Politique

Tunisie : Ennahdha, la rue et le retour des jihadistes

Un Tunisien lors d'une manifestation anti-terrorisme à Tunis, le 29 mars 2015. © Hichem Jouini/AP/SIPA

À Tunis, la manifestation du 8 janvier contre le retour des jihadistes dans le pays sonne comme un avertissement donné aux gouvernants et à la classe politique.

Six ans après la chute de Ben Ali et deux ans après la mise en place d’un pouvoir légitimé par les urnes, les Tunisiens descendent encore dans la rue. Après une manifestation qui a tourné court le 25 décembre, un collectif citoyen a de nouveau appelé les Tunisiens à exprimer leur mécontentement au sujet du probable retour des jihadistes depuis le front syrien.

Une première depuis la révolution

Plus de 3000 personnes (6000 selon le ministère de l’intérieur) ont répondu, malgré la pluie glaciale, à cet appel et profité de l’occasion pour dire leur désaccord à l’encontre de la politique du gouvernement sur ce dossier. Une première, dans la mesure où depuis la révolution, c’était le premier rassemblement opéré sans la présence de figures politiques et de bannières de partis, mais surtout sans l’appui des centrales syndicales qui ont jusqu’ici été les éléments moteurs des manifestations majeures depuis le 14 janvier 2011.

Depuis le sit-in du Bardo en 2013, c’est aussi la première fois que les Tunisiens descendaient dans la rue pour demander à leurs dirigeants et à la classe politique d’assumer leurs responsabilités. Une manifestation menée comme un exutoire face à un trop plein de tensions et de colère contenue. « Il faut cesser de nous prendre pour des idiots et que l’on réponde à nos questions. Nous ne sommes pas dupes. Quand Ennahdha menace de porter plainte contre ceux qui accuseraient Mohamed Frikha d’avoir effectué en 2013 des vols spéciaux [qui auraient été remplis de jihadistes selon la rumeur, NDLR] entre Tunis et Istanbul avec sa compagnie aérienne, Syphax Airlines, que faut-il comprendre ? », fustige Ali, un ingénieur informatique venu de Bizerte pour la manifestation.

D’autres se font plus analystes. « Finalement, nous voir dans la rue pour nous opposer à toute clémence vis-à-vis des jihadistes, c’est peut-être ce que voulait le président de la République, Béji Caïd Essebsi », qui avait amorcé fin novembre la polémique autour du retour des combattants. Car si les partis au pouvoir, dont celui d’Ennahdha, s’accordent à faire appliquer la loi avec rigueur, le mouvement islamiste a également fait comprendre qu’il souhaitait que les repentis soient traités avec clémence.

Les manifestants brandissant le drapeau tunisien ont arpenté le macadam de l’emblématique avenue Bourguiba sans mâcher leurs mots, s’opposant de manière catégorique au retour du moindre jihadiste et exigeant aussi que les islamistes rendent des comptes sinon le pouvoir lui même.

Les dirigeants d’Ennahdha dans le viseur 

Ils interpellent notamment Rached Ghannouchi, président d’Ennahdha et Ali Laarayedh, ministre de l’intérieur en 2012 puis chef du gouvernement en 2013, sur leur rôle tacite – ou pas – dans l’embrigadement et le départ des jeunes vers la Syrie. Ils rappellent également que les extrémistes étaient les auteurs des assassinats en 2013 des deux leaders de la gauche nationaliste arabe, Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi, et accusent les dirigeants d’Ennahdha de laxisme voire de complicité avec les mouvements extrémistes. « Les fils de Ghannouchi ne sont pas les nôtres », ont hurlé les manifestants, ulcérés par la volonté des dirigeants d’Ennahdha de vouloir absoudre ceux que ces citoyens considèrent comme des criminels et des renégats.

 

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