure par heure

"Il va falloir voir dans quelle mesure cette nomination est de nature à changer l’orientation de la transition", a expliqué Siaka Coulibaly, politologue et membre de la société civile, à l’AFP. Selon lui, la charte de transition, la constitution intérimaire, entérinée par armée et civils dimanche, n’a pas défini les attributions du président et du Premier ministre. "On ne sait donc pas si le Premier ministre est un fusible, protocolaire, ou s’il aura véritablement du pouvoir", a-t-il analysé.

Société civile vigilante

Le maintien de l’armée au coeur du pouvoir, acté mercredi, a suscité un mécontentement parmi la plupart des habitants de Ouagadougou. La société civile reste vigilante, préférant attendre ses actes pour juger Zida. Plusieurs de ses membres dénoncent toutefois une "entente" entre opposition et armée, dont la société civile a été exclue, qui a permis l’attribution du poste de Premier ministre à un militaire.

Dans les faits, le nouveau Premier ministre avait déjà pris en main les domaines publics importants. Les patrons de la Société nationale burkinabè des hydrocarbures (Sonabhy) et d’électricité (Sonabel), proches du clan Compaoré, ont été remerciés "pour sabotage". Ces mesures s’ajoutent à la suspension des conseils municipaux et régionaux, dans lesquels les pro-Compaoré étaient fortement majoritaires.

Mais le Burkina Faso reste un pays pauvre, aux faibles ressources, qui ne peut se passer de l’aide extérieure. La réaction de la communauté internationale – qui avait fortement contribué à un rapide retour à la transition civile – à la nomination de Zida, sera donc déterminante.

(Avec AFP)

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