Politique

Présidentielle en Tunisie : un grand pas pour une démocratie en herbe

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Des partisans de Béji Caïd Essebsi fêtent sa victoire présumée, le 21 décembre à Tunis.

Des partisans de Béji Caïd Essebsi fêtent sa victoire présumée, le 21 décembre à Tunis. © Fethi Belaid/AFP

Manifestations de joie, déclarations politiques et commentaires se sont succédés toute la nuit en Tunisie, après le vote de dimanche pour le second tour de la présidentielle. Si les résultats officiels ne sont pas encore proclamés, tous les sondages à la sortie des urnes désignent un seul homme : Béji Caïd Essebsi.

Les Tunisiens ont voté dimanche 21 décembre, choisissant pour la première fois librement le nouveau locataire du palais de Carthage pour lui attribuer un bail de cinq ans. Toute la journée, les électeurs semblaient bouder les urnes, et la plupart des acteurs de ce scrutin historique s’inquiétaient des effets d’une faible participation sur les résultats du scrutin. Mais la Tunisie est parfois un curieux pays qui fait les choses sans s’en rendre compte.

Au final, ils auront pourtant été 59,04 % d’un corps électoral de près de 7,5 millions d’électeurs à s’exprimer dans les urnes. Selon les estimations de sortie des urnes confirmées par les trois instituts de sondages ayant pignon sur rue dans le pays, près de 55,5 % des suffrages sont allés à Béji Caïd Essebsi contre 44,5 % pour Moncef Marzouki. Le président sortant devra donc remettre les clés de Carthage à l’ancien Premier ministre et fondateur du parti Nidaa Tounès, qui a précédemment remporté les législatives.

Mais le fondateur du Congrès pour la République (CPR), qui se présentait comme candidat indépendant, ne l’entend pas de cette oreille. Moncef Marzouki ne reconnaîtra sa défaite qu’à l’annonce officielle des résultats que proclamera l’Instance supérieure indépendante des élections (Isie), en fin de journée, lundi 22 décembre. « Ici les choses ne se font jamais simplement ; on a l’art de tout remettre en question, même les évidences. Dans tous les pays du monde, les estimations en sortie d’urnes sont assez crédibles pour être le reflet de résultats quasi-définitifs et les candidats se congratulent avec fair play « , s’agace Habib, un syndicaliste.

Fin du pouvoir régionaliste

Comme lui, beaucoup de Tunisiens s’étonnent des réticences de l’ancien défenseur des droits de l’homme, et notent que son attitude participe, comme pendant la campagne électorale qui a été très virulente, à alimenter les tensions bien qu’il ait appelé à l’apaisement. De toute évidence, comme pour au premier tour, Moncef Marzouki va épuiser tous les recours avant de s’incliner.

Dimanche soir, son directeur de campagne, Adnène Mansar, évoquait une série de dépassements et émettait des doutes sur les résultats annoncés. Son intervention a d’ailleurs suscité des actes de violence à Gabès (Sud), région pro-Marzouki. Au-delà de ces incidents, la réelle victoire aux élections est celle des Tunisiens : leur vote dit notamment que le pouvoir régionaliste est désormais révolu puisque le Sahel, comme les gouvernorats du Nord, ont largement plébiscités Béji Caïd Essebsi.

Ce dernier devra néanmoins tenir compte de ceux qui n’ont pas voté pour lui, aplanir les divisions et surtout rétablir la confiance. « Ce que nous vivons est quand même extraordinaire. Une démocratie en herbe, une nouvelle République en gestation. L’avenir doit être meilleur. Rien n’est joué. La vigilance est de mise. Au travail ! » lance l’avocat Ghazi Mrabet.

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