Elections

Maroc : dans l’urgence, la chambre des représentants s’apprête à élire son nouveau président

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Mis à jour le 17 janvier 2017 à 11h09
La chambre des représentants, à Rabat, en novembre 2016.

La chambre des représentants, à Rabat, en novembre 2016. © Abdeljalil Bounhar/AP/SIPA

C’est un fait exceptionnel dans l’histoire du Maroc. La chambre des représentants doit élire son président ce lundi, alors même que le gouvernement n’est pas encore formé. Elle doit par la suite adopter le texte permettant au Maroc de réintégrer l’Union africaine avant le prochain sommet de l’organisation.

Si les chefs des partis ont finalement accepté de sortir le Maroc de « la bouillabaisse politique » qui dure depuis plus de trois mois, c’est qu’il y a urgence. Le nouveau président de la chambre des représentants sera élu, ce lundi 16 janvier, même si le Maroc n’a pas encore de gouvernement.

À l’origine de cette urgence, une directive royale demandant à l’institution législative d’adopter l’acte constitutif de l’Union africaine (UA), dont le sommet s’ouvrira le 20 janvier à Addis Abeba.

Pour mettre toutes les chances de son côté, le Maroc veut aller à ce sommet avec tous les documents exigés pour sa réintégration. Mais tant que le Parlement était en panne, ces documents ne pouvaient pas être validés.

Coup de pression royale

Depuis la demande formulée par le roi en Conseil des ministres le 10 janvier, les représentants politiques impliqués dans les discussions pour la formation du gouvernement ont la bougeotte.

Entre Abdelilah Benkirane, Aziz Akhannouch et la coalition que ce dernier dirige (Mouvement populaire, MP, Union socialiste des forces populaires, USFP et Union Constitutionnelle, UC), les téléphones ne cessent de sonner pour trouver une solution.

« Lorsque l’intérêt suprême de la nation est engagé et lorsque c’est le roi qui le demande, chacun doit donner du sien pour débloquer la situation », a affirmé Abdelilah Benkirane à la sortie d’une réunion de son parti, jeudi 13 janvier.

Le lendemain, sans tarder, il a réuni les douze partis représentés au Parlement. Ils ont trouvé la brèche : la Constitution n’empêche pas la tenue d’une séance de la chambre des représentants même en l’absence d’un majorité gouvernementale. Il faut juste qu’elle se tienne sous la présidence du doyen des parlementaires, Abdelouahed Radi (député USFP depuis 1963).

La veille, ce dernier avait déjà envoyé une lettre à tous les députés, les convoquant à une séance extraordinaire réservée à l’élection du nouveau président de la chambre des représentants. Celui-ci devra par la suite constituer son bureau et superviser l’élection de toutes les commissions permettant au Parlement de fonctionner. L‘acte constitutif de l’Union africaine doit être adopté avant vendredi 20 janvier, date du début du sommet panafricain.

Habib El Malki seul en lice

Essayant de garder la main sur un jeu de négociations qui commence à lui échapper, Abdelilah Benkirane a proposé le poste de président de la chambre des représentants à son premier allié, Aziz Akhannouch, qui n’en a pas voulu. Le patron du Rassemblement national des indépendants (RNI) et les trois partis sous son aile poussent pour l’élection de Habib El Malki, numéro 2 de l’USFP, ancien ministre sous Driss Jettou et député depuis 1993. Depuis novembre, alors que la participation de son parti au gouvernement n’était même pas envisagée, Habib El Malki ne fait pas secret de sa convoitise pour la présidence du Parlement.

Abdelilah Benkirane n’a toutefois pas dévoilé ses intentions à l’égard du candidat usfpéiste, le seul en lice pour l’élection de ce lundi. Mais une nouvelle fois, il est poussé vers des choix difficiles. Car si l’USFP, dont il a décliné la participation à son gouvernement, prend le perchoir, elle doit, de facto, figurer dans sa majorité gouvernementale.  » Ce n’est pas une obligation. Il est déjà arrivé qu’un président de Parlement ne fasse pas partie de la majorité gouvernementale « , précise un membre influent du parti de l’Istiqlal.  » Peut-être que cela manque de cohérence pour les gens. Mais il n’y a pas d’erreur dans l’exercice de la démocratie « , ajoute-il.

Mais comment comprendre qu’un parti, arrivé sixième aux législatives avec seulement vingt sièges, puisse être catapulté à la présidence du Parlement ? Une chose est sûre : dans cette crise inédite que traverse le Maroc, on n’a pas fini de réinventer l’exercice politique.

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