Elections

Maroc : Abdelilah Benkirane met fin à ses négociations avec Aziz Akhannouch

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Mis à jour le 09 janvier 2017 à 09h39
Abdelilah Benkirane, chef du PJD, avait été reconduit comme chef du gouvernement le 10 octobre 2016.

Abdelilah Benkirane, chef du PJD, avait été reconduit comme chef du gouvernement le 10 octobre 2016. © Abdeljalil Bounhar/AP/SIPA

Ce sont de loin les plus longues consultations gouvernementales sous Mohammed VI. Dernier rebondissement en date : le leader du PJD a mis un terme à ses pourparlers avec le RNI qui souhaitait inclure d’autres partis dans le prochain gouvernement.

Difficile de faire actuellement des prévisions politiques au Maroc. Alors qu’on pensait que la formation du gouvernement allait être annoncée ce week-end après que le chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, a accédé au vœu du patron du Rassemblement national des indépendants (RNI), Aziz Akhannouch, d’exclure l’Istiqlal des négociations, les choses se sont un peu plus compliquées.

Depuis leur dernière réunion le lundi 4 janvier, la classe politique a assisté à une guerre inédite de communiqués entre les deux hommes. Le tout dernier, signé par Abdelilah Benkirane, dimanche 8 janvier, a enterré toute négociation avec le RNI. « J’ai soumis une offre à M. Akhannouch le mercredi 4 janvier afin de participer à mon gouvernement. Il m’a promis de me répondre deux jours après. Au lieu de cela, il a publié un communiqué avec deux autres partis politiques à qui je n’ai adressé aucune invitation », assène le chef du parti islamiste.

« J’en déduis qu’il n’est pas en position de me répondre et qu’il n’y a plus rien à espérer de nos négociations qui prennent fin avec lui ainsi qu’avec M. Mohand Laenser, dirigeant du Mouvement populaire (MP, allié du RNI) », conclut-il.

Akhannouch, chef de gouvernement auto-proclamé

Que s’est-il passé ? Le vendredi 6 janvier, alors que Benkirane avait annoncé, au terme de pénibles pourparlers avec son principal partenaire, que sa prochaine équipe serait constituée sur la base de la majorité sortante – PJD, RNI, MP, PPS – Aziz Akhannouch a effectué une volte-face pour le moins inattendue. Il a pris attache avec l’Union socialiste des forces populaires (USFP) et l’Union constitutionnelle (UC) que Benkirane ne voulaient pas dans son équipe, et les a invitées à former une coalition sous sa houlette afin de peser sur les consultations avec le chef islamiste. Lequel s’est senti d’autant plus trahi qu’il s’était plié en quatre pour satisfaire les moindres volontés de son allié.

L’alliance formée autour du RNI vise à neutraliser les penchants conservateurs des islamistes à un moment où le roi a besoin d’un gouvernement soudé derrière lui pour poursuivre son projet africain

Par un communiqué conjoint signé le dimanche 8 janvier, le RNI, l’USFP, l’UC et le MP, ont « réitéré leur disponibilité à participer aux négociations avec le chef de gouvernement afin de parvenir à une majorité homogène et avec un programme clair, comme l’avait demandé le roi dans son discours du 6 novembre prononcé à Dakar « . Le bloc, formé autour du RNI, veut « servir les intérêts suprêmes de la nation » en veillant à former  » une majorité solide et homogène et qui ne sera assujettie à aucun critère qui sera loin de ses propres objectifs « .

Le PAM en rajoute une couche

Soigneusement choisis, les termes de ce communiqué constituent une pique adressée aux islamistes. L’alliance formée autour du RNI remet clairement en question la mainmise du PJD sur le gouvernement et vise à neutraliser les penchants conservateurs des islamistes à un moment où le roi a besoin d’un gouvernement soudé derrière lui pour poursuivre son projet africain.

Le Parti authenticité et modernité (PAM) qui, jusqu’alors, suivait de loin les consultations menées par son ennemi juré, s’est joint à ce vaudeville politique en enfonçant encore un peu plus le clou. « Des partis s’insultent et se jettent la pierre. Les institutions du pays sont bloquées à cause de l’absence d’une équipe aux commandes. Qui se préoccupe de l’intérêt du pays ? », s’indigne-t-il dans un communiqué, engageant la responsabilité directe du chef de gouvernement.

Benkirane dans l’impasse 

Trois mois après les élections législatives du 7 octobre qui ont sacré les islamistes première force politique du pays, le Maroc est à deux doigts d’une crise politique majeure. Après son divorce avec le RNI (et sa bande), il ne reste à Benkirane que deux issues pour former sa majorité : inviter d’autres partis à le rejoindre, ce qui est impossible puisqu’il a exploité toutes les cartes d’alliances possibles. Ou alors déclarer forfait et rendre le tablier au roi qui devra trouver une solution en tant que garant de la stabilité des institutions (nouvelles élections, nomination d’un nouveau chef de gouvernement…). Ce dernier devrait présider un conseil des ministres ce lundi à Marrakech, mais vu l’actualité de l’échec des négociations gouvernementales, il y a de fortes chances que ce rendez-vous soit repoussé.

 

 

 

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