Politique

Présidentielle tunisienne : J.A. persiste et signe

Mis à jour le 8 décembre 2014 à 11:40
Marwane Ben Yahmed

Par Marwane Ben Yahmed

Directeur de publication de Jeune Afrique.

Notre dernière couverture consacrée à la présidentielle tunisienne, intitulée "Pourquoi BCE doit gagner" (J.A. nº 2812), a suscité de nombreuses réactions. D’étonnement, d’abord, car il est vrai qu’elle exprime une prise de position forte de votre hebdomadaire en faveur de l’un des deux candidats en lice au second tour, Béji Caïd Essebsi, qui affronte Moncef Marzouki, dont tout le monde aura compris qu’il n’est pas notre tasse de thé. Ce choix, explicité dans un éditorial la semaine précédente (lire "La dernière marche", dans J.A. nº 2811), nous l’assumons pleinement. Inutile de revenir une nouvelle fois sur les multiples raisons qui ont motivé cet appel au vote intelligent. Contentons-nous ici de rappeler que la Tunisie a besoin d’un président compétent et d’un homme doté du sens de l’État, et nous pensons que BCE est, des deux candidats, celui qui s’en rapproche le plus. Ajoutons, pour être franc, que la perspective de revoir Docteur Moncef et Mister Marzouki au palais de Carthage nous donne des sueurs froides.

Certains n’ont pas compris, par principe, notre prise de position. Pour eux, un titre de presse n’a pas à s’immiscer dans une élection démocratique ni à influencer le choix de ses lecteurs. Il doit se borner à informer, raconter, expliquer de manière neutre. C’est là une opinion que nous respectons, mais qui n’est pas la nôtre. D’autres ont choisi de s’en prendre à nous de manière indigne et grotesque, par voie de presse ou sur les réseaux sociaux, essentiellement Facebook. En clair, nous aurions été rémunérés, grassement évidemment, par Béji Caïd Essebsi pour chanter ses louanges et ainsi l’aider à gravir les marches du palais présidentiel. Le tout enrobé d’insinuations douteuses sur notre supposée nostalgie de l’ancien régime. Une accusation habile, car, au passage, ils font de BCE, comme Marzouki le serine chaque jour ou presque pour grappiller quelques voix en tentant de couvrir d’opprobre son adversaire, un zélote caché de Ben Ali. Le pire, c’est que parmi ces fielleux fiers-à-bras que la charité nous impose de ne pas citer, il n’y a pas que des thuriféraires bêtes et méchants de Marzouki. On retrouve dans le lot des gens intelligents et cultivés, chercheurs, éditeurs, journalistes ou blogueurs.

La meilleure défense, pour les plus hargneux, c’est l’attaque. Sous la ceinture, bien sûr, et, parfois, ad hominem, puisque certains s’en sont pris à l’auteur de l’article. Nous aurions préféré débattre du fond, c’est-à-dire de notre position, avec ceux qui ne la partagent pas. Des défauts de BCE, du risque que son élection ne concentre entre ses mains trop de pouvoirs, de son âge, de son ego, du fait qu’on ne sache pas très bien ce qu’il entend faire de son parti, ni qui pourrait lui succéder à sa tête, etc. Ou des qualités de Marzouki, de son bilan, de son intelligence… En lieu et place, une stratégie simpliste, donc : diffamer ceux qui ne sont pas d’accord avec eux. De quoi, s’il en était encore besoin, nous conforter un peu plus dans notre choix.