Droits de l’homme

Maroc : un cimetière en mémoire des victimes des émeutes de juin 1981

Avec 427 agents et 236 courtiers, la région de Casablanca-Settat se taille la part du lion dans le secteur. © Abdeljalil Bounhar/AP/SIPA

Le Maroc a inauguré lundi un cimetière pour réhabiliter les victimes des événements sanglants de 1981 à Casablanca. Familles des victimes et militants de droits de l’homme ont assisté à la cérémonie.

On l’appelle la révolte du pain (koumira). Les 20 et 21 juin 1981, Casablanca a connu un des épisodes noirs des années de plomb. Des émeutes sanglantes éclatent un peu partout dans la ville en protestation contre une hausse soudaine et exagérée des prix des denrées de première nécessité. Les syndicats, à leur tête la Confédération démocratique du travail (CDT) de Noubir El Amaoui, appellent à une grève générale. L’armée et la police de Hassan II investissent les rues, tirant à bout portant sur les manifestants. Le gouvernement ne reconnaîtra que 66 morts alors que les syndicats et les organisations des droits de l’homme parlent d’un millier. C’est sans compter les centaines d’arrestations arbitraires opérées dans la ville.

Trente cinq ans après ces événements dramatiques, le Conseil national des droits de l’homme (CNDH) a inauguré, lundi 5 septembre, un cimetière pour réhabiliter ceux qu’on appellent « Chouhadas Koumira », ou « les martyrs du pain », expression cynique utilisée à l’époque par l’ancien vizir de Hassan II, Driss Basri. Ce lieu funèbre et la stèle commémorative qui y a été édifiée se trouvent à Hay Mohammadi, un des quartiers mythiques de Casablanca, théâtre de ces émeutes sanglantes comme l’ont été aussi Sidi Bernoussi, Derb Soltane, Ben M’sick…

Une cérémonie riche en émotions

Familles des victimes et militants de droits de l’homme ont assisté à cette inauguration, qui vient en application des recommandations de l’Instance équité et réconciliation (IER), un mécanisme de justice transitionnelle mis en place par Mohammed VI en 2004, pour purger ces années noires de l’histoire du Maroc. « L’IER a mené une série d’investigations sur les événements sociaux de 1981, qui lui ont permis d’élucider le sort des victimes « , indique le CNDH dans un communiqué sans pour autant spécifier le nombre des corps, ni leur origine. En 2005, des militants de droits de l’homme avaient déclaré qu’une fosse commune contenant une centaine de morts parmi les émeutiers du pain avait été exhumée à Casablanca.

Un passé à oublier

Y a-t-il eu d’autres fosses communes ? Quel est le nombre réel des victimes des émeutes de 1981 ? Les militants de droits de l’homme se posent toujours ces questions. Car la volonté de réconciliation avec le passé a préféré faire valoir le pardon. Depuis qu’il a pris le relais de l’IER, le CNDH a initié un vaste programme de réparation communautaire dans les régions ayant abrité les lieux de torture, avec création de lieux de mémoire et projets socio-économiques en faveur des populations. Le passé se refermera sur cette note.

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