Immigration

L’Australie en guerre contre l’immigration clandestine

| Écrit par Sidy Yansané, à Phnom Penh
Le Cambodge et l’Australie ont signé un accord sur l’immigration.

Le Cambodge et l'Australie ont signé un accord sur l'immigration. © TANG CHHIN SOTHY / AFP

L’Australie ne veut plus accueillir aucun migrant clandestin. Les malheureux interceptés dans l’océan Pacifique seront donc à l’avenir immédiatement transférés au… Cambodge !

Ce n’est que trois ans après son arrivée à Phnom Penh que Yusuf (le prénom a été modifié), 32 ans, a enfin décroché son certificat de réfugié. Trois ans précédés d’un long et dangereux périple au cours duquel il a clandestinement franchi beaucoup de frontières et séjourné six mois durant dans un centre de détention. Originaire de l’État d’Arakan, dans l’ouest du Myanmar, il a fui le pays en 2010 à cause des persécutions dont sont victimes les Rohingyas, une communauté musulmane dans un pays très majoritairement bouddhiste.

"Ma vie était en danger, raconte-t-il. J’ai été battu et menacé par des militaires qui m’obligeaient à travailler pour eux." Pour autant, l’obtention du statut de réfugié ne signifie pas la fin de ses malheurs. Yusuf n’a toujours pas de papiers d’identité ni de permis de travail. Bref, il est totalement livré à lui-même. Ses seules ressources proviennent de la vente de viande rôtie et de galettes de pain à base d’oeuf et de lait. "La vie reste difficile car, sans permis, le commerce de rue est illégal, explique-t-il. Chaque jour, je dois payer les policiers pour avoir la paix. À la fin du mois, il ne me reste plus grand-chose."

Accord entre l’Australie et le Cambodge

Sa situation préfigure ce qui risque de se passer quand les réfugiés expulsés d’Australie vont débarquer en masse. Fin septembre, un accord a été conclu entre les deux pays. Il autorise les autorités australiennes à transférer au Cambodge les migrants clandestins interceptés avant d’avoir pu gagner la côte australienne, mais leur fait obligation de prendre en charge l’ensemble des frais liés à leur installation à Phnom Penh. Ce transfert dans un pays pauvre incapable de fournir du travail à sa propre population et théâtre d’incessantes violations des droits de l’homme soulève une vague de protestations.

"C’est tout bénéfice pour le gouvernement cambodgien, qui pourra se prévaloir de sa prétendue action humanitaire pour obtenir des aides de l’Australie en guise de récompense", s’insurge Chak Sopheap, directrice exécutive du Centre cambodgien pour les droits de l’homme. De fait, Canberra a promis d’affecter 35 millions de dollars sur quatre ans au soutien de divers projets de développement, notamment dans l’agriculture et l’organisation des élections.

La campagne choquante du gouvernement australien contre l’immigration :

Victimes de discrimination et d’agressions

Depuis deux ans, l’Australie a choisi de mettre en oeuvre une politique d’immigration zéro. Les clandestins arrêtés en mer sont aussitôt transférés vers l’île de Nauru, micro-État polynésien indépendant et membre du Commonwealth. D’origine syrienne, irakienne, iranienne, somalienne, sri-lankaise ou afghane, ils étaient 1 233 au 31 août dernier, selon Human Rights Watch. Leur situation à Nauru, où ils sont victimes de discrimination à l’embauche et de fréquentes agressions, à en croire les témoignages recueillis par The Guardian au début du mois, est désormais intenable. Ce n’est sans doute qu’un avant-goût de ce qui les attend après leur transfert au Cambodge.

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