Politique

Tunisie : Béji Caïd Essebsi, premier président élu démocratiquement quatre ans après la révolution

Béji Caid Essebsi, au siège de son parti à Tunis le 22 décembre 2014. © AFP

Béji Caïd Essebsi, vétéran de la politique tunisienne, a remporté à 88 ans la première présidentielle libre de l'histoire de la Tunisie. Il aura la lourde charge de relancer le pays après quatre ans de transition parfois chaotiques.

Béji Caïd Essebsi est le nouveau président tunisien. Âgé de 88 ans, le chef du parti Nidaa Tounès a largement distancé le chef de l’État sortant, Moncef Marzouki, receuillant 55,68% des suffrages au second tour de l’élection présidentielle organisé dimanche 21 novembre. Le calendrier de la passation de pouvoir n’a pas été dévoilé.

"J’assure que je serai, si Dieu le veut, le président de toutes les Tunisiennes et de tous les Tunisiens, a déclaré Béji Caïd Essebsi à la télévision nationale. Je veux aussi remercier l’ex-président Moncef Marzouki qui m’a appelé tout à l’heure et m’a félicité (…) Je lui dis que le peuple tunisien a encore besoin de lui et moi, personnellement, de ses conseils", a-t-il ajouté, alors que les deux hommes ne cachent pas leur aversion l’un pour l’autre.

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Moncef Marzouki a de son côté appelé ses partisans, notamment ceux qui ont protesté dans le sud du pays, à accepter le résultat de l’élection et à "regagner leurs maisons" au nom de "l’unité nationale". "Ce sont les règles du jeu démocratique", a-t-il dit dans une brève déclaration à la télévision publique, appelant ses troupes à "l’accalmie". Dimanche soir et lundi, des heurts se sont produits dans le Sud, où l’ex-président est arrivé largement en tête du scrutin, entre policiers et manifestants qui protestaient contre les résultats de la présidentielle. Deux postes de police ont ainsi été incendiés à El Hamma et Nidaa Tounès a indiqué que des protestataires avaient tenté d’incendier son local à Tataouine.

"Stabilité"

Moncef Marzouki a par ailleurs affirmé qu’il allait porter devant l’instance électorale "de nombreuses violations" enregistrées pendant le scrutin mais qu’il n’irait pas devant la justice au nom de "la stabilité" du pays et pour ne pas entraver la formation rapide d’un gouvernement. Le parti de Béji Caïd Essebsi, qui a remporté les législatives en octobre, va désormais devoir constituer une coalition pour gouverner, faute de majorité absolue, et composer avec les islamistes du parti Ennahdha.

Les présidents américain et égyptien, Barack Obama et Abdel Fattah al-Sissi, ont félicité le vainqueur tandis que l’Union européenne (UE) a jugé que "les Tunisiens ont écrit une page historique dans la transition démocratique du pays". Ancien ministre du père de l’indépendance Habib Bourguiba, président du Parlement au début des années 1990 sous Zine El Abidine Ben Ali, Béji Caïd Essebsi est revenu sur le devant de la scène politique à la faveur de la révolution de 2011. Il a occupé pendant plusieurs mois le poste de Premier ministre, organisant les premières élections libres qui ont porté Ennahdha au pouvoir.

Il a ensuite bâti son parti sur le rejet des islamistes et le rétablissement du prestige de l’État. Ses partisans ont fait la fête une partie de la nuit devant son siège de campagne et s’y sont de nouveau rassemblés lundi pour célébrer la victoire. Pendant la campagne, Moncef Marzouki s’est efforcé de dépeindre Béji Caïd Essebsi comme le représentant de la dictature tunisienne déchue. Ce dernier a en retour dénoncé les compromissions du chef de l’État avec les islamistes, voire même les jihadistes.

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"Clignotants socio-économiques dans le rouge"

Afin d’éviter un retour vers la dictature, l’essentiel du pouvoir exécutif revient au gouvernement, le chef de l’État ayant vu ses prérogatives limitées dans la Constitution adoptée début 2014. Les journaux tunisiens ont relevé lundi les nombreux défis du pays, en particulier sur le plan économique. Quatre ans après une révolution largement motivée par la pauvreté, le chômage et la misère restent en effet endémiques alors que la croissance est anémique.

"En témoignent tous ces clignotants socio-économiques qui ont viré au rouge avec surtout un appareil productif complètement grippé, un investissement en panne, un taux de chômage alarmant, un pouvoir d’achat à son plus bas et une situation sociale totalement désordonnée", souligne La Presse.

L’autre grand défi est de garantir la sécurité face à l’essor d’une mouvance jihadiste armée responsable de la mort de dizaines de soldats, notamment à la frontière algérienne, et de deux figures politiques anti-islamistes en 2013. Des militants du groupe État islamique ont d’ailleurs menacé la Tunisie quelques jours avant la présidentielle.

(Avec AFP)

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