Politique

Nigeria : Goodluck Jonathan sur les chapeaux de roue

Goodluck Jonathan lors d'un voyage en Côte d'Ivoire, en mars.

Goodluck Jonathan lors d'un voyage en Côte d'Ivoire, en mars. © Issouf Sanogo/AFP

Le président nigérian briguera un second mandat en février 2015. Les affaires de corruption qui entachent son bilan et son impuissance face aux islamistes de Boko Haram le feront-elles chavirer ?

Le suspens n’en était pas vraiment un. Qu’importe, il a été levé ce 11 novembre avec toute la solennité requise : "Moi, Goodluck Ebele Azikiwe Jonathan, j’ai accepté de me présenter au nom du People’s Democratic Party [PDP, parti conservateur dominant au Nigeria depuis 1999]." À 56 ans, le président briguera donc un second mandat le 14 février prochain.

Arrivé au pouvoir en 2010 après le décès d’Umaru Yar’Adua, puis élu en 2011, ce chrétien du Sud, que l’on disait dépourvu de charisme, a déjà remporté un indéniable succès : avoir persuadé les cadres de son parti d’ignorer la règle tacite selon laquelle la magistrature suprême est occupée en alternance par un chrétien du Sud et un musulman du Nord. Pourtant, dès novembre 2013, la perspective de sa candidature avait provoqué de nombreuses défections et une crise majeure au sein du PDP.

>> Lire aussi : tirs de gaz lacrymogène au Parlement du Nigeria

Docteur en zoologie, issu d’une famille modeste de fabricants de pirogues, Goodluck Jonathan peut donc jubiler. D’autant que, au sein même du PDP, ses détracteurs n’ont cessé de rappeler les scandales de corruption qui entachent son mandat, tel le détournement de 20 milliards de dollars (15,1 milliards d’euros) de fonds publics par la compagnie pétrolière nationale. Ou celui du festival ThisDay, en 2006 : 1 million de dollars destinés à un programme de lutte contre la pauvreté avaient été affectés au financement d’un voyage à Lagos des stars américaines Beyoncé Knowles, Jay-Z et Kim Kardashian.

Chef d’État le mieux payé au monde

Dans un pays où la répartition de la manne pétrolière cristallise toutes les critiques, nombreux sont ceux qui estiment que l’homme à l’éternel chapeau Stetson devra s’expliquer. D’autant que, cette année, le magazine américain People With Money l’a placé au premier rang des chefs d’État les mieux payés au monde, avec des revenus évalués à 82 millions d’euros, entre octobre 2013 et octobre 2014. Enfin, le fastueux mariage de sa fille, Faith Sackweson, en avril, dont les photos font les délices de la Toile et au cours duquel des iPhone plaqués or avaient été offerts aux convives, n’incite guère à l’indulgence.

>> Lire aussi : Nigeria : "bad luck" Jonathan

Boko Haram, un fardeau pour Jonathan

Mais le président devra surtout justifier son incapacité à juguler l’insurrection islamiste responsable de plus de 10 000 morts depuis 2009. Dans l’immédiat, Boko Haram, qui contrôle une vingtaine de villes des États de Borno, de l’Adamawa et de Yobe, reste un fardeau pour Jonathan. Et le maintien en captivité des quelque 200 lycéennes enlevées le 14 avril à Chibok lui a fait perdre de sa crédibilité, alors même qu’il s’était réjoui d’un accord de cessez-le-feu en prélude à leur libération. Une libération que l’opposition le soupçonne de tenter d’obtenir opportunément à l’approche de l’élection présidentielle.

Pour la politologue nigériane Olabisi Shoaga, face à une opposition divisée, Goodluck Jonathan conserve cependant quelques atouts. Premier président issu d’une ethnie minoritaire, il peut bénéficier du soutien des groupes minoritaires. Ou de celui des dirigeants Igbo – l’une des trois plus grandes ethnies du pays – pour la plupart chrétiens, qui s’estiment écartés du jeu politique depuis la fin des années 1960.

Goodluck peut aussi compter sur la bienveillance de seigneurs de guerre comme Tom Polo, Ateke Tom ou le "Général Boyloaf", qu’il a cooptés en échange de la paix dans le delta du Niger. Mais reste un obstacle de taille : l’ancien chef de junte militaire, le général Muhammadu Buhari, soutenu par le Nord musulman, déjà son principal adversaire à la présidentielle de 2011. La défaite de ce dernier avait engendré des affrontements postélectoraux et causé la mort de 800 personnes dans un pays en proie à de profondes divisions.

Newsletter :
déjà 250 000 inscrits !

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte