Communication & Médias

Burkina : grève des médias du service public

Plateau de la télévision nationale burkinabè, à Ouagadougou. © Renaud Van Der Meeren pour les Éditions du Jaguar

Les travailleurs des médias du service public burkinabè ont observé mercredi une grève de 24 heures pour réclamer de meilleures conditions de travail et dénoncer l'ingérence des autorités publiques dans le traitement de l'information.

Plusieurs centaines de journalistes, techniciens et agents de bureaux des médias du service public (Radio télévision du Burkina, Éditions Sidwaya – presse écrite) ont abandonné ce mercredi 7 septembre plumes, micros et caméras pour marquer un arrêt de travail de 24 heures.

Massés par centaines dans l’enceinte de la Bourse du travail, au centre de Ouagadougou, transformée ce mercredi en salle de rédaction, ces agents ont répondu à l’appel du Syndicat autonome des travailleurs de l’information et de la culture (Synatic) pour revendiquer de meilleures conditions de travail. Ils dénoncent le manque d’infrastructures et d’équipements et de rémunération.

Dès le 1er septembre, le Synatic avait battu le rappel de ses troupes lors d’un sit-in devant les locaux du ministère de la Communication, le ministère de tutelle. « Un climat malsain règne dans les médias d’État. Nous sommes là pour revendiquer de meilleures conditions de travail et dire au ministre [Rémi Dandjinou, ndlr] d’arrêter de remettre en cause les acquis », lance visiblement remonté le journaliste Gnarkité Da, l’un des manifestants.

En juillet dernier, l’Association des journalistes du Burkina (AJB) et le Synatic avaient accusé les nouvelles autorités burkinabè, en poste depuis janvier, d’ingérence dans le traitement de l’information par la chaîne publique et ont dénoncé « une éternelle infantilisation des journalistes ».

Réunis à la Bourse du travail de Ouagadougou, les agents du service médiatique public burkinabè, ont scandé des slogans hostiles au gouvernement du Premier ministre Paul Kaba Thiéba, en brandissant des cartons rouges. Sur les affiches, on pouvait lire : « À métier particulier, traitement particulier », « On travaille 24 heures sur 24, sept jours sur sept », « Restons debout et vigilant ».

Le secrétaire général du Synatic, Sidiki Dramé, est apparu tout sourire aux côtés de Bassolma Bazié, l’un des leaders de l’Unité d’action syndicale, l’une des principales centrales syndicales du Burkina. Le leader syndical a salué cette « grande mobilisation » : le Synatic revendique un taux de participation de 95 % des agents des médias publics – les autorités burkinabè n’ont pas encore réagi à ces chiffres.

En prévision des manifestations, plusieurs policiers étaient présents autour de la chaîne de télévision publique, de la radio nationale et autour du Centre émetteur de Ouagadougou, tandis qu’un calme régnait au siège du groupe de presse écrite Sidwaya où certains bureaux sont restés fermés. « Tous les médias sont déserts. C’est quasiment des casernes avec des CRS postés devant la radio et la télé », a affirmé à Jeune Afrique Aboubakar Sanfo, secrétaire général adjoint du Synatic.

Revendications

Une plateforme de revendications a été émise par les leaders de ce mouvement de colère des travailleurs des médias publics, du service d’information du gouvernement ainsi que des chargés de communication des ministères publics.

D’après un document dont Jeune Afrique a obtenu copie, ces revendications concernent la finalisation des plans de carrières, le reclassement des agents bloqués depuis 2004 dans trois catégories administratives (B1, A2 et A3), le rétablissement des rémunérations supprimées en 2012 par circulaire du Premier ministre de l’époque réglementant la gestion des deniers publics tels que les frais de production, ceux des verres correcteurs, des pylônes ou encore des primes RFI prélevés sur les contrats de location entre la radio RFI et la RTB ainsi que les recrutements des pigistes de la RTB comme salariés publics.

Dans un entretien à la télévision publique, mardi, Rémi Dandjinou s’est prononcé sur les montants des indemnités proposés par les leaders syndicaux. Selon lui, le Synatic proposerait de relever les indemnités du code vestimentaire à 200 000 F CFA (305 euros) contre 9 000 F CFA et 11 000 F CFA actuellement ; de la prime de risque à 150 000 F CFA, de celle de « panier » de 100 000 F CFA…

 « Ces propositions dépassent largement le cadre du ministère », a déclaré en substance Rémi Dandjinou. Mais cette révélation n’a pas été du goût du Synatic qui dénonce une tentative de mobilisation de l’opinion publique contre les travailleurs des médias du service public.

« Ces propositions que nous avons introduites devaient servir de base aux négociations. Le ministre a dévoilé nos propositions pour faire croire à l’opinion qu’elles sont irréalistes », a répliqué Sidiki Dramé interrogé par Jeune Afrique.

Le responsable syndical a toutefois ajouté que le syndicat reste ouvert à un « dialogue concret et dans les meilleurs délais » avec le gouvernement.

Enfin, le Synatic réclame une mutation du statut de ces médias (Éditions Sidwaya et RTB), érigés en 2000 comme établissements publics de l’État, en sociétés d’État. Une requête face à laquelle le ministre recommande la prudence. « Il est important, a-t-il déclaré lors de son interview à la télévision publique, d’y aller avec beaucoup de précautions car pour Sidwaya, les projections indiquent que la masse salariale atteindrait 1, 6 milliard de F CFA » . C’est deux fois, les recettes engrangés jusqu’ici par le quotidien public.

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