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Cet article est issu du dossier «La RDC, un diamant brut»

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Politique

RDC : bye-bye groupes armés, bonjour groupes miniers

Les sols riches du Nord-Kivu ne profitent pas au Trésor public. © DOM

Reconquête des sites d'extraction, transformation sur place des minerais précieux... Pour en finir avec les trafics et attirer les investisseurs, Kinshasa, aidé par l'ONU, emploie les grands moyens.

De l’or, de la cassitérite, du coltan, de la wolframite… Le sous-sol de la province du Nord-Kivu regorge de minerais précieux et stratégiques, essentiels aux industries de pointe, notamment aux technologies numériques. Pourtant, depuis des années, cette manne échappe presque en totalité au secteur formel et, donc, au Trésor public.

Selon un scénario dénoncé à longueur de rapports par les organisations internationales, les groupes armés qui sévissent dans l’est du pays et certains éléments des Forces armées de la RD Congo (FARDC) exploitent ces ressources pour leur propre compte, obtenant ainsi les fonds nécessaires pour continuer d’alimenter, pour les uns, des conflits vieux de vingt ans, pour les autres, leur fortune personnelle… Pour caricatural qu’il soit, ce schéma se perpétue bel et bien dans le Nord-Kivu. Mais les choses sont peut-être en passe de changer.

Effets pervers pour le secteur minier

La Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en RD Congo (Monusco) et les FARDC ont progressivement repris le contrôle de ce territoire depuis 2013. En outre, l’article 1502 de la loi américaine Dodd-Frank, adoptée en 2010, oblige désormais les entreprises cotées aux États-Unis à dévoiler leur chaîne d’approvisionnement. Deux facteurs qui, additionnés, ont largement perturbé les trafics des différents groupes armés et fait chuter la production minière qu’ils contrôlaient. Selon un rapport publié en juin dernier par l’ONG Enough Project, ils auraient ainsi perdu la main sur près de deux tiers des sites de production de cassitérite, de coltan et de wolframite de la zone.

Cela étant, la loi Dodd-Frank a aussi eu des effets pervers pour l’ensemble du secteur minier. « En demandant aux compagnies de prouver l’origine des minerais extraits [dans] l’est du Congo et dans les pays environnants avant qu’un système permettant de fournir de telles preuves ait été mis en place, [elle a] fait fuir des acheteurs étrangers, dont beaucoup préfèrent aujourd’hui s’approvisionner ailleurs », ont déploré 70 chercheurs spécialistes de la région dans une lettre ouverte, le 2 octobre.

Toutefois, selon plusieurs responsables onusiens et industriels du secteur, le circuit de certification se met progressivement en place. Des « équipes conjointes » de certification ont été créées, qui associent notamment des experts du ministère congolais des Mines, de l’Office international des migrations (OIM) onusien et de l’Institut fédéral allemand pour la géologie et les ressources naturelles (BGR). À mesure que les FARDC et la Monusco reprennent le contrôle du territoire, leurs investigations s’étendent.

« Ces équipes ne peuvent se déplacer que lorsque la Monusco donne son feu vert en matière de sécurité, ce qui exclut donc du processus les sites où les groupes armés sont encore très actifs », explique un cadre de la mission onusienne. Une fois les zones sécurisées, « ces inspections sont menées à l’improviste, poursuit notre interlocuteur. Et, sur place, on ne doit trouver ni enfants ni hommes en armes, y compris des membres des FARDC ». Au total, une trentaine de mines ont d’ores et déjà été certifiées au Nord-Kivu.

L’obligation de transformer le minerai avant exportation, imposée par le gouvernement en 2010, a constitué un frein supplémentaire à la certification. Elle était plus facilement applicable au Katanga, où le secteur est beaucoup plus structuré (ce qui n’a pas empêché des protestations dans cette province) qu’au Nord-Kivu, où l’exploitation est presque exclusivement artisanale.

Plusieurs investissements importants

Il n’empêche. Preuve de la confiance de certains opérateurs miniers dans ce nouveau système, plusieurs investissements importants ont été réalisés. C’est par exemple le cas de l’entreprise à capitaux russes African Smelting Group, qui a déjà investi plus de 2,5 millions de dollars (environ 2 millions d’euros) dans la construction de la première fonderie de l’histoire du Kivu à Sake (lire l’article ci-contre). À partir du premier semestre 2015, elle entrera en activité et permettra de transformer la cassitérite (extraite sur le territoire de Walikale) en lingots d’étain pur à 99 %, qui seront ensuite exportés. African Smelting Group table sur une production de 550 à 600 tonnes d’étain par an.

La simple opération d’enrichissement des minerais permettant d’obtenir une autorisation d’exportation, une dizaine de sociétés à capitaux congolais, burundais, russes, chinois ou italiens sont déjà enregistrées et actives dans la province. Il faudra cependant que le système de certification prouve son efficacité sur le long terme pour rétablir la confiance et attirer de plus gros investisseurs.

 

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