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Guinée équatoriale : 3 collaborateurs d’une filiale de la Société générale arrêtés dans le dossier des biens mal acquis

Le fils du président équato-guinéen Teodoro Nguema Obiang Mangue devant l'Assemblée générale de l'ONU, le 30 septembre 2015 (photo d'illustration). © Frank Franklin II/AP/SIPA

Trois collaborateurs d'une filiale de la Société générale sont auditionnés depuis vendredi par les autorités équato-guinéennes, dans une enquête sur le transfert aux autorités judiciaires françaises "d'informations bancaires confidentielles" concernant Teodoro Nguema Obiang Mangue.

C’est au tour de Malabo de mettre sous pression la filiale de la Société générale en Guinée équatoriale (SGBGE) : alors que la banque avait déjà été placée sous le statut de témoin assisté par la justice française en août 2015 dans le cadre de mise en examen de Teodoro Nguema Obiang Mangue − dit Téodorin − dans le dossier des « biens mal acquis », trois de ses salariés ont été arrêtés à Malabo vendredi 16 décembre.

Ils ont été auditionnés vendredi et lundi « pour avoir transféré des informations bancaires confidentielles à des tierces parties hors du pays », était-il noté dans un communiqué diffusé lundi par Malabo.

Le siège du groupe bancaire français a confirmé ces auditions. « Plusieurs collaborateurs de SGBGE ont été entendus par les autorités de Guinée Equatoriale. Nous tenons à confirmer que SGBGE respecte strictement l’ensemble des réglementations, nationales et internationales, qui lui sont applicables. Nous restons bien entendu très attentifs à la situation des collaborateurs de SGBGE concernés. Nous ne pouvons pas faire davantage de commentaires a ce stade. »

Lors d’une surprenante conférence de presse organisée jeudi  15 décembre dans la capitale équato-guinéenne, et rapportée par l’agence de presse officielle, les trois salariés arrêtés ont été présentés en compagnie de « l’avocat de SGBGE » aux médias locaux par Jerónimo Osa Osa Ecoro, secrétaire général du PDGE (parti au pouvoir). Était également présent l’avocat de Teodorin Obiang, Sergio Esono Abeso Tomo

Devant la presse, ce dernier s’est indigné du fait que les informations bancaires de son client à SGBGE apparaissent dans le dossier d’accusation du parquet financier de Paris, et que deux anciens responsables de l’établissement soient entendus comme témoins dans le procès qui doit débuter en janvier à Paris.

Début du procès début janvier à Paris

En effet, par une décision du 7 décembre, la Cour internationale de justice – la juridiction onusienne avait été saisie par Malabo pour contester la procédure judiciaire française –  ne s’est pas opposée à la tenue d’un procès en France. En mai 2016, le parquet financier avait renvoyé Teodorin Obiang devant le tribunal correctionnel de Paris pour blanchiment d’abus de biens sociaux, de détournement de fonds publics, d’abus de confiance et de corruption. Il devrait être jugé à partir du 2 janvier 2017.

Âgé de 46 ans, Teodorin, vice-président et fils du président de la Guinée équatoriale, a été mis en examen en mars 2014 pour blanchiment et détournement de fonds publics, abus de biens sociaux et abus de confiance. Il est soupçonné de s’être frauduleusement bâti en France, avec des fonds publics de Guinée équatoriale, un patrimoine immobilier et mobilier estimé à plusieurs centaines de millions d’euros.

Il a essayé en vain de faire annuler les poursuites à son encontre, invoquant son statut à l’époque de deuxième vice-président de Guinée équatoriale − lequel lui octroyait à ses yeux une immunité −. Une demande rejetée par la Cour de cassation qui avait estimé dans son arrêt rendu en décembre 2015 que les faits reprochés avaient été commis à « des fins personnelles », relevant de sa vie privée et donc détachables des fonctions étatiques protégées par la coutume internationale.

Les transferts de la SGBGE mis en cause

Ce n’est pas la première fois que les salariés de la SGBGE sont pris à partie par le pouvoir équato-guinéen. Déjà, l’ancien directeur général, d’août 2007 à novembre 2009, Jean-Marie Navarro, avait déclaré aux enquêteurs avoir été placé en garde à vue pendant sept heures.

Selon des révélations du Monde, la SGBGE aurait permis le transfert de 47 millions d’euros en deux fois (avril et juin 2006) « destinés à acquérir un jet privé et une résidence à Malibu, pour Téodorin Obiang », fils du président et vice-président de la Guinée équatoriale.

Une mission de l’inspection générale de la Société générale aurait conclu en 2010 à la nécessité de céder la banque, cession dont Jeune Afrique s’était fait l’écho. À l’époque, Bank of Africa, filiale du marocain BMCE Bank, s’était portée candidate au rachat de la SGBGE.

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