Politique

Maroc : Driss El Yazami, toujours prêt !

Driss el Yazami propose d'abolir la peine de mort. © ABDELHAK SENNA / AFP

L'ancien militant gauchiste Driss El Yazami, devenu le "Monsieur Droits de l'homme" du Maroc, a su trouver sa place auprès du gouvernement. Sans renier ses principes.

Fini le Maroc mauvais élève en matière de droits de l’homme ? Fini les critiques que lui adressent régulièrement les institutions internationales sur des questions de libertés publiques ou concernant le sort de quelques détenus politiques ? En organisant le deuxième Forum mondial des droits de l’homme, du 27 au 30 novembre, à Marrakech, le royaume a en tout cas dévoilé sa nouvelle stratégie pour sortir de cette situation la tête haute : accueillir de grands rendez-vous internationaux où s’élaborent les futures conventions.

"Nous voulons devenir, à côté d’autres pays du Sud, un acteur du changement mondial", résume Driss El Yazami, qui a été nommé à la tête du Conseil national des droits de l’homme (CNDH) le 3 mars 2011, quelques jours avant le discours de Mohammed VI annonçant une réforme constitutionnelle, à laquelle il a participé.

Le CNDH est l’héritier du Conseil consultatif des droits de l’homme (CCDH), fondé par Hassan II en 1990 pour amorcer l’ouverture politique du royaume. Il a gardé le même bâtiment imposant, à Bab Laâlou (Rabat), mais a été doté de pouvoirs élargis – qui ont fait de lui une véritable force de proposition.

>> Lire aussi l’interview de Driss El Yazami : "Les pays du sud deviennent des acteurs à part entière des droits de l’homme"

Harcelé par les services secrets marocains

Né à Fès en 1952, Driss El Yazami est tombé très tôt dans le chaudron des droits de l’homme. En France, où il part suivre des études de commerce au début des années 1970, il organise des actions en faveur du peuple palestinien et des immigrés. Expulsé en 1975 pour avoir soutenu une grève de sans-papiers, il revient au Maroc, où il est placé en détention pendant trois mois.

À sa sortie de prison, son engagement politique continue de lui créer des ennuis. Comme beaucoup de militants post-68, il est harcelé par les services secrets marocains et finit par écoper d’une peine de prison à perpétuité par contumace dans le procès des frontistes d’Ilal Amam. Il y échappe, ayant déjà pris la décision de revenir clandestinement en France.

El Yazami fait partie de ces hommes de gauche que le régime marocain a choisis pour l’accompagner dans ses réformes. Il a parié sur le triomphe de ses idées à long terme, comme l’ont fait Driss Benzekri, ancien président du CCDH et de l’Instance Équité et Réconciliation, Abdeslam Aboudrar, président de l’Instance centrale de prévention de la corruption, et Assia El Ouadie, secrétaire générale de l’Observatoire marocain des prisons. Tous ont accepté d’intégrer l’appareil du Makhzen pour le changer de l’intérieur, quitte à s’attirer les foudres de leurs anciens camarades de lutte.

>> Lire aussi notre portrait Driss El Yazami : de Mao à M6

L’État, les ONG et les experts en droits de l’homme pour faire avancer la cause

Si cet ex-secrétaire général de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme a accepté toutes les missions que lui a confiées le roi, notamment la présidence, à partir de 2007, du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger, c’est parce qu’il est convaincu que ce changement nécessite le soutien à la fois de l’État, des ONG et des experts en droits de l’homme. "C’est cette alchimie entre ces trois acteurs qui fait réellement avancer la cause", a-t-il déclaré au site marocain Hespress.

Et pour défendre ses idées, il sait se montrer patient. "Il faut attendre le moment favorable pour aborder certains sujets", explique-t-il. En juin dernier, en tant que président d’un conseil placé sous la tutelle du roi, il a ainsi estimé le moment opportun pour appeler le gouvernement à abolir la peine de mort. Le débat avait mûri au sein de la classe politique.

Autre proposition : la construction d’églises pour les immigrés subsahariens, presque un an après le coup d’envoi d’une grande procédure de régularisation des clandestins. Une déclaration qui fera date, dans un pays où l’islam est religion d’État.

Qu’un représentant de l’État avance ses propositions au moment où il estime la société prête à les entendre, c’est logique. Tout comme il est logique que les ONG se portent à l’avant-garde du combat. Pour faire avancer les droits de l’homme, cette répartition des rôles est primordiale.

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