Politique

France – Togo : Kofi Yamgnane piégé…

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Kofi Yamgnane au cours d’une conférence de presse, à Paris, en février 2010.

Kofi Yamgnane au cours d'une conférence de presse, à Paris, en février 2010. © Joël Saget/AFP Photo

En 2010, l’ancien ministre de François Mitterrand avait été empêché in extremis de briguer la présidence togolaise. Il était bien résolu à tenter de nouveau sa chance l’an prochain. Et là, patatras…

Kofi Yamgnane a une vie romanesque. Naissance au Togo, carrière politique dans la France de Mitterrand, puis retour sur la scène politique togolaise… Cette trajectoire improbable fait de lui une icône franco-africaine. Jusqu’ici, elle n’avait jamais été entachée d’aucune « affaire ». Les choses sont-elles en train de changer ?

Fin octobre, Yamgnane était attendu au Togo, où il avait annoncé son intention de briguer la présidence de la République, l’an prochain. Changement de programme : il se retrouve en garde à vue à Paris et mis en examen pour trafic d’influence. La justice française le soupçonne d’avoir accepté une somme de 3 000 euros en échange de son intervention auprès des autorités en faveur de deux Marocaines sans papiers.

Les faits se seraient déroulés le 24 janvier dernier, dans un appartement du 16e arrondissement parisien. Placé sous contrôle judiciaire (ce statut implique généralement une interdiction de quitter le territoire) et, selon des sources proches du dossier, mis sur écoute, il ne répond plus au téléphone. Ce qui est sans doute un sérieux handicap pour un homme qui s’apprête à entrer en campagne électorale ! Bien sûr, comme tous les mis en examen, il est présumé innocent et peut encore être blanchi. Mais le piège judiciaire dans lequel l’ancien secrétaire d’État français aux Affaires sociales et à l’Intégration (dans les gouvernements d’Édith Cresson et de Pierre Bérégovoy) est allé se fourrer risque bien de contrarier ses ambitions togolaises.

En 2010, il avait été écarté de la course à la présidence parce que la date de naissance figurant sur son passeport français différait de celle mentionnée sur son passeport togolais. Dans son livre Afrique : introuvable démocratie paru en septembre 2013 aux Éditions Dialogues (à Brest), il raconte sa mésaventure et assure avoir réglé le problème dès 2012. Dès lors, rien ne semblait plus pouvoir l’empêcher de « régler [son] vieux compte personnel avec [son] pays d’origine ». Le natif de Bangéli, en pays bassar (Nord), parti étudier en France en 1964 pour ne plus revenir, est désormais prêt à « mettre son expérience au service du Togo », écrit-il. Alors, Kofi Yamgnane prophète en son pays ?

>> Lire aussi l’interview de Kofi Yamgnane : « quand on est noir, la moindre erreur est impardonnable »

Mieux choisir ses « amis »

En 2013, des législatives se tiennent au Togo. Sans lui. Depuis Paris, où il réside, il appelle ses compatriotes à voter massivement pour l’opposition. Ce scrutin législatif aurait pu lui permettre de tester sa popularité et celle de Sursaut Togo, l’association qu’il a créée. Mais non. L’ancien élu de Bretagne ne prétend qu’à la magistrature suprême. Pas étonnant que, fin octobre, il se soit abstenu de participer à la désignation de Jean-Pierre Fabre comme candidat unique de l’opposition. Déjà challenger de Faure Gnassingbé en 2010, Fabre reste l’opposant numéro un au président sortant.

Au regard des faits pour lesquels Yamgnane est mis en examen, on peut s’étonner que sa longue carrière politique ne lui ait pas appris à mieux choisir ses « amis ». Car plusieurs de ces derniers sont eux aussi mis en cause dans la même affaire. C’est le cas de Marcel Ceccaldi, avocat bien connu des milieux de la Françafrique (il représenta les intérêts de Béchir Saleh, l’ex-directeur de cabinet de Kadhafi) : c’est lui qui lui aurait remis l’argent des Marocaines. Mais aussi de Christophe Rocancourt, l’ »escroc des stars », qui les lui aurait présentées. En février 2012, ce dernier a été condamné à seize mois de réclusion, dont huit mois ferme, et 578 000 euros de dommages et intérêts pour abus de faiblesse au préjudice de la réalisatrice Catherine Breillat.

S’il s’avère que Yamgnane n’a rien à se reprocher, il ne lui restera plus qu’à croiser les doigts pour que l’agenda des juges coïncide avec l’échéance électorale qui se profile. Car la présidentielle ne l’attendra pas. S’il ne pouvait être candidat, il lui faudrait attendre une autre occasion de « payer [sa] dette à [son] pays d’origine ».

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