Politique

Tunisie : négociations serrées entre Nidaa Tounes et Ennahdha à la première séance de l’Assemblée

Mis à jour le 3 décembre 2014 à 09:30

La première séance de l’Assemblée des élus du peuple tunisien, mardi, a été le lieu d’âpres négociations entre les deux partis majoritaires, Nidaa Tounes et Ennahdha. Avec un double enjeu : le perchoir et la présidence de la République, dont le second tour de l’élection est prévu le 28 décembre.

L’installation des parlementaires issus des élections du 26 octobre a fait entrer la journée du 2 décembre dans les annales tunisiennes. Sous la coupole du Bardo, l’Assemblée nationale constituante a passé officiellement le relais à celle des élus du peuple. Une page de l’histoire de la Tunisie a été tournée avec solennité et émotion. Sous une salve d’applaudissements, la montée au perchoir, pour la première plénière du nouveau Parlement, de Ali Ben Salem, doyen des élus de l’ANC, a mis la larme à l’œil à des leaders politiques aussi aguerris que Rached Ghannouchi et Béji Caïed Essebsi, tous deux présidents des deux partis les plus importants de l’Assemblée.

Tous ont noté l’absence du président de la République sortant, Moncef Marzouki, alors que le gouvernement était présent au grand complet. Le président de l’ANC, Mustapha Ben Jaafar a confirmé ne pas l’avoir invité pour des raisons protocolaires sans pour autant préciser ces dernières. La plupart des députés n’ont pas manqué d’y voir une discorde entre les deux anciens alliés de la troïka. Mais cet incident – ainsi que la découverte d’un simple citoyen usurpant la place d’un élu absent – n’ont pas masqué d’autres dissensions plus profondes.

La loi fondamentale stipule qu’à l’issue de la première session, l’Assemblée doit avoir élu le locataire du perchoir mais aussi avoir créé ses commissions.

S’agissant d’élire le président ainsi que les deux vice-présidents de l’Assemblée, conformément à l’article 59 de la Constitution figurant au chapitre du pouvoir législatif, les groupes parlementaires ont affiché leurs désaccords au point que la séance a dû être suspendue à plusieurs reprises. Car la loi fondamentale stipule qu’à l’issue de la première session, l’Assemblée doit avoir élu le locataire du perchoir mais aussi avoir créé ses commissions.

Gagner du temps

Au final, les divergences ont porté sur l’interprétation donnée par chaque groupe parlementaire à la durée d’une session au point qu’il a fallu tout l’après midi pour convenir que celle-ci pouvait rester ouverte pendant plusieurs séances. Tous ont finalement convenu que l’Assemblée siégerait de nouveau jeudi 4 décembre à 10 heures, afin que les postulants à la présidence et à la vice-présidence puissent enregistrer leur candidature.

Dans les faits, cette bisbille est une manière de gagner du temps dans la mesure où les négociations vont bon train entre Nidaa Tounès et Ennahdha. La première serait prête à céder à la seconde la présidence de l’Assemblée contre un soutien à Béji Caïed Essebsi, son fondateur, au second tour de la présidentielle. La conclusion de cet accord devrait se refléter dans le vote que feront les parlementaires jeudi. Il est même fortement question que le perchoir revienne à Samir Dilou, ancien ministre des Droits de l’homme connu comme l’une des colombes du parti islamiste. La vice-présidence pourrait échoir à Mbarka Brahimi, élue du Front populaire et veuve du député nationaliste arabe à l’ANC, Mohamed Brahmi, assassiné le 25 juillet 2013. Malgré les désaccords apparents, la plupart des députés ont donc revu leurs exigences à la baisse et semblent vouloir travailler ensemble, unique issue pour une stabilité politique nécessaire à la relance de la Tunisie.