Politique

Conflit syrien : les ports de Méditerranée ferment leurs portes aux bateaux de guerre russes

Où va pouvoir se ravitailler l’impressionnante escadre de huit bateaux de guerre russes qui fait route en ce moment vers la Méditerranée orientale ? Les dernières possibilités de ravitaillement se situent sur la côte sud de la Méditerranée, en Égypte ou en Algérie par exemple.

Mis à jour le 28 octobre 2016 à 18:27

Le porte-avions russe Amiral Kouznetsov en Mer du Nord le 18 octobre 2016. © PO(Phot) Dez Wade/AP/SIPA

Madrid qui, en septembre, avait donné son accord pour accueillir trois de ses bâtiments dans le port de Ceuta, enclave espagnole sur la côte marocaine proche de Gibraltar, a finalement signifié à Moscou son refus mercredi 26 octobre. Et Malte, qui ouvre d’habitude ses ports aux navires russes a annoncé le lendemain avoir décliné une demande similaire.

Parti le 15 octobre de Severomorsk, dans le nord de la Russie, l’Amiral Kuznetsov, unique porte-avion de la flotte russe, a d’abord longé les côtes européennes, sous l’escorte vigilante des flottes norvégiennes puis britanniques et françaises, avant de passer les colonnes d’Hercule pour aller rejoindre en Syrie la dizaine de bâtiments russes qui appuient les opérations de Damas et de Moscou contre l’insurrection anti-Assad.

Dans ses flancs, des dizaines d’hélicoptères et de Mig 29. Autour de lui, un croiseur à propulsion nucléaire, deux navires anti-sous-marins et quatre navires de soutien. Une flotte gourmande en hydrocarbure mais qui voit se fermer une à une ses possibles escales.

Pourtant, Ceuta à elle seule, a déjà accueilli 57 fois des bâtiments russes depuis 2011, souligne le média proche du Kremlin Russia Today. Et leurs marins avaient leurs habitudes dans les ports d’Espagne, de Malte, de Tunisie, d’Égypte ou encore de Grèce.

Inquiétude de l’Otan et de l’Union européenne

Le 26 octobre, alors que l’armada venait de franchir le détroit de Gibraltar, le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, expliquait la cause de ce mauvais accueil : « Nous sommes inquiets de voir cette flottille utilisée comme plate-forme pour intensifier les attaques russes sur Alep et que la Russie aggrave ainsi les violences en Syrie. »

Si Moscou répliquait le lendemain que la flotte en route pour la Syrie n’y allait pas pour bombarder Alep, les tracts récemment largués sur la ville insurgée par les aviations russes et syriennes semblaient pourtant annoncer l’arrivée de cette force de destruction majeure, promettant notamment à la population civile d’être « annihilée » si elle ne quitte pas cet endroit en urgence.

L’inquiétude de l’Otan fait écho à celle exprimée neuf jours avant par les 28 ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne, déclarant dans un communiqué que les bombardements russes et syriens sur Alep « pourraient constituer des crimes de guerre ».

Marie Yared, chef de campagne à l’ONG Avaaz qui s’est mobilisée pour empêcher le ravitaillement de la flotte de guerre russe explique : « L’Otan et l’UE mettent le maximum de pression sur les États membres pour qu’ils ferment leur port. Au nord de la Méditerranée, Chypre qui n’est pas membre de l’Otan pourrait être une option, mais elle appartient à l’Union européenne et est trop proche de la destination finale. »

« Si j’étais eux, j’irais en Libye »

Les dernières possibilités de ravitaillement se situent donc sur la côte sud. À l’heure où nous écrivons, l’escadre était au large de l’autre enclave espagnol de Melilla à l’est de la côte marocaine, sur le point de quitter les eaux du royaume chérifien (il est possible d’en suivre la progression en temps réel juste ici, cherchez le Nikolay Chiker et le Osipov).

Restent donc les ports d’Algérie, de Tunisie, de Libye et d’Egypte et les experts de l’Otan et de l’UE en sont réduits à s’interroger sur les démarches actuelles de Moscou. Alliées de l’Otan, l’Égypte et la Tunisie sont sous surveillance mais Le Caire a récemment montré sa complicité avec le Kremlin en soutenant une résolution russe sur le conflit syrien, à la grande rage de son parrain saoudien.

Les ports pétroliers libyens sont passés sous le contrôle du général Haftar, maître de l’Est et qui bénéficie du soutien politique, matériel et militaire de Moscou.

Partenaire historique de l’URSS puis de la Russie, l’Algérie pourrait-elle fournir un havre ? Une experte, interrogée par Marie Yared, lui confiait : « Si j’étais eux, j’irais en Libye. » Car, si le pays est livré à la guerre, ses ports pétroliers sont passés sous le contrôle du général Haftar, maître de l’Est et qui bénéficie du soutien politique, matériel et militaire de Moscou. Mais Haftar est aussi soutenu par l’Occident.

À ses alliés nord-Africains de l’Otan, le Secrétaire général de l’organisation a donc adressé cette mise en garde polie le 26 octobre : « Chaque allié est en droit de prendre ses propres décisions, de façon individuelle. J’ai envoyé un signal très clair par rapport à l’inquiétude de l’Alliance dans le cas où ce matériel serait utilisé en Syrie. »

L’ONG Avaaz, voyant dans le siège impitoyable d’Alep « un nouveau « plus jamais ça » après le Rwanda et Srebrenica », se mobilise auprès des mêmes gouvernements pour qu’ils ne se rendent pas complice du massacre en cours. Mais Marie Yared concède aussi qui rien ne saurait arrêter la résolution de Vladimir Poutine et précise que des tankers font partie de la flotte. «  On n’est même pas sûrs que celle-ci a besoin de faire escale. »