Politique

Otages : les dessous d’une libération… et d’un coup de pub de la présidence camerounaise

La libération du prêtre polonais Mateusz Dziedzic et d’une trentaine d’autres otages centrafricains et camerounais fin novembre a fait couler beaucoup d’encre. La présidence y est elle aussi allé de son petit coup de publicité. Quitte à travestir un peu la réalité.

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Mis à jour le 6 décembre 2014 à 11:34

Le prêtre polonais Mateusz Dziedzic était détenu depuis deux mois en Centrafrique. © DR

Petit coup de pub (et de bluff) de la présidence camerounaise, le 26 novembre, après l’annonce par J.A. de la libération du prêtre polonais Mateusz Dziedzic et d’une trentaine d’autres otages centrafricains et camerounais détenus depuis près de deux mois dans l’ouest de la Centrafrique. Selon le communiqué du palais d’Etoudi, cette libération aurait eu lieu grâce à "une opération spéciale des forces de défense et de sécurité camerounaises".

En réalité, les otages ont été remis volontairement à la frontière centrafricano-camerounaise par leurs ravisseurs (des rebelles se réclamant du chef de guerre Abdoulaye Miskine), sans qu’aucun coup de feu soit tiré. Le sort de Dziedzic et de ses compagnons d’infortune avait été évoqué le 21 novembre lors de l’audience accordée à Malabo par le président congolais Denis Sassou Nguesso (DSN), médiateur dans la crise centrafricaine, à Pierre Moukoko, le ministre camerounais des Relations extérieures.

Les négociations secrètes avec le groupe rebelle ont ensuite été menées par téléphone depuis Yaoundé par l’ancien ministre d’État centrafricain Karim Meckassoua, auprès de qui Sassou Nguesso (dont il est très proche) avait dépêché son directeur de cabinet, Firmin Ayessa, et deux "sécurocrates", le colonel Félix Ondaye, de la DGST (sécurité du territoire), et un haut fonctionnaire du ministère de l’Intérieur. Côté camerounais, leurs interlocuteurs étaient Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence, et Léopold Eko Eko, directeur de la DGRE (renseignements extérieurs).

C’est Meckassoua qui a obtenu des rebelles que les otages soient libérés avant que leur chef, Abdoulaye Miskine, détenu dans une prison de Yaoundé, ne le soit à son tour. Et c’est à bord d’un avion présidentiel congolais que Miskine et le prêtre polonais se sont rendus le 27 novembre à Brazzaville pour la cérémonie officielle de libération (information également révélée par J.A.). Dans l’entourage de Paul Biya, certains ont sans doute trouvé que DSN risquait de tirer un peu trop la couverture à lui. D’où ce petit arrangement avec la vérité.