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Cet article est issu du dossier «Dakar, dans tous ses états»

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Société

Sénégal : Dakar, un supplément d’âmes

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Journaliste à Jeune Afrique depuis 2008, Cécile Manciaux est responsable de la section « Le Plus » de l’hebdomadaire. Ses principaux centres d’intérêt : l’aménagement et le développement urbain, le droit électoral, les religions, les trésors linguistiques. Ses passions : l’Afrique centrale, l’Écosse, leur petite et grande musique.

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Dakar: hôte du 3ème sommet de la Francophonie. © Jeff Attaway/flickr

À Dakar, si l'on est encore loin de la ville idéale, la réorganisation de l'espace s'accélère, les services s'améliorent, ainsi que le cadre de vie.

Chaque jour, près de 2 millions de personnes s’acheminent vers la petite presqu’île du Cap-Vert, territoire de Dakar. Un véritable goulet d’étranglement de quelques dizaines de kilomètres carrés, urbanisé à… 97 %. Évidemment, à force de grignoter du terrain, il n’y a plus de place nulle part. Presque plus d’espaces verts non plus.

L’agglomération dakaroise concentre la moitié des usines du pays (notamment les plus polluantes, qui plombent une partie de la belle corniche est), son plus grand aéroport (dans le nord de la ville, à Yoff), ainsi que près d’un quart de sa population, soit 3,2 millions d’habitants (dont 30 % dans Dakar intra-muros). Alors, où la métropole va-t-elle bien pouvoir caser les 5 millions d’âmes qu’elle est censée recenser en 2030 ? Et, surtout, dans quelles conditions ?

Contraintes presqu’îliennes en plus, Dakar est confrontée aux mêmes problèmes que ses soeurs africaines. Depuis la fin des années 1970, elle a grandi et grossi sans plan, sans anticiper, au gré des besoins immédiats induits par l’explosion démographique. Avec les résultats que l’on connaît : gestion défaillante du foncier, peu d’investissements dans les services essentiels, construction de cités-dortoirs sans vie parce que sans équipements ni mixité (comme Parcelles-Assainies), prolifération en banlieue de quartiers « illégaux » bâtis en zones inondables (comme à Pikine et à Guédiawaye)…

Ces dix dernières années, le développement urbain et économique de Dakar peut être cité en exemple.

Un gentil monstre urbain était né, dans le giron duquel il ne faisait plus bon vivre. L’ingérable animal générant un ras-le-bol que les Dakarois n’ont pas manqué d’exprimer avec de plus en plus de virulence, relayés par les interventions tantôt inquiètes tantôt exaspérées des urbanistes sénégalais et étrangers, notamment ceux de Cities Alliance et de l’ONU-Habitat.

De quoi faire réagir l’État et les collectivités locales. Ces dix dernières années, grâce à la décentralisation accélérée et aux ressources liées à la croissance économique de la ville, grâce, surtout, aux financements bienvenus de partenaires internationaux et à la mise en oeuvre, par l’actuelle municipalité, d’une planification stratégique digne de ce nom, le développement urbain et économique de Dakar peut être cité en exemple. En bon exemple.

Les premiers changements notables se sont fait sentir en matière de mobilité, avec la route de la corniche ouest, la Voie de dégagement nord (VDN) ou encore l’autoroute à péage qui relie désormais la banlieue est de la ville à Diamniadio, le pôle urbain où se tiendra le sommet de l’OIF à la fin du mois. Quelques kilomètres plus au sud, à Diass, le nouvel aéroport permettra, l’an prochain, de ramener un peu de sérénité et de sécurité dans les arrondissements nord de Dakar. Toujours côté transports, les bus de la DDD et de l’Aftu se modernisent, et leurs réseaux s’étendent.

Mais c’est à l’échelle des quartiers que la ville se transforme le plus, pour retrouver des dimensions plus humaines. À la hauteur des besoins et des aspirations de ses habitants. Si c’est toujours au Plateau et dans les communes du centre que nombreux Dakarois continuent d’aller travailler, de faire leurs courses ou de se cultiver, les arrondissements côtiers (et, dans une moindre mesure, la banlieue) commencent aussi à se doter de pôles d’activité modernes, de centres commerciaux, de loisirs.

Depuis cinq ans, les écoles primaires ont toutes été réhabilitées, ce qui a eu pour effet d’en faire passer la fréquentation de 65 % à 95 %. Enfin, les Dakarois se sont mis à la gestion participative : conseils de quartier réorganisés, audits, budget et comptes de la collectivité disponibles sur le site de la mairie… On est encore loin de la ville idéale. Mais la réorganisation de l’espace et des compétences s’accélère, les services s’améliorent, la qualité et le cadre de vie aussi. Reste à faire en sorte que les priorités du plan stratégique « Dakar 2030 » de la municipalité et celles du Plan Sénégal émergent de Macky Sall aillent dans le même (bon) sens.

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