Politique

France : Marine Le Pen veut interdire les prêches en arabe… au mépris de la liberté de culte

La présidente du Front national, Marine Le Pen.

La présidente du Front national, Marine Le Pen. © AFP

Marine Le Pen a annoncé jeudi qu’elle prônait l’interdiction des prêches en arabe dans les mosquées françaises, afin de « se rendre compte plus facilement des propos qui sont tenus ». Problème : sauf à changer la Constitution et la Convention européenne des droits de l’Homme, c’est tout simplement impossible.

L’actualité concernant les jihadistes français partis combattre en Irak et en Syrie apporte quotidiennement son lot de phobie. Et Marine Le Pen, présidente du Front national, n’y échappe pas. Jeudi 20 novembre, aux micros d’i-Télé, elle s’est lancée dans une diatribe contre certaines mosquées et leurs imams.

"Ce n’est pas difficile de savoir quels sont les imams et quelles sont les mosquées qui servent de lieu de recrutement à ces jeunes", affirme-t-elle. L’un de ces moyens de contrôle ? L’interdiction des prêches en arabe. "Il n’est pas difficile d’exiger qu’en France les prêches soient en français. Ça permet quand même de se rendre compte beaucoup plus facilement des propos qui sont tenus", plaide l’ancienne candidate à la présidentielle.

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Consitutionnellement impossible

Seulement, au-delà du côté populiste et du bénéfice politique potentiel à retirer de cette proposition, elle n’ira sans doute pas bien loin, même si Marine Le Pen se retrouvait un jour au pouvoir. La langue arabe fait ainsi partie intégrante de la liturgie musulmane de la prière du vendredi, expliquait ainsi le recteur de la mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, en 2011.

"De nombreux cultes en France sont pratiqués dans leurs langues : l’allemand, le latin, le russe, l’hébreu, le grec, l’arménien…  Ces liturgies dans des langues autres que française, considérées comme partie intégrante de l’exercice du culte, ne peuvent souffrir d’une ingérence de l’État conformément à la loi de 1905", ajoutait-il.

Les choses n’ont évidemment pas changé depuis, pas plus que la loi de 1905, qui consacre la sépération de l’Église et de l’État français et qu’aucun responsable politique ne songe sérieusement à modifier. Marine Le Pen ne peut l’ignorer. Elle n’est en effet pas la première à se casser les dents sur ce sujet. Il y a trois ans, c’est Jean-François Copé qui avait porté la même proposition, enterrée aussitôt par le ministre de l’Intérieur de l’époque, Claude Guéant. "Il est constitutionnellement impossible d’interdire le prêche en arabe", car "on n’interdit pas les messes en portugais ou l’hébreu dans les synagogues", avait insisté le ministre. De fait la liberté de culte est garantie, entre autres, par l’article premier de la Constitution française, mais aussi par l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 et par l’article 9 de la Convention européenne des droits de l’Homme…

Claude Guéant avait également rappelé que les restrictions à la liberté de culte et de croyance, liées aux troubles à l’ordre public, étaient précisées dans la législation de 1905, notamment dans son article 35 :

"Si un discours prononcé ou un écrit affiché ou distribué publiquement dans les lieux où s’exerce le culte, contient une provocation directe à résister à l’exécution des lois ou aux actes légaux de l’autorité publique, ou s’il tend à soulever ou à armer une partie des citoyens contre les autres, le ministre du culte qui s’en sera rendu coupable sera puni d’un emprisonnement de trois mois à deux ans (…)."

Que Marine Le Pen se rassure, l’apprentissage de l’arabe a le vent en poupe en France. Faute de modifier la loi de 1905 et la Constitution, elle n’aura aucun mal à trouver un traducteur.

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Par Mathieu OLIVIER

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