Agroalimentaire

Sofiprotéol change de nom… et d’avis sur l’huile de palme

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Michel Boucly est le directeur général adjoint de Groupe Avril.

Michel Boucly est le directeur général adjoint de Groupe Avril. © Bruno Clergue/Groupe Avril

Le leader français des oléagineux s’intéresse aux palmiers, dont le produit, certes controversé, est très consommé au sud du Sahara. Rebaptisé Avril, le groupe dit vouloir limiter son impact écologique.

« Une nouvelle ère », annonce-t-on au siège parisien de Sofiprotéol, désormais baptisé Avril. Un changement de nom, de logo, mais aussi de structure juridique. Le leader français de l’huile, également numéro un au Maroc avec Lesieur Cristal, qui a séparé ses activités industrielles et financières (prêts et prises de participations), se veut plus lisible et plus efficace pour conquérir de nouveaux marchés.

Producteur d’huile de colza, de tournesol, d’olive et d’arachide, il mise aujourd’hui sur l’Afrique et ses palmiers. Une révolution. Jusque-là, l’ex-Sofiprotéol avait renoncé à exploiter l’huile de palme, critiquée à cause de son impact néfaste sur l’environnement. Selon un spécialiste du secteur, le groupe avait même, à l’instar de ses concurrents, attisé cette levée de boucliers, qui apparaissait comme une aubaine pour ses propres produits.

>>> Pour aller plus loin – Huile de palme : Sofiprotéol vise Abidjan

Plus le choix

Si la tension est aujourd’hui retombée, l’huile de palme a mauvaise presse dans l’Hexagone, qui en consomme très peu. Il reste difficile pour un groupe français de s’aventurer sur ce terrain. Mais Avril n’a plus vraiment le choix s’il veut s’implanter en Afrique subsaharienne, où le palmier offre des rendements environ cinq fois supérieurs à ceux de l’arachide, qu’il produit déjà au Sénégal. De plus, des terres sont disponibles, et le déficit en huiles locales est important. « C’est le grand oléagineux du moment », concède Michel Boucly, directeur général adjoint d’Avril, chargé de la stratégie.

Pour préparer le terrain, le groupe a discrètement investi il y a quelques années dans la société française PalmElit, leader mondial des semences de palmiers à huile. Avec une part minoritaire – le Centre de coopération international en recherche agronomique pour le développement (Cirad) en est l’actionnaire majoritaire -, il met ainsi un pied en amont de la chaîne de production.

Et, depuis peu, il s’est positionné en aval en s’associant, en Malaisie, au groupe d’origine danoise United Plantations pour produire des additifs alimentaires, un dérivé de l’huile. Leur usine commune vient d’entrer en production. Sur le long terme, United Plantations est un allié de choix. Son directeur, Dato’ Carl Bek-Nielsen, est même surnommé par les industriels Monsieur Parfait en raison de la qualité de ses plantations.

Avril Sofiproteol JA2819p066infoCette image axée sur le développement durable sied bien à l’huilier français, qui insiste sur sa volonté de limiter son impact écologique en misant sur des semences au rendement élevé. Sa deuxième exigence est sociale : un approvisionnement local. Il y a trente ans, Sofiprotéol avait été créé par des paysans, sur un modèle coopératif, pour lutter contre la concurrence de l’huile de soja américaine. « L’enjeu, c’est de retrouver un « modèle Sofiprotéol », d’inclure les paysans », insiste Michel Boucly.

Interrogé sur le rachat d’un producteur déjà actif au sud du Sahara, le directeur général adjoint balaie la rumeur qui leur attribue des vues sur l’ivoirien United Oil Company (UOC), en difficulté. « Il faut être innovant, quitte à partir de zéro », soutient-il.

>>> Voir également : Huile de palme : « nous ne déboisons pas »

Enthousiasme

D’après une source qui a requis l’anonymat, « le principal écueil du groupe sera l’environnement africain, qu’il ne connaît pas bien ». Avril devrait donc s’appuyer sur un autre partenaire, le groupe Castel, fin connaisseur des milieux économiques et politiques de la région. C’est d’ailleurs vers lui qu’il s’est tourné pour s’implanter au Sénégal, en créant la coentreprise Copéol, son premier investissement au sud du Sahara.

Reste à choisir où s’implanter. Au mois d’août, des responsables d’Avril ont été reçus avec enthousiasme au Cameroun et en Côte d’Ivoire, « certainement une terre d’élection », selon Michel Boucly. Très volontariste sur sa politique agricole, le pays est déjà producteur d’huile de palme. Le groupe se trouverait alors en concurrence directe avec Sifca, le leader ivoirien du secteur.

– Pour en savoir sur les activités de Groupe Avril : 

Sofiproteol et SIM Algérie vont ouvrir trois usines de production d’aliments pour le bétail

Sofiprotéol veut doper les filières agricoles en Afrique

– Sur la controverse au sujet de l’huile de palme :

Huile de palme : Irobo, la fabrique de l’or rouge

Huile de palme : un lobby africain s’oppose au distributeur belge Delhaize

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