Politique

États-Unis : torture sans limites pendant la présidence de George W. Bush

Durant la présidence de George W. Bush, sous couvert de guerre contre le terrorisme, la CIA a eu recours à la torture. Avec une cruauté sans bornes, selon un rapport accablant du Sénat américain.

Mis à jour le 18 décembre 2014 à 08:40

Dans la sinistre prison d’Abou Ghraib, en Irak, en 2003. © FALEH KHEIBER / POOL / AFP

Enquêter sur la CIA, et en particulier sur ses méthodes de torture pratiquées après le 11 Septembre dans le cadre de la "guerre contre le terrorisme", est une opération à hauts risques. Les quinze membres démocrates et républicains de la commission du renseignement du Sénat américain en ont fait l’amère expérience… sans se décourager pour autant.

Entre 2009 et 2012, ils ont analysé près de 6 millions de documents, tandis que la redoutable agence du renseignement se défendait bec et ongles, n’hésitant pas à retirer 930 d’entre eux de l’ordinateur mis à la disposition des enquêteurs ou à pénétrer leur système informatique. En vain. Leur rapport confidentiel, remis en décembre 2012, compte plus de 6 000 pages, et neuf sénateurs (contre six) ont voté pour sa déclassification partielle.

Deux ans plus tard, ce 9 décembre, un résumé de 525 pages, largement expurgé, a été rendu public. Au risque de provoquer en représailles des attentats terroristes. "Le peuple américain a le droit de savoir ce qui a été fait en son nom et si les pratiques [de l’Agence] ont servi ou non nos intérêts", a déclaré John McCain, sénateur et ancien candidat républicain à la présidence des États-Unis, qui a lui-même été torturé lors de la guerre du Vietnam.

Avec force détails, le rapport décrit les excès auxquels se sont livrés des membres de l’Agence lors d’interrogatoires menés dans 56 pays. En Afrique, la CIA a disposé d’une seule prison secrète, au Maroc, près de Rabat. Mais, selon l’ONG Open Society, elle a pu bénéficier de facilités (prêt de sites, ouverture d’espaces aériens…) pour torturer des jihadistes présumés dans onze pays du continent, dont l’Algérie, l’Égypte, la Libye, la Mauritanie et l’Afrique du Sud.

Et ces pratiques d’interrogatoire révèlent la face la plus sombre de la CIA. Ainsi, des terroristes présumés ont été privés de sommeil cent quatre-vingts heures d’affilée et, dans certains cas, contraints de rester debout. Des grévistes de la faim ont subi l’introduction d’aliments par l’anus (rectal feeding), ce qui leur a causé des lésions anales. Sans oublier le tristement célèbre waterboarding – une simulation de noyade. Le tout parfois ponctué de menaces de viol sur eux et leur famille. D’autres ont été détenus dans l’obscurité la plus totale, isolés dans une cellule non chauffée, jusqu’à l’hypothermie. Privés d’assistance médicale, certains ont succombé à ces tortures.

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La CIA aurait menti à la Maison Blanche

Le rapport cite l’exemple du Saoudien Abou Zubaydah, le premier prisonnier détenu dans une prison secrète de la CIA en Thaïlande, victime à tel point du waterboarding que de la mousse sortait de sa bouche. Il est l’un des 39 cas étudiés par le rapport à avoir subi des "techniques d’interrogatoire renforcées à répétition pendant des jours et des semaines". Et ce, plusieurs années durant.

"Ces techniques ont fortement terni l’image des États-Unis", a souligné le président Barack Obama, qui a expliqué sa volonté de publier ces pages "afin que les Américains et le reste du monde puissent comprendre exactement ce qui s’est passé". De son côté, la CIA a réagi par la voix de John Brennan, son patron, en invoquant la sécurité nationale et en objectant que des renseignements recueillis lors de ces interrogatoires ont permis d’éviter des attentats, avant d’admettre l’usage de méthodes "répugnantes".

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Le rapport accuse la CIA d’avoir menti à la Maison Blanche, au ministère de la Justice et au Sénat en leur dissimulant son recours à la torture, et démontre l’inefficacité de tels sévices, qui n’aboutissent le plus souvent qu’à obtenir de fausses informations. Officiellement, ces pratiques appartiennent au passé. Lors de son arrivée au pouvoir, en 2009, Obama avait promis d’y mettre un terme.


Quelques 525 pages du rapport de la commission sénatoriale ont été déclassifiées sous une forme très expurgées.