Politique

Espagne : scandales de corruption à tous les étages

Pablo Iglesias, leader de Podemos, le 18 octobre à Madrid.

Pablo Iglesias, leader de Podemos, le 18 octobre à Madrid. © Dani Pozo/AFP

Les affaires de corruption éclaboussent toute la classe politique, droite et gauche confondues. Elles expliquent en partie le succès foudroyant de Podemos, un nouveau parti d’extrême gauche.

Quel sera le prochain homme politique rattrapé par un scandale ? Depuis des mois, chaque semaine apporte son lot d’affaires de corruption, d’arrestations, de démissions de ministres ou d’élus. Quelque 1 700 dossiers sont en cours d’instruction et 500 personnes mises en cause. L’incidence financière avoisine 40 milliards d’euros. On comprend que 42,3 % des Espagnols considèrent la corruption comme le plus grave des maux qui frappent le pays.

Toute la classe politique est concernée, à commencer par le Parti populaire (PP, droite) et le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE). Toute ? Non. Sur cette vague bourbeuse, un nouveau parti d’extrême gauche issu du mouvement des Indignés réussit à surnager. Son nom ? Podemos, qui signifie "nous pouvons". Créé le 17 janvier, il était déjà, quatre mois plus tard, lors des élections européennes, la quatrième force politique du pays.

Depuis, il ne cesse de grimper dans les sondages. Selon une enquête de l’institut Metroscopia, dont les résultats ont été publiés le 2 novembre, il recueille aujourd’hui 27 % des intentions de vote, contre 26 % pour le PSOE et 20 % pour le PP au pouvoir. Son chef ? Un enseignant en sciences politiques de 36 ans nommé Pablo Iglesias.

Son programme ? Remédier aux effets les plus graves de la crise économique : interruption du remboursement de la dette, arrêt des coupes budgétaires, interdiction des expulsions immobilières imposées par les banques, réforme en profondeur d’un marché du travail "ultralibéral" qui "précarise une partie de la population et oblige la jeunesse à quitter le pays". Et surtout : défendre l’intérêt général du "peuple" contre le pouvoir d’une "caste" oligarchique et corrompue, vaste fourre-tout qui inclut aussi bien la famille royale que les partis régionaux et, bien sûr, le gouvernement.

Les principaux dirigeants du PP ont reçu de l’argent liquide pendant vingt ans

Tout commence en janvier 2013 lorsque le quotidien El Mundo révèle que les principaux dirigeants du PP ont, vingt ans durant, reçu chaque mois des mains de Luis Bárcenas, le trésorier du parti, des enveloppes contenant de l’argent liquide destiné à compléter leurs salaires.

Au fil des mois, la presse révèle de nouvelles "affaires" : Gürtel, un réseau de corruption lié au PP ; ERE, autre réseau lié celui-là au gouvernement socialiste d’Andalousie ; Nóos, du nom d’un institut présidé par Iñaki Urdangarin, le beau-frère du roi Felipe, accusé de détournement de fonds, tandis que l’infante Cristina, son épouse, est pour sa part inculpée de divers délits fiscaux ; Pujol, du nom de Jordi Pujol, l’ancien président de la Catalogne, qui, en juillet, a reconnu avoir dissimulé au fisc, trente-quatre ans durant, plusieurs millions d’euros déposés dans des banques suisses et andorranes.

Mais c’est surtout le déclenchement, fin octobre, de deux nouveaux scandales qui a fait grimper Podemos en flèche dans les sondages.

Le 16, Rodrigo Rato, ancien ministre de l’Économie et ancien directeur général du FMI, a été inculpé pour son implication présumée dans une affaire de cartes bancaires occultes au conseil d’administration de Bankia (ex-Caja Madrid). Les dirigeants utilisaient lesdites cartes pour s’offrir voyages, séjours dans des hôtels de luxe, bijoux, soirées en discothèque, prostituées et safaris.

Presque en même temps, une vaste opération de police a révélé que de nombreux élus locaux auraient perçu des pots-de-vin en échange de l’attribution de marchés publics. Parmi eux, Francisco Granados, l’ex-secrétaire général du PP à Madrid, mais aussi des dirigeants de l’entreprise Cofely, filiale de la française GDF-Suez.

"Beaucoup d’affaires ne sortent qu’aujourd’hui, mais elles sont en réalité soit l’aboutissement de processus judiciaires engagés de longue date, soit des ramifications d’autres affaires en cours, explique le politologue Rafael Rubio. Quoi qu’il en soit, l’effet est désastreux. On a l’impression d’une corruption généralisée, qui explique largement le succès de Podemos."

À quelques mois d’échéances électorales importantes, le nombre d’adhérents du parti d’extrême gauche a déjà dépassé celui du PSOE. "Et les scandales risquent de continuer jusqu’aux élections générales de novembre 2015 et au-delà !" prédit Rubio.

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