Vie des partis

Présidentielle tunisienne : Béji Caïd Essebsi, le pouvoir et le style

BCE reste le favori de la présidentielle. © FETHI BELAID / AFP

Avec 40 % des suffrages au premier tour, le leader de Nidaa Tounes reste le favori de la présidentielle. Soucieux de restaurer "le prestige de l'État", il devra au préalable en découdre avec Moncef Marzouki, son exacte antithèse. Un duel symptomatique des antagonismes et des clivages qui traversent une société moins homogène qu'on veut bien le croire.

"El ghoul wal mahboul" ("l’ogre et le fou"). Ne vous y trompez pas. Ce n’est ni le titre d’une fable du folklore populaire ni celui d’une pièce de théâtre, dont les Tunisiens sont d’ordinaire si friands. C’est l’affiche du second tour de la présidentielle, avec dans la peau de l’ogre Béji Caïd Essebsi, leader de Nidaa Tounes, déjà vainqueur des législatives du 26 octobre, que ses adversaires accusent de vouloir accaparer tous les pouvoirs pour rétablir la tyrannie ("taghawul"), le rôle du fou étant campé par l’actuel président provisoire, Mohamed Moncef Marzouki, réputé caractériel et célèbre pour ses sautes d’humeur. Tout oppose ces deux hommes, qui se détestent cordialement et qui ont bénéficié, l’un et l’autre, d’un incroyable concours de circonstances pour en arriver là.

Arrivé en tête au premier tour du scrutin, le 23 novembre, avec un peu moins de 40 % des suffrages, Béji Caïd Essebsi, 88 ans, est un phénomène de longévité politique. Chef de file du bloc moderniste, il se présente comme l’élève et le disciple de Habib Bourguiba, dont il a été le ministre pendant de longues années, entre 1965 et 1986. Victime des luttes de pouvoir qui ont assombri la fin de règne du père de l’indépendance, puis tombé dans un oubli relatif sous la longue ère Zine el-Abidine Ben Ali, "BCE" voit son destin basculer une première fois en février 2011, au lendemain de la révolution, lorsqu’il se voit confier la présidence du gouvernement provisoire.

Stratège hors pair

Il organisera les premières élections réellement libres de l’histoire tunisienne. Ses concitoyens redécouvrent alors un leader au charisme intact, habité par le sens de l’État. Stratège hors pair, il comprend vite que la troïka, la coalition tripartite formée au lendemain de l’élection de l’Assemblée constituante du 23 octobre 2011, où les islamistes d’Ennahdha règnent sans partage, va conduire le pays dans le mur et risque de réduire à néant les acquis séculiers de l’État de l’indépendance. Mesurant la faiblesse des partis progressistes existants et leur incapacité à dépasser leurs querelles de chapelle, il entreprend de lancer son propre mouvement, Nidaa Tounes, "l’appel de la Tunisie", car il croit la bipolarisation inéluctable.

Un ultime obstacle se dresse sur la route du palais de Carthage en la personne de Moncef Marzouki.

Front hétéroclite, Nidaa a vocation à rassembler toutes les sensibilités : la gauche, les indépendants, les intellectuels, les syndicalistes, mais aussi les destouriens, mis à l’index au lendemain de la révolution – du moins ceux qui n’ont pas eu maille à partir avec la justice. Ces derniers finiront par prendre une importance croissante à l’approche des élections, alimentant auprès d’une frange de l’opinion le fantasme d’un "retour de l’ancien régime". Pragmatique, comme sait l’être tout bon politique, et conscient que leur apport est supérieur aux pertes qu’ils engendrent, BCE passera outre les critiques et maintiendra le cap.

Un ultime obstacle se dresse sur la route du palais de Carthage en la personne de Moncef Marzouki, 69 ans, son actuel occupant. Médecin, ancien président de la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH) entre 1989 et 1994, "résistant inflexible" à la dictature de Ben Ali, c’est un rescapé. Son parti, le Congrès pour la République (CPR), discrédité par les outrances de ses dirigeants, plombé par la performance de ses ministres, a fait naufrage aux législatives du 26 octobre, avec moins de 70 000 voix et seulement 4 sièges (contre 29 dans l’Assemblée sortante).

Marzouki a multiplié es "dérapages verbaux"

Marzouki, dont la campagne était soutenue par les bases d’Ennahdha, qui ne présentait pas de candidat à l’élection, a réussi, contre toute attente, un score dépassant le million de voix (1 092 418, soit près de 33,5 % des suffrages exprimés). C’est plus que le total des voix obtenues par Ennahdha, le CPR et le Courant démocratique de Mohamed Abbou (issu d’une scission d’avec le parti de Marzouki).

Même si le président sortant a multiplié les "dérapages verbaux" et les appels du pied en direction des franges extrémistes de l’électorat, la surenchère islamo-identitaire de celui que la presse occidentale présente encore parfois comme un francophile laïc (sic) n’explique pas tout. Face à un BCE diabolisé et caricaturé sous les traits d’un suppôt de l’ancien régime, Moncef Marzouki, le général sans armée, s’est autoproclamé défenseur de la révolution. Il s’est employé à réveiller "le peuple du 23 octobre", cette Tunisie des opprimés et des stigmatisés qui avait bruyamment exprimé son désir de rupture, à la fois politique et identitaire, en 2011. Manifestement, il y est parvenu.

Le second tour, qui doit se tenir avant la fin de l’année civile, s’annonce donc plus serré que prévu. Le leader de Nidaa Tounes reste néanmoins favori, car il devrait pouvoir bénéficier d’une majorité des électeurs de Hamma Hammami, le candidat du Front populaire (extrême gauche), arrivé troisième avec un peu moins de 8 % des voix, alors que Marzouki, de son côté, semble avoir "fait le plein".


Ministre des Affaires étrangères, il réussit, en 1985, à faire condamner
par l’ONU le raid aérien contre le QG de l’OLP à Hamman-Chott, près de Tunis.
© Franck Micelotta/AFP

"Bajbouj", comme Adenauer ?

L’âge de Béji Caïd Essebsi, perçu au départ comme un handicap quasi insurmontable, ne fait presque plus débat aujourd’hui. Habitué à ce qu’on l’interroge sur le sujet, il répond invariablement et avec humour : "Je ne vais pas faire des coquetteries de jeune fille. Mon âge ne me dérange pas. La jeunesse est un état d’esprit, pas un état civil." Son implication personnelle dans les campagnes législative et présidentielle, au cours desquelles il a enchaîné meetings et apparitions médiatiques, a balayé les doutes sur son aptitude à gouverner.

Après tout, disent ses partisans, Konrad Adenauer, le mythique chancelier de l’Allemagne fédérale, n’a-t-il pas exercé le pouvoir jusqu’à un âge aussi avancé ? Sélim Ben Abdesselem, élu des Tunisiens de la diaspora à la Constituante, qui a rejoint Nidaa avant d’en démissionner en mars 2014, témoigne, dans un livre à paraître, de sa première rencontre avec BCE : "C’était en février 2013. J’ai été séduit par sa finesse d’analyse, sa vision politique, sa certitude quant à ses objectifs et, je dois dire, par sa vivacité d’esprit assez exceptionnelle […] Rien ne se passait à Nidaa Tounes sans son consentement, implicite ou explicite. Rien ne lui échappait."

Né le 29 novembre 1926 à Sidi Bou Saïd, dans l’enceinte du mausolée de Sidi Bou Saïd el-Béji, Béji Caïd Essebsi appartient à une famille de la grande bourgeoisie tunisoise issue de l’administration beylicale. C’est un pur beldi, aux yeux et au teint clairs, qui a suivi sa scolarité au collège Sadiki, avant de se diriger vers Paris pour faire son droit à la Sorbonne et devenir avocat. Il possède cette wahra, ce mélange indéfinissable de charisme et de distinction naturelle, que lui jalousent secrètement ses concurrents. Il y a une part d’irrationnel dans les sentiments qu’il inspire.

La gestuelle de Bourguiba adoptée par BCE

L’homme, que les Tunisiens ont affectueusement rebaptisé "Bajbouj", est adulé par ses partisans. Il subjugue les foules là où il passe, crève l’écran à la télévision. C’est d’ailleurs un entretien, réalisé quelques jours après la chute de Ben Ali et diffusé le 17 janvier 2011 sur la chaîne privée Nessma, qui a contribué à le remettre au goût du jour. BCE, comme son mentor, Habib Bourguiba, dont il a emprunté des éléments de gestuelle, les lunettes de soleil et jusqu’à certaines mimiques, possède une aisance en arabe dialectal et un sens de la formule qui le différencient de tous ses adversaires.

L’engouement provoqué par ses premières sorties médiatiques s’explique par le contraste entre ses prestations et celles auxquelles les Tunisiens étaient habitués. Sous Ben Ali, tous les ministres ressemblaient à des clones au discours insipide et stéréotypé. Ils avaient pour consigne de ne pas se mettre en avant. Le personnel politique était d’une médiocrité affligeante.

Si le charme opère sur le plus grand nombre, notamment auprès des femmes et chez les plus de 50 ans, qui, en proportion, votent le plus, certains segments de l’électorat restent farouchement réfractaires au style BCE. C’est le cas des jeunes, qui peinent à se reconnaître dans ce patriarche aux accents paternalistes. Des romantiques et de certains "bobos de la Principauté de La Marsa" (terme générique utilisé pour désigner les beaux quartiers de la banlieue nord de Tunis), parce qu’il ne les fait pas rêver. Et des blogueurs exaltés, qui ne le trouvent décidément pas assez "révolutionnaire".

Ses plus farouches contempteurs se trouvent à la gauche de la gauche.

Mais ses plus farouches contempteurs se trouvent à la gauche de la gauche. Les anciens du groupe Perspectives, qui n’ont pas oublié qu’il était ministre de l’Intérieur lors de la féroce répression du mouvement estudiantin en 1968. Ce sont eux qui ont amorcé et entretenu sa "légende noire", complaisamment véhiculée par les islamistes ou militants du CPR et qui inonde maintenant les réseaux sociaux. Plus encore que son rôle, réel ou fantasmé, dans la répression, ils reprochent à BCE de n’avoir jamais esquissé un début d’autocritique. Mais un ministre, serviteur de l’État, peut-il s’abandonner aux états d’âme et à l’introspection ?

"Haybet el-Dawla" : le prestige de l’État

La primauté de l’État est une notion cardinale dans la pensée politique de Béji Caïd Essebsi. Il veut restaurer le prestige de l’État ("haybet el-Dawla"). Cette idée irrigue ses discours et agit comme un marqueur fort, comme une ligne de clivage. "Le respect qu’il inspire dans l’opinion tient à cette identification entre sa personne et l’État, explique son ami le diplomate Ahmed Ounaïes. Là réside en réalité le secret de son charisme : on le voit comme l’incarnation d’une forme de transcendance, la transcendance de l’État." Pour Béji Caïd Essebsi, et pour Bourguiba avant lui, le pouvoir et le style ne sont pas dissociables. Il l’écrivait dans son livre, paru en 2009 : "L’État s’impose par ses institutions et par la qualité et la culture des hommes choisis pour le servir.

La hiérarchie et le décorum y tiennent un rôle majeur […]. Le prestige de l’État tient autant à l’équilibre et à la cohérence de ses institutions qu’à l’élégance et à la majesté de ses monuments, à l’attrait de ses symboles et à la conduite irréprochable de ses représentants." Il ajoute que Bourguiba, sans y paraître, mettait un soin particulier à l’esthétique et attendait de ses ministres qu’ils en fassent de même, n’hésitant pas à sévir contre ceux qui se laissaient aller, car "l’apparence, la tenue vestimentaire, la dentition impeccable sont le reflet d’un équilibre plus profond".

En relisant ces lignes, écrites bien avant la révolution, on mesure l’ampleur du fossé qui sépare les deux candidats à la magistrature suprême. Car sur ce point, comme sur beaucoup d’autres, Moncef Marzouki apparaît comme l’exacte antithèse de Béji Caïd Essebsi. Marzouki a inauguré sa présidence vêtu d’un burnous et a théorisé son refus de porter la cravate, symbole de l’aliénation culturelle occidentale.

Chef d’État atypique, excentrique et négligé, il a accumulé les impairs diplomatiques, les déclarations à l’emporte-pièce et les outrances verbales, allant jusqu’à qualifier ses adversaires de taghout ("fausse divinité, tyran"). Il s’est affiché au palais de Carthage en compagnie de prédicateurs salafistes ultraradicaux ou de chefs des Ligues de protection de la révolution. Rarement président en exercice aura été autant raillé, moqué, hué, vilipendé. Pour ses détracteurs, qui représentent l’opinion majoritaire, il a tout simplement avili et souillé la fonction, et fait honte à la Tunisie, car le président est le symbole de l’État.

BCE a beau être soutenu par les franges laïques de la population tunisienne (ultraminoritaires), son parti ne l’est pas. Lui-même se définit comme un musulman pieux.

La question du rapport entre politique et religion – la fameuse bataille entre "les modernistes" et les islamistes – ne représente qu’une des facettes de la partie qui se joue entre les deux hommes. Et sans doute pas la plus déterminante. BCE a beau être soutenu par les franges laïques de la population tunisienne (ultraminoritaires), son parti ne l’est pas. Lui-même se définit comme un musulman pieux.

Marzouki : marionnette des islamistes ?

Il a mémorisé le livre saint par coeur et ponctue ses discours de versets coraniques. En réalité, il s’inscrit là également dans la pure filiation bourguibienne, ne manquant jamais une occasion de rappeler son attachement à l’article 1er de la Constitution, qui fait de l’islam la religion de l’État, tout en affirmant le caractère civil et séculier de celui-ci. Moncef Marzouki, qui passe pour une marionnette des islamistes, est pétri de langue et de culture françaises, au point que des jurons lui échappent parfois dans la langue de Molière. Il a vécu plus de vingt-cinq ans dans l’Hexagone, s’y est marié deux fois et a longtemps revendiqué des convictions laïques. Bien davantage que la religion, le véritable objet de la dispute, c’est l’État, ou, plus exactement, le rapport à l’État. Avant d’être religieux, le clivage est culturel et civilisationnel.

Les ambivalences de la tunisianité

Béji Caïd Essebsi revendique avec orgueil l’héritage de l’État de l’indépendance, réformateur et jacobin, qui a émancipé la femme, généralisé l’enseignement et la santé, et remodelé les contours de la société traditionnelle pour la débarrasser de ses archaïsmes. Dans son esprit, et dans celui de ses électeurs, l’État, la patrie et la nation se confondent. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que la symbolique nationale – l’identification au drapeau et au nom du pays – imprègne à ce point celle de Nidaa Tounes.

Le nationalisme tunisien s’identifie à l’État, véhicule de son indépendance et support de la fierté nationale. Cet État, séculier et civil, mais non laïc, obéit à une alchimie subtile, résumée dans l’article 1er de la Constitution bourguibienne de 1959 (qui a été maintenu inchangé dans la Constitution du 26 janvier 2014) : un État libre, indépendant et souverain, qui a pour religion l’islam, pour langue l’arabe et pour régime la République. Formule magique de la modernité tunisienne, respectueuse de l’identité arabo-musulmane sans en être prisonnière, cette synthèse trouve ses fondements à la fois dans la tradition réformiste tunisienne, inaugurée par Kheireddine Pacha, et dans celle des Lumières françaises.

Béji Caïd Essebsi convoque volontiers l’autorité de l’histoire – la sienne et celle de la Tunisie – lorsqu’il décline son projet : réconcilier la révolution, l’État et le sentiment national. Moncef Marzouki, lui aussi, fait appel à la mémoire, mais une autre mémoire : celle des vaincus. Il convoque les mânes d’Ali Ben Ghedahem, le meneur de la révolte de 1864 contre la domination beylicale, de Salah Ben Youssef, lieutenant puis rival assassiné de Bourguiba, chantre de l’arabisme, ou ceux des résistants fellaghas, fers de lance de la lutte armée contre l’occupation française, sacrifiés par le régime au lendemain de l’indépendance.

L’imaginaire politique auquel ces figures renvoient est celui de "l’authenticité culturelle". Foncièrement ambivalent, il oscille en permanence entre les registres de la tunisianité et de l’arabité. Il exprime, fondamentalement, une défiance à l’égard du pouvoir central. L’État moderne, regardé par les héritiers de Bourguiba comme le support naturel et permanent de la nation, reste perçu par cette autre Tunisie comme une entité transitoire, étrangère, et toujours extérieure à la société. "L’ordre ancien" et "l’ancien régime", qui reviennent à longueur de bouche dans le discours des partisans de Marzouki, sont en réalité les allégories d’un rapport conflictuel.

Pour le président provisoire et ses épigones, la révolution tunisienne doit se comprendre comme une "seconde indépendance". Elle doit être l’occasion d’un nouveau départ et le prétexte à la liquidation de l’héritage politique de l’État postcolonial. Mais un nouveau départ vers où ? Le vote Marzouki est à la fois un vote du ressentiment, un vote nihiliste et un vote de souffrance sociale.

Antagonismes régionaux et polarisation culturelle

Les chiffres du premier tour de la présidentielle du 23 novembre sont implacables. Ils disent la césure béante entre les deux Tunisie. Celle du Nord-Ouest, du littoral et du Grand Tunis, qui a voté massivement en faveur du candidat de Nidaa Tounes, dans des proportions allant de 42 % (Bizerte) jusqu’à 59,5 % (Monastir). Et celle du Sud, des marges et des confins, qui a plébiscité Moncef Marzouki. Le chef de l’État sortant a recueilli jusqu’à 78 % des suffrages dans le gouvernorat de Kébili, d’où est originaire sa famille, 76 % à Tataouine, 68 % à Gabès et 67,5 % à Médenine. Il a aussi remporté une majorité relative des suffrages dans les deux circonscriptions électorales de Sfax, la deuxième métropole du pays, conservatrice et industrieuse (45,33 % à Sfax 1 et 40,7 % à Sfax 2).

La géographie du vote Marzouki épouse fidèlement la géographie du yousséfisme (à une exception près, la région de la capitale) et celle du fellaghisme.

La géographie du vote Marzouki épouse fidèlement la géographie du yousséfisme (à une exception près, la région de la capitale) et celle du fellaghisme. Et c’est tout sauf un hasard. Moncef Marzouki instrumentalise habilement le mépris que lui vouent les élites de la capitale et du Sahel et renverse le stigmate pour apparaître comme un candidat antisystème. Sa campagne réactive les antagonismes géographiques et culturels, les appartenances primaires, les rancoeurs ancestrales.

Le Sud contre le Nord. Les Bédouins contre les citadins. Le "peuple" contre l’élite décadente et occidentalisée des beaux quartiers de Tunis. Les communautés contre l’État. C’est tout le paradoxe de cette élection présidentielle, censée mettre un terme définitif à une transition chaotique et qui vire à la guerre de civilisation. Au lieu d’apaiser la société tunisienne, elle en exacerbe les divisions. Béji Caïd Essebsi, s’il est élu, devra endosser les habits du rassembleur. Recoller les morceaux et réconcilier les Tunisiens. Il n’est pas dit qu’il y arrive. Mais c’est seulement à cette condition – la cohésion nationale – que son "État du XXIe siècle" aura une chance de tenir ses promesses.

>> Lire aussi : entre BCE et Marzouki, le parlement aurait-il choisi son candidat ?

Repères

Le 24 avril 1956, Bourguiba, Premier ministre de la Tunisie indépendante, fait convoquer BCE, qui n’était alors qu’un avocat prometteur, et le nomme séance tenante chargé de mission à la présidence du Conseil.

• Ministre de l’Intérieur pendant la guerre des Six-Jours, il refuse que la police fasse feu sur les manifestants qui avaient investi le centre de Tunis, le 5 juin 1967, et menaçaient les ambassades des États-Unis, du Royaume-Uni et des boutiques de commerçants juifs.

• Solidaire d’Ahmed Mestiri et du « groupe des libéraux », qui plaidaient pour davantage de démocratie interne, il est exclu du Parti socialiste destourien (PSD) en septembre 1974 et perd son mandat de député. Son exclusion sera « annulée » par Bourguiba en 1980.

• Ministre des Affaires étrangères (1981-1986), son fait d’armes le plus marquant restera le vote, le 4 octobre 1985, par le Conseil de sécurité de l’ONU, de la résolution 573, qui condamne l’agression israélienne contre le territoire tunisien (le bombardement du QG de l’OLP à Hammam-Chott). BCE réussira à infléchir la position de l’ambassadeur américain, Vernon Walters, initialement décidé à voter contre le projet de texte.

• Alors qu’il était retiré des affaires depuis vingt ans, BCE est appelé, le 27 février 2011, par Fouad Mebazaa, le président provisoire, à prendre la tête du gouvernement provisoire, après la démission de l’éphémère Mohamed Ghannouchi. Premier ministre de la transition, il organise les premières élections libres et démocratiques de l’histoire de la Tunisie le 23 octobre 2011.

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