Médias

Nizar Mourabit : faux Marocain, vrai imposteur

Par

Fouad Laroui est écrivain.

Un politologue du nom de Nizar Mourabit sévit depuis quelques années au pays des tulipes. Il est apparu un jour sur la scène médiatique, ou plutôt il y a surgi, et n’a cessé de publier des articles filandreux, des éditoriaux péremptoires, des droits de réponse outrés, des statistiques réfutables, etc.

D’origine marocaine, il s’est solidement installé dans ce débat (qui commence à nous sortir par les naseaux) qui tourne autour de l’immigration, des droits des étrangers, de la radicalisation des jeunes, de l’âge du calife, de l’islam, de l’islamisme, etc. Les journaux publient sans sourciller ce qu’il leur envoie, on le sollicite pour parler dans le poste et, consécration suprême, on l’invite maintenant sur les plateaux de télévision débattre de la "question marocaine" – oui, oui, nous sommes une "question".

Mais il y a une différence entre la radio et la télé : le sieur Mourabit a toujours refusé d’apparaître sur le petit écran. Et on comprend maintenant pourquoi : l’ami Nizar n’existe pas plus que le dahu : c’est un Néerlandais de souche du nom de Nelle Boer – Boer, ça veut dire "paysan" en néerlandais, y a pas plus hollandais que ce patronyme butyreux -, donc c’est un certain Nelle Boer, batave jusqu’au trognon, qui se faisait passer pour un politologue marocain, prolifique et virtuel.

Il vient de l’avouer, le gueux, et sa justification est la suivante : "Je voulais savoir ce que c’était que d’être marocain." Mais, triple buse, si tu voulais savoir cela, il fallait mettre une djellaba couleur puce, faire un trajet d’une heure en taxi à Casablanca, dans la pollution des embouteillages, avec un chauffeur salafiste ; puis essayer de retirer un colis à la poste un vendredi à midi et demi ; puis trouver un car qui t’emmènerait sous le soleil d’août, sans climatisation, entre deux paysannes massives et volubiles, jusqu’à Inezgane ; et là, essayer de trouver un job bien payé. Tu seras marocain, mon fils.

Ce qui me chagrine dans cette histoire, c’est que cela fait des années que ce monsieur blablate en notre nom dans la presse et à la radio. En d’autres termes, c’est comme si nous, Marocains vrais de vrais, nous n’étions pas encore émancipés, comme si nous étions mineurs, aphasiques, abouliques, l’air niais et la vue basse, incapables de nous exprimer.

Ça me rappelle une escroquerie intellectuelle qui eut lieu il y a une quinzaine d’années en France : un écrivain parisien (par ailleurs talentueux) avait fait paraître quelques livres sous le nom de Paul Smaïl, soi-disant jeune Beur d’origine marocaine. Et aux vrais auteurs marocains, dans les colloques ou dans la presse, on préférait cette imposture qui, n’est-ce pas, avait le droit de critiquer violemment les Maghrébins, en bloc, puisqu’il était issu de la même communauté.

C’est là qu’on se rend compte que la fameuse carte nationale si décriée a du bon. Allez, c’est dit : dorénavant, quiconque prétendra parler au nom des Marocains devra d’abord produire sa carte d’identité. Plus, bien évidemment, un certificat de bonnes vie et moeurs fourni par le moqaddem du coin. Bonne chance…

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