Politique

Syrie : tirs de l’armée syrienne sur Alep malgré l’annonce d’un arrêt des opérations par la Russie

Depuis ce vendredi, les bombardements du régime sur la ville d’Alep sont censés être suspendus pour permettre l’évacuation des civils pris au piège. Mais selon l’ONU, des groupes armés de l’opposition syrienne les empêchent de quitter l’est de la ville. Les tirs d’artillerie, par ailleurs, n’ont pas cessé.

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Mis à jour le 9 décembre 2016 à 14:43

Un homme marche au milieu des ruines dans le quartier de Al-Masshad, dans l’est d’Alep, le 8 décembre 2016. © AP/SIPA

Rupert Colville, le porte parole du Haut Commissariat aux droits de l’homme de l’organisation onusienne s’est par ailleurs dit préoccupé ce vendredi 9 décembre par des « informations selon lesquelles des centaines d’hommes ayant fui les combats d’Alep-Est auraient disparu après avoir rejoint les zones contrôlées par le régime syrien ».

Ces événements interviennent alors qu’Alep-Est, bastion des rebelles syriens est selon l’observatoire syrien des droits de l’Homme, à nouveau sous les bombes du régime de Bachar Al-Assad ce vendredi, malgré l’annonce d’un arrêt momentané des opérations militaires de l’allié russe.

« L’aviation du régime a suspendu ses frappes depuis jeudi soir, mais l’artillerie n’a cessé de bombarder violemment durant la nuit et vendredi matin », a de fait assuré l’Observatoire (OSDH) dans la matinée.

« Il y a de violents tirs d’artillerie sur plusieurs quartiers assiégés [d’Alep-Est] et de violents combats [entre régime et rebelles], notamment à Boustane al-Qasr, un des derniers quartiers importants encore aux mains des insurgés », a par ailleurs précisé à l’AFP Rami Abdel Rahmane, directeur de l’OSDH.

Le journaliste de l’AFP à Alep-Est dit également avoir entendu durant la nuit le bruit de violents bombardements.

Évacuation de 8 000 personnes

Jeudi soir, c’est à la surprise générale que le ministre russe des Affaires Étrangères Sergueï Lavrov avait annoncé l’arrêt des raids aériens et des tirs d’artillerie de l’armée syrienne sur les quartiers rebelles d’Alep, pour permettre l’évacuation des civils.

« Je peux vous dire qu’aujourd’hui, les opérations de combat de l’armée syrienne ont été interrompues dans l’est d’Alep parce qu’il y a une grande opération en cours qui est l’évacuation des civils », avait même déclaré le chef de la diplomatie russe, cité par les agences russes, en marge d’une réunion de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), à Hambourg, dans le nord de l’Allemagne.

« Il va y avoir une colonne d’évacuation de 8 000 personnes, leur itinéraire fait cinq kilomètres », avait-il alors précisé.

Négociations russo-américaines

« Des tractations militaires et diplomatiques russo-américaines se tiendront samedi à Genève pour terminer le travail […] définissant les moyens de résoudre les problèmes d’Alep-est », avait par ailleurs annoncé le ministre russe des Affaires étrangères.

Depuis l’appel à un cessez-le-feu pour mettre de procéder à l’évacuation des civils, les échanges entre Sergueï Lavrov et son homologue américain, John Kerry s’intensifient. Mercredi 07 décembre, les deux hommes se sont rencontrés à Hambourg, dans un grand hôtel de la ville. Le lendemain, Sergueï Lavrov s’est à nouveau entretenu brièvement avec le secrétaire d’État américain, en marge de la réunion de l’OSCE.

Dans la soirée, après l’arrivée de John Kerry à Paris, les deux ministres se sont encore téléphoné, a indiqué le soir même un responsable du département d’État américain.

« Il sont tombés d’accord pour continuer de discuter de la mise sur pied d’un cadre pour un cessez-le-feu et plus précisément de l’acheminement de l’aide humanitaire et de la possibilité que les gens puissent quitter Alep en sécurité », a expliqué cette même source aux deux journalistes voyageant avec le secrétaire d’État américain.

384 civils tués

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), l’offensive du régime de Bachar al-Assad contre les quartiers rebelles lancée il y a trois semaines aurait fait 384 morts parmi les civils dont au moins 45 enfants à Alep-Est, tenu par les insurgés depuis l’été 2012.

Devant l’intensité des combats, 80 000 personnes auraient fui la ville.

Actuellement, les rebelles se retrouvent acculés dans quelques secteurs du sud d’Alep-Est, avec des dizaines de milliers de civils pris au piège, alors que l’armée du régime, appuyée de combattants iraniens et du Hezbollah libanais, contrôlerait désormais plus de 85% de la partie que les insurgés avait conquise en 2012, selon l’OSDH.