Sécurité

Niger : « Rentrer au Mali ou rester ? » La peur s’installe dans les camps de réfugiés maliens

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Mis à jour le 25 octobre 2016 à 15h03
Alassane Maïga, réfugié malien. Il est assis sur un lit dans le camp de réfugiés d’Abala au Niger.

Alassane Maïga, réfugié malien. Il est assis sur un lit dans le camp de réfugiés d’Abala au Niger. © HCR/H. Dicko

Chez les 60 000 réfugiés maliens vivant au Niger, près de la frontière avec leur pays, la peur s’est installée ces dernières semaines. « Rentrer au Mali ou rester au Niger ? Dans les deux cas la mort peut être au rendez-vous », juge Alhousseïni Mahamadou, un réfugié du camp de Tazalit, attaqué le 6 octobre dernier.

La peur est désormais omniprésente, depuis le massacre au début du mois de 22 militaires nigériens. Cette attaque, qui a eu lieu le 6 octobre, a marqué les 3 900 réfugiés du camp onusien situé à Tazalit, dans la région de Tahoua. « Hier c’était la faim et la soif, aujourd’hui nous sommes traqués par la peur », explique à l’AFP Alhousseïni, le visage dissimulé sous un turban gris.

« Peur surtout pour nos enfants », murmure Agaïchatou, une mère de cinq filles. Si « ceux qui assurent notre sécurité sont tués, un jour ce sera notre tour », redoute-t-elle. Bocar Mahamadou réparait sa tente endommagée par un vent violent quand les premières rafales ont été tirées vers 14 heures, le 6 octobre à Tazalit. « On s’est dit : ça y est, ils sont venus pour nous exterminer tous », raconte-t-il.

Ce raid allonge surtout la liste des camps de réfugiés maliens attaqués par des groupes jihadistes depuis deux ans au Niger. Mi-septembre, au moins deux civils ont été tués et plusieurs autres blessés près d’Ayorou, dans l’Ouest, au Nord de Tillabéri, sur le fleuve Niger. En octobre 2014, neuf membres des forces de sécurité ont été tués et deux réfugiés blessés dans une attaque similaire dans un camp de Mangaïzé, dans la même région, où vivent 6 000 Maliens.

« Rentrer ? Avec ce qui se passe au Mali ? Jamais ! »

« Partout, ils font part de leurs craintes d’être attaqués », affirme un membre du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Des opérations de rapatriement « volontaire » sont en cours, et « il y a très peu de candidats », regrette cet humanitaire auprès de l’AFP.  « Rentrer ? Avec ce qui se passe au Mali ? Jamais ! », tranche Aminata, une septuagénaire originaire de la ville d’Adramboucar. « Nos frères maliens » ont « trouvé ici un havre de paix » mais « la peur les a rattrapés », compatit Ousmane Almoustpaha, un habitant de Tazalit.

Nous sommes debout et jamais nous ne faillirons à notre devoir de les protéger

En visite à Tazalit pour « évaluer la situation sécuritaire », le ministre nigérien de l’Intérieur Mohamed Bazoum a quant à lui promis « une meilleure sécurisation » de la zone, devenue « une porte d’entrée pour les terroristes ». « Nous sommes debout et jamais nous ne faillirons à notre devoir de les protéger », a déclaré le ministre devant un millier de réfugiés. Mohamed Bazoum a annoncé le retour dans cette zone de la Force militaire spéciale envoyée en renfort en juin à Bosso, dans le Sud-Est, où une attaque de Boko Haram avait fait 26 morts parmi les militaires début juin.

Le nombre de réfugiés en hausse

Selon l’ONU, plus de 60 000 réfugiés vivent au Niger dans des camps proches du Mali. Le nombre d’arrivées a commencé à augmenter ces derniers mois, avec un pic en octobre et début novembre, lorsque environ 4 000 Maliens ont traversé la frontière vers le Niger depuis les régions faiblement peuplées de l’est du Mali, notamment les zones rurales des régions de Ménaka et Ansongo.

« Les personnes arrivées au Niger citent, comme motif de leur fuite en exil, l’anarchie, les extorsions, les pénuries alimentaires, la rivalité inter-tribale, les combats entre éleveurs et agriculteurs, un vide du pouvoir en l’absence d’un gouvernement fort et la présence militaire dans l’est du Mali », a déclaré le porte-parole du HCR, Leo Dobbs.

La route de tous les trafics

Le nord de la région de Tahoua, proche de l’Algérie et du Mali, est l’une des zones les plus vulnérables du Niger. Le 14 octobre Jeffrey Woodke, un humanitaire américain, y a été enlevé et emmené au Mali, selon les autorités nigériennes. Pour un colonel nigérien, sous couvert de l’anonymat, les « narco-trafiquants » qui « règnent » dans la zone veulent créer « un no man’s land ».

La région, tout comme celle d’Agadez, forme un corridor de passage pour les narco-trafiquants, entre notamment la Libye et le Mali, qui disposent de relais au Niger. « Il faut une forte présence militaire » et « plus de moyens aériens et terrestres », confie le militaire. « Le Niger est un verrou. S’il saute, c’est la boîte de Pandore », met quant à lui en garde un expert onusien.

Si le Niger saute, c’est la boîte de Pandore

Selon les Nations unies, le Niger est notamment un point de passage du trafic de cocaïne et de cannabis, mais également de médicaments venus de la côte Atlantique et à destination des marchés européens. Selon les informations de Jeune Afrique, depuis le début de l’année, les forces de sécurité ont saisi dans le pays près de 8 millions de comprimés de Tramadol et presque 3 millions de comprimés de Diazépam

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