Société

Miss France 2017 : trop noire ou pas assez métropolitaine ?

Par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

© Damien Glez

Si les reines de beauté peuvent l’objet de railleries, ce sont des quolibets racistes qu’a essuyé la Miss France élue le week-end dernier. Elle serait trop noire, au goût de certains...

Même si elle a inspiré des concours de beauté toujours considérés comme swag sur un continent africain qui ne rechigne pas au kitsch, l’élection de Miss France est à ce point désuète qu’elle ne pouvait que susciter des observations surannées. En particulier quand le teint de la lauréate est largement plus foncé que celui de la plus sombre des candidates du premier scrutin, en 1920.

Couronnée ce samedi à Montpellier, Alicia Aylies a déjà fait les frais de commentaires geignards. C’est la première fois que la prétendue « plus belle femme de France » est originaire de Guyane, région située en Amérique du Sud. Il n’en fallait pas plus pour qu’un internaute regrette, sur les réseaux sociaux, que Miss France 2017 vienne « d’un autre continent ».

La relève de Sonia Rolland

On pourrait croire à une querelle de clochers purement géographique qui n’aurait un lien qu’accessoire avec la couleur de peau et ne remettrait guère en cause l’élection, en 1993, de la black guadeloupéenne Véronique de la Cruz ou celle, en 2000, de la métisse Sonia Rolland, candidate bourguignonne au sang rwandais.

Pourtant, semblant déjà oublier que la Guyane est l’une des régions les plus vastes de France et qu’elle prit, dès 1604, le nom de « France équinoxiale », une twittos [utilisateur de Twitter, ndlr] estime que l’élection de ce week-end porte atteinte à une identité française dès lors « traînée dans la boue »…

Trop ou pas assez foncée ?

Le clou raciste que cette internaute peinait à enfoncer, un homme politique – pour peu que ce titre puisse lui être accordé – se chargea de le planter allègrement. Militant d’extrême droite, candidat furtif à la présidentielle de 2017 et fameux président de Radio Courtoisie, Henry de Lesquen glissa sans vergogne sur le terrain raciste.

Évoquant une « imposture cosmopolite » de nature à célébrer « le grand remplacement » – complot immigrationniste -, il affirme qu’il « convient que la demoiselle qui représente la France » soit « de race caucasoïde ».

Si les Miss ne brillent pas toujours par la finesse de leur esprit, Alicia Aylies a élégamment renvoyé dans les cordes les ségrégationnistes de la beauté. Sur la radio Europe 1, elle indiquait, lundi 19 décembre, que son élection au titre de Miss Guyane, l’année précédente, avait suscité l’indignation d’autres bougons qui avaient jugé, eux, qu’elle n’était « pas assez foncée de peau »…

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