Société

SOS Fifa

Mis à jour le 22 décembre 2014 à 10:31
Marwane Ben Yahmed

Par Marwane Ben Yahmed

Directeur de publication de Jeune Afrique.

Fifa : un sigle qui sent de plus en plus le soufre. Principale institution sportive mondiale, avec le Comité international olympique (CIO), la Fédération internationale de football association gère depuis cinquante ans le sport le plus populaire de la planète. En particulier l’extraordinaire manne financière que le football génère, notamment les droits de retransmission télévisée, en croissance exponentielle depuis vingt ans. Son budget en 2013-2014 ? 1,4 milliard de dollars. Montant de l’enveloppe qu’elle alloue au développement du foot à travers son programme Goal ? 40 petits millions d’euros…

Depuis le milieu des années 1970, son nom rime avec scandale, corruption, népotisme et opacité.

Depuis le milieu des années 1970 et l’élection du Brésilien João Havelange à sa tête, son nom rime avec scandale, corruption, népotisme et opacité. Les pots-de-vin versés depuis lors s’élèveraient à plusieurs centaines de millions de dollars. Son président actuel, le Suisse Sepp Blatter, 78 ans, candidat à un cinquième mandat qu’il achèvera à 83 ans, est assuré d’être réélu en 2015, alors qu’il avait promis, en 2011, qu’il s’agissait de son dernier round. Ce que l’on reproche tant aujourd’hui à certains chefs d’État africains, Blatter l’accomplit sans vergogne et visiblement sans que cela ne dérange personne.

Les lourds soupçons de corruption qui pèsent sur l’attribution des Coupes du monde 2018 en Russie et 2022 au Qatar, l’affaire Bin Hammam (banni à vie de la Fifa pour malversations financières), comme celle des montres à 20 000 euros offertes à Blatter et aux 26 autres membres du comité exécutif par un des sponsors de la Confédération brésilienne lors du Mondial 2014, à n’en pas douter la partie émergée de l’iceberg, démontrent de façon éclatante que rien n’a changé au coeur de l’institution zurichoise. Pis, seuls les adversaires de Blatter, comme Bin Hammam, sont concernés par sa justice interne.

La goutte d’eau qui a fait déborder le vase, ou plutôt le cloaque, devrait-on dire : la démission, le 17 décembre, de l’Américain Michael Garcia, président de la chambre d’instruction de la commission d’éthique (sic) de la Fifa et auteur d’un rapport accablant sur les conditions d’attribution des Coupes du monde 2018 et 2022. Ulcéré de voir son enquête mise sous le boisseau par le "parrain suisse" et ses affidés, dégoûté par le "circulez, il n’y a rien à voir" décrété après sa remise et les conclusions tronquées de son travail présentées au grand public, l’ancien procureur fédéral américain a donc décidé de claquer la porte. De quoi alimenter les discussions, lors de l’ouverture du comité exécutif de la Fifa, le 18 décembre à Marrakech, mais guère plus. Servir le football ou se servir du football, cela fait longtemps que la Fifa a choisi. Et cela ressemble de plus en plus à une fatalité…