Arts

Avec les galeristes africains, l’art est dans la place !

Hicham Daoudi, créateur de la CMOOA.

Hicham Daoudi, créateur de la CMOOA. © Vincent Fournier pour J.A.

La création contemporaine africaine n’est pas réservée aux salles des ventes européennes. De Casa à Jo’burg, Jeune Afrique vous présente quatre des galeristes les plus en vue du continent.

Le 19 novembre, le sculpteur sénégalais Ousmane Sow a atteint un nouveau sommet à Drouot, la plus célèbre salle des ventes parisienne. Son oeuvre Zoulous, composée de sept sculptures monumentales, a crevé le plafond des estimations pour atteindre 528 695 euros. "Il n’y a pas un engouement réel pour l’art africain en tant que tel. Seuls certains artistes tirent leur épingle du jeu", estime pourtant le galeriste sud-africain Joost Bosland.

Des pièces le plus souvent achetées par des collectionneurs européens et américains. Mais peu à peu, grâce au travail de marchands reconnus, les créateurs du continent gagnent en visibilité, accèdent à des événements internationaux et rencontrent à Casa, Lagos, Abidjan ou Jo’burg une nouvelle clientèle. Jeune Afrique a sélectionné quatre galeristes qui comptent aujourd’hui dans le monde de l’art africain contemporain.

Hicham Daoudi – CMOOA

La référence marocaine

Douze ans après l’ouverture à Casablanca de la Compagnie marocaine des oeuvres et objets d’art (CMOOA), à la fois galerie et hôtel des ventes, Hicham Daoudi est devenu une référence dans le royaume. En octobre, il a d’ailleurs été décoré Wissam Al Moukafaâ Al Watania de l’ordre d’officier par Mohammed VI au titre de "fondateur de la première exposition africaine d’art à Marrakech".

Daoudi veut dorénavant créer une salle des ventes à l’échelle du continent, dont le lancement est prévu pour 2016. Alors que la CMOOA a réalisé le record de vente marocain – 314 000 euros – pour une oeuvre d’Ahmed Cherkaoui, son propriétaire anticipe une forte croissance du marché africain, dominé aujourd’hui par le trio Afrique du Sud-Nigeria-Égypte. Le 20 décembre, la CMOOA organisera une vente d’art orientaliste, quelques jours après avoir clôturé l’exposition du plasticien Abdelkrim Ouazzani.

>> Lire aussi : l’art marocain de joue de la crise

Vente d’art orientaliste 20 décembre 2014 5, rue Essanaani, quartier Racine, Casablanca www.cmooa.com

Justin Rhodes – Whatiftheworld

Art et social

Installée au Cap, Whatiftheworld s’est imposée depuis son ouverture, en 2008, comme l’une des principales vitrines de l’art contemporain en Afrique australe. À sa tête, le New-Yorkais Justin Rhodes a révélé une nouvelle génération de plasticiens, parmi lesquels les Sud-Africains Rowan Smith ou Cameron Platter. Jusqu’au 24 janvier 2015, la galerie propose dans ses murs l’exposition collective "Uncertain Terms", rassemblant quinze artistes dont les oeuvres sont autant de réactions à la pensée hégémonique.

L’artiste zimbabwéenne Moffat Takadiwa s’inscrit par exemple dans la lignée de l’Arte povera ("l’art pauvre"), transformant les restes et les déchets en objets talismaniques. Touche-à-tout génial, Justin Rhodes est aussi connu pour avoir créé les Neighbourgoods Markets, des marchés tendance organisés au Cap et à Jo’burg.

Uncertain Terms (exposition collective) Jusqu’au 24 janvier 2015 1 Argyle Street, Woodstock 7925, Le Cap www.whatiftheworld.com


Justin Rhodes, à la tête de la galerie Whatiftheworld.

Michael Stevenson – GALERIE Stevenson

Le pionnier

Aujourd’hui véritable institution, Stevenson a été, à sa création en 2003, la deuxième galerie à ouvrir ses portes en Afrique du Sud. "Michael Stevenson a vite compris qu’il y avait un réel besoin de galeries d’art contemporain dans notre pays", explique Joost Bosland, l’un des sept directeurs de la galerie. À Johannesburg, elle est nichée au coeur du quartier de Braamfontein. Au Cap, elle a ouvert dans l’ancienne friche industrielle de Woodstock, devenue le véritable rendez-vous des hipsters. Dans son catalogue, 33 artistes. Le Sud-Africain Robin Rhode y côtoie le Béninois Meschac Gaba ou le Camerounais Barthélémy Toguo.

"L’objectif est de promouvoir les artistes en les intégrant à un cadre international", précise Joost Bosland. Cette année, Stevenson a participé aux Frieze Art Fair de New York et de Londres, ainsi qu’à Paris Photo et à la foire Art Basel de Miami. Actuellement, la galerie propose l’exposition "Found not Taken", du photographe angolais Edson Chagas. En sortant de leur contexte des objets ramassés dans la rue, l’artiste recompose des situations questionnant notre perception de la réalité.

Found not Taken Edson Chagas Jusqu’au 6 février 2015 62 Juta Street, Braamfontein 2001, Johannesburg www.stevenson.info

Cécile Fakhoury – GALERIE Cécile Fakhoury

Esprit de famille

C’est un cube blanc qui détonne dans le paysage abidjanais. Et pourtant, pour en trouver l’entrée, il faut s’armer de patience. Des chauffeurs de taxi aux habitants du coin, rares sont encore ceux qui connaissent l’endroit. C’est là, en plein Cocody – commune résidentielle de la capitale économique ivoirienne -, dans cet espace aux lignes épurées de près de 600 m2, que Cécile Fakhoury, jeune trentenaire, s’est installée depuis 2012 afin de promouvoir "l’art contemporain en Afrique" et non "l’art contemporain africain", comme elle tient à le préciser.

Fille de galeristes français, belle-fille de l’architecte et homme d’affaires libano-ivoirien Pierre Fakhoury – connu notamment pour avoir dirigé les travaux de la basilique Notre-Dame-de-la-Paix de Yamoussoukro -, Cécile Fakhoury peut se targuer d’avoir déjà accueilli les oeuvres de monstres sacrés de l’art contemporain tels que le peintre et poète ivoirien feu Frédéric Bruly Bouabré, et de jeunes artistes comme le peintre Aboudia ou le photographe Paul Sika. Jusqu’au 24 janvier 2015, la galerie présente le travail du photographe franco-ivoirien François-Xavier Gbré, qui interroge l’essor économique et l’urbanisation en Côte d’Ivoire.

Fragments François-Xavier Gbré Jusqu’au 24 janvier 2015 Boulevard Latrille, Abidjan cecilefakhoury.com


Cécile Fakhoury, dans sa galerie abidjanaise.

LA PLUS AFRICAINE DES GALERIES PARISIENNES

À Paris, André Magnin est reconnu comme l’un des plus grands spécialistes français de l’art contemporain africain. Commissaire adjoint de l’exposition désormais fondatrice "Magiciens de la Terre" au centre Georges-Pompidou et à la Grande Halle de la Villette, en 1986, il a ensuite dirigé pendant vingt ans l’emblématique collection Pigozzi. Depuis 2009, il est à la tête de sa propre galerie, Magnin-A, qui représente 38 artistes.

Sa particularité : il n’a pas de lieu ouvert au public, mais reçoit sur rendez-vous dans un espace privé situé dans le quartier parisien d’Oberkampf, quand il n’expose pas ses artistes dans les plus grandes foires. Du 29 janvier au 1er février, André Magnin sera à l’événement Art Genève pour présenter, entre autres, des oeuvres du Sénégalais Omar Victor Diop.

Magnin-A www.magnin-a.com

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