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Économie

Côte d’Ivoire : à Treichville, « on nous a transféré les problèmes, pas les solutions »

François Albert Amichia, maire de Treichville depuis près de vingt ans. DR ©

Située près du centre d'affaires mais enclavée entre la lagune Ébrié et Marcory, Treichville souffre d'un manque de place et de revenus pour construire de nouveaux logements.

Ses rues numérotées, ses façades décrépies, ses marchés, son port, son ambiance, sa population venue de toute l’Afrique de l’Ouest, qui lui vaut le surnom de « cité N’zassa » (« cité du brassage », en agni, langue du groupe Akan)…

Treichville est une commune populaire et l’une des plus emblématiques d’Abidjan. Membre du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), François Albert Amichia, 62 ans, est à la tête de sa municipalité depuis près de vingt ans. Il préside actuellement l’Union des villes et communes de Côte d’Ivoire et le Conseil des collectivités territoriales de l’Union économique et monétaire ouest-africaine.

>> Lire aussi l’interview de François Amichia : « La sortie de crise en en Côte d’Ivoire passe par la décentralisation »

jeune Afrique : Quels sont les principaux problèmes auxquels votre commune est confrontée ?

François Albert Amichia : Nous aurions souhaité avoir plus d’espace pour accueillir les investisseurs qui s’intéressent à la commune, mais Treichville est pratiquement enclavée car elle est bordée par la lagune Ébrié d’un côté et par Marcory de l’autre, et n’a malheureusement pas de possibilité d’extension. De même, beaucoup de ceux qui naissent et grandissent à Treichville doivent partir lorsqu’ils entrent dans la vie active, car nous n’avons pas assez de logements à leur proposer. Les plus aisés s’installent à Cocody ou à la Riviera, les autres à Yopougon ou à Abobo. C’est dommage, car cette population jeune et plus aisée représente les forces vives et le futur de notre commune.

>> Lire aussi : La lagune Ébrié à Abidjan, mini-mer morte de Côte d’Ivoire

Alors, comment les retenir ?

Il faut construire des habitations qui correspondent à leur nouveau statut social. Par exemple, le quartier Yobou-Lambert, dit « quartier Biafra », situé en bordure de la lagune, serait idéal pour envisager un quartier résidentiel à Treichville. Il faut aussi prévoir de construire plus en hauteur.

Même si Treichville est l’une des communes les moins peuplées d’Abidjan [environ 200 000 habitants, alors qu’Abobo ou Yopougon en comptent chacune plus de 1 million], elle est et restera centrale. Elle est située à cinq minutes du quartier d’affaires du Plateau et, avec le nouvel échangeur, à moins de quinze minutes de l’aéroport. Nous devons donc moderniser Treichville pour profiter de cette position stratégique et faire de son enclavement une force.

Mais en avez-vous les moyens ?

En tant que municipalité, nos ressources sont évidemment limitées. Depuis le début de la décentralisation, en 1980, nous nous sommes vu transférer de nombreux domaines de compétences – salubrité, santé primaire, éducation de base, aménagement, etc. -, mais, malheureusement, les moyens financiers et humains n’ont pas suivi. D’ailleurs, je dis souvent qu’on nous a transféré les problèmes, mais pas les solutions.

Comment moderniser la commune sans qu’elle perde son âme ?

Il faut évidemment préserver le Treichville multiculturel et celui des maquis. Pendant un temps, Yopougon nous a un peu ravi le titre de commune « ambiancée », avec sa fameuse rue Princesse. Mais nous comptons bien y remédier grâce à une vraie politique culturelle. En décembre 2013, nous avons ouvert une nouvelle médiathèque. Aujourd’hui, nous voulons créer un complexe N’zassa, qui accueillerait des activités culturelles, où l’on pourrait aussi former des artistes et développer les métiers liés à la culture.

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Propos recueillis par Haby Niakaté

 

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