Politique

Burkina : Zida entend multiplier les réformes et lutter contre la corruption

| Par Jeune Afrique
Isaac Zida le 21 novembre 2014 à Ouagadougou.

Isaac Zida le 21 novembre 2014 à Ouagadougou. © AFP

À l’issue du premier conseil des ministres de son gouvernement, le lieutenant-colonel Isaac Zida a promis lundi de mener de nombreuses réformes et a désigné une cible : la corruption.

Le nouveau Premier ministre ne veut pas trainer. Interrogé à la sortie du premier Conseil des ministres du gouvernement de transition, le lieutenant-colonel Zida a affirmé que son équipe allait mener « plein de réformes ». « Nous allons nous attaquer à des réformes dans le secteur de la défense, de la justice et aussi dans le secteur économique, a-t-il lancé . Dans ce pays, il y a eu tellement de corruption, de passe-droits… »

À changement de régime, changement d’allure vestimentaire : Yacouba Isaac Zida, également ministre de la Défense, vêtu auparavant d’un éternel treillis et toujours coiffé d’un béret rouge, s’est présenté en civil. Comme les trois autres militaires devenus ministres, dont le colonel Auguste Denise Barry, l’un de ses bras droits nommé ministre de l’Administration territoriale et de la Sécurité (Intérieur). Avec le portefeuille des Mines (essentiellement de l’or), les militaires tiennent des postes déterminants dans ce gouvernement de transition.

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Polémique sur l’affaire Zongo

En costume bleu, le nez chaussé de fines lunettes, le Premier ministre et ministre de la Défense a réuni le conseil à 10h00 (locales et GMT) à Kosyam, le palais de la présidence, pour une rencontre d’une heure. Isaac Zida est sorti de ce Conseil remonté contre l’ancien régime, dont il affirme vouloir corriger les travers. Cette tâche constituera la base du travail gouvernemental, a-t-il annoncé. « Le plus urgent, c’est de régler les dossiers pendants en justice » car « il y a eu des attitudes visant à tordre le cou des lois », a lancé le Premier ministre, relayant ainsi le président Michel Kafando qui, dès son discours d’investiture vendredi, annonçait des sanctions contre le clan du président déchu Blaise Compaoré.

C’est d’ailleurs au sujet d’une affaire judiciaire enterrée, l’assassinat de Norbert Zongo, que la première polémique du régime de transition est née. La nomination au ministère de la Culture d’Adama Sagnon, qui fut procureur dans l’affaire Zongo, a provoqué la fureur de plusieurs organisations de la société civile. Le nouveau ministre est en effet accusé par plusieurs de ses compatriotes d’avoir « enterré » le dossier Norbert Zongo, journaliste qui enquêtait sur le meurtre de David Ouédraogo, le chauffeur de François Compaoré, et qui mourut assassiné en 1998.

Lundi, des manifestations se tenaient devant le ministère de la Culture pour dénoncer le choix du nouveau ministre, ami de longue date de Zida. « Les manifestations risquent de s’enchaîner. Sagnon, c’est la grosse patate chaude du gouvernement », a observé Souleymane Ouédraogo, dit « Soul », rappeur et cadre du « Balai citoyen », un collectif qui a participé activement à la chute de Blaise Compaoré. « C’est un bon gouvernement, à une ou deux exceptions près », a-t-il par ailleurs estimé, se disant « satisfait de l’équilibre » entre civils et militaires au sein du nouvel exécutif.

Une transition d’un an

Le gouvernement de transition du Burkina Faso a été nommé dimanche soir après plusieurs jours d’intenses tractations, avec des militaires aux commandes de l’armée et de la police. « Vu ce qui s’est passé récemment, l’armée pouvait difficilement s’écarter des affaires publiques et laisser des civils gérer la défense et la sécurité », a observé « Soul ».

La transition au Burkina Faso doit durer un an et s’achever avec la tenue d’élections démocratiques en novembre 2015. Une première depuis des décennies dans ce pays sahélien pauvre de 17 millions d’habitants, qui n’a connu que des militaires au pouvoir depuis 1966.

(Avec AFP)

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