Elections

RDC : Kinshasa revient sur les « quelques incidents » qui ont émaillé la fin du mandat de Kabila

A kinshasa, lundi 19 décembre 2016. © John Bompengo/AP/SIPA

Un casque bleu tué à Butembo, tension à l'Université de Kinshasa, des interpellations... Ce lundi, Kikaya Bin Karubi, le conseiller diplomatique de Joseph Kabila, a dressé le bilan de la dernière journée au pouvoir du président congolais.

« Non, il n’est pas à la tête d’une cellule de crise », assure un proche. Mais jusqu’à la dernière minute, Barnabé Kikaya Bin Karubi peaufine encore sa déclaration. L’heure est grave. À 23 heures 59, le second et dernier mandat du président Joseph Kabila arrive à son terme. L’élection de son successeur n’a pourtant pas été organisée.

Le conseiller diplomatique du chef de l’État congolais le sait. Il prend son temps pour relire son speech (il l’a en effet écrit en anglais) et y apporte d’ultimes corrections. Escorté par trois de ses collaborateurs, il entre enfin dans une salle de l’hôtel Pullman de Kinshasa, où l’attendent déjà quelques journalistes internationaux et locaux.

Devant la presse, les éléments de langage sont bien choisis : « paix », « ordre » et « contrainte légale ». Des mots pour justifier notamment l’impressionnant dispositif sécuritaire mis en place à Kinshasa et dans les autres grandes villes du pays ce 19 décembre.

Dans tous les cas, « le Congo a approximativement 80 millions de personnes […]. Nulle part, sur toute l’étendue du territoire national, on a vu 100, 200, 300, 400 personnes en train de marcher demandant au président Kabila de partir », martèle Kikaya Bin Karubi. Le ton se veut rassurant. Comme pour démontrer que les rapports de force, malgré la fin du mandat du président, n’ont pas changé ? Il a en tout cas du mal à convaincre.

Certains journalistes pointent des contradictions : comment les populations pouvaient descendre dans les rues de Kinshasa alors que la ville est quadrillée et les manifestations interdites ?

Trois incidents signalés, selon Kinshasa

Le principal conseiller diplomatique du chef de l’État congolais énumère ensuite les « quelques incidents » qui ont émaillé la journée. Il s’agirait, selon lui, de l’attaque d’une prison à Butembo, dans le nord-est du pays, par un groupe de miliciens maï-maï. Un Casque bleu a été tué et deux autres blessés. Le bilan officiel fait également état de sept morts parmi les assaillants.

Deux autres incidents ont été signalés à Kinshasa. D’abord au campus universitaire où un groupe d’opposants est « allé demander aux étudiants de sortir et de commencer une marche », pointe Kikaya Bin Karubi, sans donner plus de détails sur lesdits commanditaires présumés. Pendant plusieurs heures, une entrée de l’Université de Kinshasa a été ainsi investie par des militaires et policiers.

« Un troisième incident, et c’est le plus grave », selon le diplomate congolais, a eu lieu dans la résidence même de l’opposant Franck Diongo. Ce dernier aurait « séquestré trois éléments de la Garde républicaine qui habitent dans son quartier […]. Il les a battus et maltraités ». Une version de faits contestés par son entourage, qui accuse ces hommes d’avoir tenté d’attaquer la résidence de l’opposant, membre du Rassemblement, la principale plateforme de l’opposition congolaise.

Quelques tirs en l’air plus tard, et Franck Diongo est arrêté « en flagrance » par des forces de l’ordre. « Il est en train d’être entendu par le parquet général », a affirmé Kikaya.

Trésor Kibangula pour Jeune Afrique

© Trésor Kibangula pour Jeune Afrique

D’autres arrestations passées sous silence

D’autres arrestations ont été cependant signalées dans le Nord-Kivu. Au moins sept militants de l’Ecidé (engagement pour la citoyenneté et le développement) de l’opposant Martin Fayulu, candidat déclaré à la présidentielle, ont été arrêtés à Goma, dans l’est de la RDC.

L’ONG Human Rights Watch a fait état de 41 personnes interpellées dans la même ville. Mais Kikaya n’en fait aucune mention.

Vers la fin de la journée, une dizaine d’individus – des enfants de la rue pour la plupart –, avec des écharpes « 100 % Raïs [Kabila, ndlr] » ont été aussi interpellés sur le Boulevard du 30 Juin, à Kinshasa.

« Dans la matinée, ils avaient été payés 10 000 francs congolais (environ 8 dollars) chacun pour scander des chansons favorables au président Kabila. Mais certains ont tenté de s’éclipser après avoir reçu l’argent », a relaté à Jeune Afrique un témoin sur le lieu de l’arrestation.

« Demain, Kabila sera Président »

Le soleil se couche ainsi à Kinshasa. La psychose dans les airs. Des commerces, des écoles, des bureaux sont restés fermés toute la journée. « En fait, le mandat de Joseph Kabila court jusqu’à aujourd’hui [19 décembre] à 23 heures 59. À minuit, il n’est plus le président de la RDC. Tout peut arriver », grimace un cadre du Rassemblement. Mais, pour l’instant, l’opposant historique Étienne Tshisekedi, 84 ans, leader de la plateforme, n’a pas donné son « mot d’ordre ». Suspens ?

Pas pour Kikaya. « Demain [20 décembre], le président Kabila sera le président de la République. Il le restera parce que la Constitution le lui demande. Faire autrement serait une violation de la Constitution […]. Nous ne pouvons pas créer un vide à la tête de l’État ».

Et de conclure : « Si à tout hasard, comme on le lui demande, le président venait à céder à la pression – et je ne le vois pas céder à une pression quelconque – , il violerait la Constitution et serait passible des poursuites judiciaires parce qu’il plongerait le pays dans un chaos qu’on ne peut pas décrire. »

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