Politique

Maroc : les parents d’élèves des écoles Gülen se mobilisent après l’annonce de leur fermeture par les autorités

Mis à jour le 12 janvier 2017 à 18:53

Fethullah Gülen en 2013, en Pennsylvanie, aux États-Unis. © Selahattin Sevi/AP/SIPA

Les autorités marocaines ont décidé de fermer un groupe d’écoles affiliées à la confrérie de l’imam turc Fethullah Gülen en pleine année scolaire. Les parents, qui se demandent ce que deviendront les 2 500 élèves concernés par la mesure, multiplient les actions de protestation.

La colère de ces parents d’élèves inscrits aux écoles Mohamed Al Fatih, dont la fermeture a été décidée le jeudi 5 janvier pour lien avec l’imam turc Fethullah Gülen, n’est pas prête de retomber. Depuis l’annonce de cette décision, sit-in et marches de protestation se multiplient devant les sept écoles de ce groupe scolaire réparties entre Casablanca, Fès, Tétouan, Tanger et El Jadida. Intervenue au beau milieu de l’année scolaire, la mesure doit entrer en application dans un mois.

Aucune solution en vue 

« Nos discussions avec les autorités n’ont rien donné pour le moment. Si aucune solution n’est trouvée d’ici le 5 février, date de l’exécution de la fermeture, nous allons multiplier nos actions de protestation, y compris en attaquant l’État devant le tribunal administratif », déclare Slimane Bouslimi, membre du comité des parents d’élèves de l’école du groupe Al Fatih, située dans le quartier Lissasfa, dans la banlieue ouest de Casablanca. Un avocat casablancais a été mandaté par le comité pour préparer cette action en justice.

Lundi 9 janvier, une délégation de parents d’élèves a rencontré le wali du Grand Casablanca, Khalid Safir, ainsi que la direction de l’Académie régionale de l’Éducation nationale. « Ils nous ont dit que la décision venait d’en haut et qu’ils étaient dans l’attente de nouvelles directives du ministère de l’Intérieur », rapporte Bahia Ryad, membre du même comité de parents d’élèves. Ceux-ci ne sont pas contre la fermeture décrétée par le ministère de l’Intérieur mais « ce dernier doit trouver une alternative pour les enfants », ou au moins « leur accorder un délai de grâce jusqu’à la fin de l’année ».

Un système anglophone

Implanté au Maroc depuis 1994, le groupe scolaire Mohamed Al Fatih, du nom du sultan ottoman Muhammad II, dit le Conquérant (1432-1481), enseigne le programme marocain du primaire au lycée. Problème : son école du quartier Lissasfa, dispense cet enseignement en anglais. « Aucune autre école privée ne pratique ce système anglophone à Casablanca, rendant difficile la réorientation des élèves vers d’autres établissements », explique Slimane Bouslimi.

Jeudi 5 janvier, le ministère de l’Intérieur avait publié un communiqué annonçant que « les investigations sur les établissements du groupe Mohamed al-Fatih, liés au Turc Fethullah Gülen, ont montré qu’ils utilisaient le secteur de l’enseignement pour répandre l’idéologie de ce groupe et des idées contraires aux principes du système éducatif et religieux marocain ». Face « au non-respect des avertissements du ministère de l’Éducation nationale (…) pour remédier aux dysfonctionnements enregistrés », il a été décidé de fermer tous les établissements scolaires relevant de ce groupe dans un délai maximum d’un mois, en œuvrant « pour que ces élèves poursuivent leurs cursus » dans d’autres établissements.

Pressions diplomatiques

La décision du Maroc est intervenue à la suite de la visite d’une délégation parlementaire turque dans le royaume visant à convaincre les officiels marocains de la « dangerosité » du mouvement de Fethullah Gülen, qu’Ankara accuse d’être responsable du putsch manqué contre le président Recep Tayyip Erdogan du 15 juillet 2016.