Politique

Rym Mourali : « L’année 2017 sera l’année de tous les défis pour la Tunisie »

Rym Mourali, co-fondatrice du Parti de l’indépendance  tunisienne.

Rym Mourali, co-fondatrice du Parti de l’indépendance tunisienne. © D.R

Les dissensions sur le traitement des djihadistes de retour en Tunisie illustrent bien les turbulences et les divisions qui agitent le pays. Rym Mourali, co-fondatrice du Parti de l’indépendance tunisienne (PIT), en fait une lecture sans concessions.

Jeune Afrique : La Tunisie traverse des turbulences. À quoi imputez-vous le difficile retour à une forme de stabilité ? Quelles sont les solutions ?

Rym Mourali : Il est vrai que la Tunisie peine à sortir de cette zone d’instabilité, ou plutôt, elle est maintenue dans un état d’équilibre précaire, car les gouvernements successifs n’avaient nullement pour agenda son redressement. Depuis 2011, une progression des rémunérations publiques de l’ordre de 10% par an, ainsi qu’une augmentation annuelle de 5% de la dette ont conduit à un déficit structurel.

Le chef du gouvernement, monsieur Youssef Chahed, aurait dû faire un véritable état des lieux et le présenter publiquement afin de confronter aussi bien la scène politique que le peuple tunisien et la centrale syndicale à la réalité de la situation. Surtout, il a dû mettre les défaillants face à leur responsabilité.

La mise à sac des finances publiques illustre une volonté de se partager le butin.

Il est évident aujourd’hui que les prédécesseurs de Habib Essid ont pris le pouvoir dans le même état d’esprit que celui des envahisseurs barbares. La mise à sac des finances publiques et la distribution des postes illustrent cette volonté de se partager le butin. C’est par la réaffirmation du rôle protecteur de l’État dans ses dimensions sociale et sécuritaire que nous pourrons amortir puis annuler les oscillations internes, afin de pouvoir faire face aux difficultés externes dans de meilleures conditions.

Ceci passe par une reprise en main du territoire et l’irradiation des zones de non droit.

La question du traitement du retour des djihadistes agite et préoccupe la société. Ces craintes sont-elles fondées ? Comment lire la position des dirigeants tunisiens ?

Tous les rapports et les indicateurs pointent la Tunisie comme le plus grand exportateur de terroristes dans le monde, ils soulignent aussi que les Tunisiens impliqués dans des groupes armés sont, malheureusement, les plus sanguinaires… Leur retour est une menace réelle pour le pays ainsi que pour les pays voisins. Il est utile de rappeler que la dernière grande vague de retour des terroristes islamistes à la fin des années 90 – les fameux « Afghans » -, fut responsable de la décennie noire algérienne. Il s’agit bien de terroristes et non de combattants islamistes, comme les désignent certains, soucieux de les blanchir.

Aujourd’hui, la menace est plus importante à cause du nombre et de l’entrainement très poussé de ces individus, mais aussi à cause du délitement de l’État Tunisien.

Les arguments mous qu’avancent des gouvernants et des partis de la coalition au pouvoir, le florilège d’excuses sur le faible nombre d’unités carcérales, la volonté de traiter ces terroristes comme des malades mentaux ou de ne condamner que ceux dont l’implication dans des actes terroristes est prouvée… tout ceci est un cache-misère de la compromission des uns et des autres au nom du consensus. Nous constatons encore une fois l’inadéquation entre les paroles et les actes du Président de la République, qui n’en est plus à un reniement près.

La classe politique nage dans la cacophonie. Comment peut-elle trouver une cohérence et redorer son image auprès des Tunisiens ?

Cette cacophonie s’explique selon moi en partie par l’immaturité politique des principaux acteurs, par l’absence d’un leadership fort au sommet de l’État et par l’élément parasitaire islamiste. Le sabordage du parti majoritaire Nidaa Tounes a fragilisé la présidence, la Kasbah, le Bardo et la parole politique. Finalement, le Président a fragilisé sa propre position et aiguisé les appétits des outsiders politique,s qui cherchent désormais à tirer profit de cette restructuration désordonnée et hasardeuse du spectre politique.

Cela qui donne lieu à une guerre des égos et des crises de bipolarité au sein même du gouvernement. Les prochaines élections municipales devraient permettre de recentrer ce spectre politique avec un renforcement du poids des partis restants et une professionnalisation du fait politique, puisque l’action locale est l’incubateur naturel de tout système politique démocratique qui se respecte.

Quelles sont les perspectives du pays pour 2017 ?

L’année 2017 sera l’année de tous les défis. La solvabilité de l’État tunisien dépendra du bon vouloir des bailleurs de fonds, et dans le même temps le FMI semble perdre patience face à la situation des comptes publiques. La situation sécuritaire est d’avantage fragilisée par la menace terroriste, par la dispersion des forces armées et la faiblesse de nos moyens.

Nous devons maintenir la sécurité aux frontières, garantir la pérennité et la stabilité de nos institutions, et prendre en considération le fait que désormais, les enjeux ne sont plus seulement électoraux ; c’est le modèle de société et le bien-être des Tunisiens qui sont en péril.

À mon sens, il est urgent pour nous de dépasser le dogme du consensus et d’accepter le conflit politique afin de non seulement redonner une crédibilité au processus démocratique, mais surtout d’assurer la prédominance des valeurs républicaines.

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